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  • : Site du comité local d'Attac France de Villeneuve d'Ascq (59) à destination des militants et sympathisants. Fondée en 1998, Attac promeut et mène des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, sociale, économique, environnementale et culturelle dans l’ensemble du monde. Attac est un mouvement associatif altermondialiste et d'éducation populaire reconnu par l'Etat.
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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 10:55

La-nature-n-a-pas-de-prix.jpg

L’économie verte est à l’honneur. Le sommet de la Terre à Rio de Janeiro en juin 2012 en a fait le nouveau récit pour une sortie de la crise globale.

L’économie verte ne se résume pas au green-washing ou à la croissance verte. Elle se fonde sur l’octroi de nouveaux droits de propriété privée sur les biens naturels, sur le libre échange et sur la négation des droits des populations. Une marche de plus est en passe d’être franchie. Les grandes fonctions écologiques de la planète – stockage du carbone, purification de l’eau, pollinisation – pourraient être transformées en « services écosystémiques » échangeables et valorisables ou en nouvelles marchandises globales et lucratives.

Au lieu de prendre acte du fait que l’économie est un sous-système de la biosphère, cette « économie verte » transforme la nature en une entreprise géante, productrice de services, bientôt contrôlée, si les peuples ne s’en mêlent pas, par quelques firmes et fonds financiers. Biodiversité, climat, ressources minières et fossiles, trois cas étudiés dans ce livre, sont ainsi devenus de nouveaux terrains de jeu pour firmes transnationales et projets technoscientifiques.
Les auteurs, de même que de nombreux mouvements sociaux, nous invitent à nous libérer de la finance verte et à récupérer les communs, ce qui ouvrira les voies vers des sociétés justes, démocratiques, soutenables et respirables.

 

Le livre est à 9 € (prix public) et à 7 € (frais de port compris) pour les comités qui le commandent à partir de 10 exemplaires.
Les comités locaux d’Attac peuvent se procurer directement cet ouvrage auprès du siège d’Attac France en envoyant un mail à materiel-militant@attac.org (commande minimum de 10 ouvrages). Les comités Paris IDF peuvent passer au siège en nous téléphonant la veille.

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 10:41

AttacLa croissance est devenue le cheval de bataille de François Hollande pour répondre à la crise de l'Europe. Elle a encore été le maître mot de la première rencontre entre les deux chefs de l'État français et  du gouvernement allemand. Mais la croissance pour quoi faire ? En effet, qu'elle soit  fondée sur la dépense publique et la demande ou sur la compétitivité par l'abaissement du coût du travail et les « réformes structurelles » (selon la vision d'Angela Merkel), la croissance en soi n'est aucunement un gage de progrès social et encore moins environnemental. Et c'est parce qu'ils souhaitent une Europe solidaire, écologique et démocratique, avec une activité économique réorientée, que de nombreux mouvements sociaux européens se retrouveront du 17 au 19 mai à Francfort, face à la BCE.
En outre, la croissance n'est en rien suffisante pour résorber les dettes publiques. Pour résorber celles-ci, il faudrait, d'une part, engager une réforme fiscale de grande ampleur et, d'autre part, sortir les États de la dépendance des marchés financiers en leur permettant d'emprunter directement à la BCE à des taux faibles pour financer la transition écologique et sociale. L'émission d'euro-obligations, si ceux-ci devaient être souscrits sur les marchés financiers, ne règlerait pas le problème.
D'autant qu'il faudrait également contrer les déséquilibres économiques au sein de l'Union, par des politiques fiscales et sociales qui convergent vers le haut et par un budget européen plus ambitieux. Ce à quoi ne répondent que partiellement les propositions de François Hollande, qu'il faudra examiner de près (réorientation des fonds structurels européens, taxe sur les transactions financières...).
Et comme la croissance tant attendue ne sera sans doute pas au rendez-vous, le risque est grand de voir le futur gouvernement annoncer bientôt des mesures d'austérité sociale, imposées par  le pacte budgétaire. Ce texte renforce les conditions d'équilibre budgétaire et le mécanisme de sanction. Des dispositions que François Hollande ne rejette pas, puisqu'il propose seulement de les compléter.
C'est pour porter ces revendications à un niveau européen qu'Attac, les Indignés, des organisations allemandes... appellent à un encerclement de la BCE le 18 mai et à une manifestation européenne le 19 mai dans les rues de Francfort. De nombreux militants français et d'autres pays européens y participeront (1), ajoutant leurs voix à celles de tous les peuples qui manifestent de plus en plus clairement leur rejet de l’austérité.

(1) http://www.france.attac.org/evenement/toutes-et-tous-francfort-du-17-au-19-mai

Paris, le 16 mai 2012
Attac France

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 12:41

Le TempsLe chroniqueur économique Paul Jorion évoque l’évolution de la crise de la dette en zone euro alors que la Grèce et l’Espagne sont toujours au centre des préoccupations

Paul Jorion était de passage, voici une semaine, au «Club 44» de La Chaux-de-Fonds pour une conférence sur l’avenir d’un système capitaliste qu’il décrit comme étant «à l’agonie». L’occasion d’évoquer avec lui l’évolution de la crise en zone euro alors que François Hollande entrera en fonction ce mardi et que la Grèce et l’Espagne demeurent au centre de toutes les inquiétudes.

Le Temps : La fin programmée du «merkozysme», autrement dit de l’austérité comme seule issue à la crise de la dette, est-elle une bonne nouvelle pour la zone euro ?

P.JorionPaul Jorion: Depuis qu’on a commencé à parler des problèmes de la Grèce, fin 2009, les décisions politiques ont toujours été prises avec au moins six mois de retard. Si bien que le budget qui aurait pu lui permettre de sortir de la crise est passé de 13 milliards, une somme évoquée en janvier 2010, à 105 milliards d’euros lorsque des mesures ont enfin été prises en mars 2012. C’est presque dix fois plus que prévu. Ces atermoiements ont toujours été motivés par des calendriers électoraux. Il a fallu attendre les élections dans les Länder en Allemagne, les législatives en Espagne, les présidentielles en France ou les réunions du G8 et du G20. Et ce sera probablement encore le cas avec les législatives françaises. La maladie de l’Europe a été de ne jamais prendre des mesures à la hauteur de la gravité de la situation.

Le Temps : Cela ne va-t-il pas changer avec le retour de la croissance au centre du débat ?

– Malheureusement nous sommes dans une impasse. Comme l’a déjà dit Christine Lagarde en juillet 2010, il faudrait faire de la ri-lance. C’est-à-dire de la rigueur et de la relance économique en même temps. Or, diminuer la dette des Etats ne veut pas forcément dire qu’il faut réduire les dépenses publiques. On peut très bien faire de la rigueur en augmentant les recettes fiscales. On pourrait ainsi modifier le système fiscal pour que les entreprises paient enfin des impôts. Car en règle générale, les grandes entreprises s’arrangent pour ne pas en payer. Au lieu de cela, on a pris l’habitude de comparer les dépenses au produit intérieur brut (PIB) d’un pays et non pas à ses rentrées d’argent. Ce calcul, qui fait partie du pacte de stabilité financière européen et de la règle d’or, nous conduit droit à la catastrophe.

– Mais à un moment donné, ne faut-il pas mettre des règles en place?

– Bien sûr qu’il faut des règles. Mais des règles qui ont un sens, pas comme la règle d’or qui comporte une erreur fondamentale en comparant les dépenses d’un pays à son PIB. Comme l’ont souligné justement Jacques Attali et Pascal Lamy cette semaine, la dette s’auto-entretient dès que le taux d’intérêt associé à la dette souveraine dépasse le taux de croissance. Il faut donc une règle qui interdise aux Etats de dépenser plus que leurs recettes. Et non pas jusqu’à 3% de leur PIB. Imaginez si les marchés demandent un taux d’intérêt de 7% ou plus à un Etat, comme pour la Grèce, alors on exigera de ce pays un taux de croissance supérieur ou égal à 7%? C’est totalement autodestructeur. Plus la situation financière d’un pays se détériore, et plus son taux de croissance devrait être élevé!

Le Temps : Quelle est la solution ?

– Le vrai problème, c’est que les gens n’ont pas assez d’argent. Il faut donc augmenter les salaires. Certains diront qu’on risque de créer de l’inflation. Mais on ne crée de l’inflation que si on ne baisse pas simultanément la part qui va aux investisseurs et aux dirigeants d’entreprise. On trouve curieux qu’un patron gagne 300 fois plus que la personne la moins bien payée dans son entreprise. Mais au début du XXe siècle, cette relation était de dix ou quinze fois. Cette disproportion n’est pas une simple curiosité, c’est un problème économique fondamental.

Le Temps : Que va-t-il se passer si l’on ne change pas de cap ?

– Ce sera la destruction totale. Vous savez, les civilisations disparaissent. Je pensais que le servage était apparu en Europe dans la continuité de l’esclavage. Mais en réalité, ce sont des hommes libres qui sont devenus des serfs à la fin de l’Empire romain. Le manque de revenus a été remplacé par du crédit et, petit à petit, ces individus se sont retrouvés dans une situation où ils ne pouvaient plus rembourser leurs dettes. Ils sont devenus des serfs. Et aujourd’hui, on est en train de créer un nouveau système de servage.

Le Temps : Que vous inspire la nationalisation partielle de Bankia, quatrième banque espagnole, cette semaine ?

– On continue de mettre entre parenthèses les erreurs catastrophiques de la spéculation immobilière. Quand une bulle immobilière éclate, que ce soit en Irlande, en Espagne ou aux Etats-Unis, on ne peut pas continuer à dire que cet argent n’a pas été perdu. A un moment donné, il faut passer par la case pertes et profits. Malheureusement, quand on fait le bilan, on s’aperçoit qu’il a fallu 1000 milliards d’euros pour renflouer les banques européennes. C’est-à-dire 3000 euros par habitant de la zone euro. Cette somme montre bien que le système actuel ne peut plus être sauvé. D’autant que dans trois ans, quand il faudra rembourser cette somme à la Banque centrale européenne, chacun sait déjà que ce ne sera pas possible. Dans l’état de délabrement généralisé actuel, comment voulez-vous que l’on reconstitue de la richesse en quantité suffisante? Alors on essaie de gagner du temps, on dit que les choses vont s’arranger. Mais en vérité, si on laisse pourrir la situation, le système va finir par disparaître. A moins d’un jubilée, qui annulait les dettes tous les 50 ans, comme dans l’Antiquité.

Le Temps : Faut-il donc restructurer la dette ?

– Il faut arrêter de considérer que seuls des pays comme l’Indonésie ou la Russie peuvent restructurer leurs dettes. Quand on fait les mêmes erreurs que les autres, on n’y échappe pas. Et il ne faut pas oublier qu’entre le XIXe et le XXe, il y a eu, je crois, près de 700 faillites d’Etats.

Le Temps : Rien n’empêche les banques centrales de poursuivre leurs programmes d’assouplissement monétaires…

– Oui, mais cela équivaudrait à la destruction du système. Lorsque l’on parle d’hyperinflation au Zimbabwe, on dit que c’est normal, qu’il s’agit après tout de l’Afrique! Mais on oublie que nous sommes nous aussi en train de mettre en place une machine à créer de l’hyperinflation, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. On ne peut pas créer de la monnaie sans la création d’une richesse équivalente. Ricardo l’avait compris dès 1810: en créant en permanence de la monnaie, un système monétaire ne peut que s’effondrer à terme.

Le Temps : Qu’en est-il des tentatives de réguler le système financier ?

– La seule mesure qui ait été prise jusqu’ici, c’est d’avoir imposé aux banques «systémiques», ou trop grandes pour faire faillite, des provisions supplémentaires de 2,5% sur leurs fonds propres. Cette solution n’est absolument pas à la hauteur du problème auquel nous faisons face. Ce qu’il aurait fallu faire, c’est retirer ces banques du système, les démanteler pour en faire des unités suffisamment petites pour qu’elles ne soient plus susceptibles de faire tomber tout le système avec elles en cas de défaut. En 2008, tout le monde était d’accord pour dire qu’il s’agissait de la seule solution possible. Quatre ans plus tard, il n’en est même plus question.

Le Temps : Vous évoquez souvent un discours de Nicolas Sarkozy en 2008 à Toulon comme une opportunité manquée. Une explication ?

– A chaque crise du capitalisme, une réflexion émerge. Au XIXe siècle, ce fut le cas des socialistes, des communistes, des associationnistes, des anarchistes ou des collectivistes. En 2008, alors que l’on commence à percevoir la gravité de la crise, Nicolas Sarkozy prononce un discours qui s’inscrit dans la plus pure tradition socialiste. Il dit que l’économie n’est pas la loi de la jungle, qu’il faut réglementer les banques pour réguler le système, qu’il faut opposer l’effort des travailleurs à l’argent facile de la spéculation. Même s’il n’a jamais rien fait contre la puissance des marchés durant sa présidence, le fait est qu’il existe un texte sur lequel on peut se baser pour réformer le capitalisme.

 

Article publié le 12 mai 2012 sur le site du quotidien suisse Le Temps



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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 07:16

bastamagEt si, après une stressante campagne électorale, on respirait un peu ? Quelle société voulons-nous aujourd’hui construire ? « La croissance est un problème, pas une solution », affirme Pierre Rabhi, paysan-philosophe. Face à la disparition des questions écologiques dans le débat politique, et à la frénésie marchande qui nous a pris en otages, il invite à repenser la vie sur un mode à la fois « sobre et puissant ». Et à inventer, pour éviter des explosions sociales et un chaos généralisé, un autre modèle de civilisation. Entretien.

Basta ! : Vous défendez une société de la sobriété. Les crises actuelles et l’austérité qui menace vont-elles permettre de remettre en question le système économique dans lequel nous vivons ?

P.RabhiPierre Rabhi [1] : Je ne me réjouis pas de cette situation, mais je me dis finalement que l’être humain a besoin d’entrer dans des impasses pour mieux comprendre. Les impasses peuvent soit finir sur un chaos généralisé, soit permettre d’initier autre chose. Le chaos est tout à fait possible : une sorte de cocotte-minute d’incertitudes et d’inquiétudes est en train de miner les âmes et les consciences. Qu’une seule ville explose et toute la France explose. Le problème aujourd’hui n’est pas de se réjouir de cela, mais de voir ce qu’on peut tirer de cette évolution. Notre modèle de société montre son inadéquation, son incapacité à continuer. Si nous nous y accrochons, ce sera le dépôt de bilan planétaire. Tous les pays émergents veulent vivre à la moderne. Où va-t-on puiser les ressources ? C’est totalement irréaliste. Il y a aujourd’hui à repenser la vie sur un mode qui soit à la fois sobre et puissant. Je crois beaucoup à la puissance de la sobriété. Je ne crois pas à la puissance des comptes en banque. La vraie puissance est dans la capacité d’une communauté humaine à se contenter de peu mais à produire de la joie. Notre société déborde de tout, mais nous sommes un des pays les plus consommateurs d’anxiolytiques, pour réparer les dégâts que produit la « société de la matière » ! Nous sommes une espèce de planète psychiatrique. Combien de souffrances produisons-nous ?

 

 

Pendant la campagne électorale, l’écologie a quasiment disparu du débat politique. Qu’en pensez-vous ?

C’est parce que les citoyens ne sont pas véritablement conscients de l’enjeu de l’écologie que nous sommes obligés d’avoir une écologie politique pour lui donner une place au forceps. Dans la réalité, l’écologie concerne absolument tout le monde. Je suis évidemment reconnaissant envers ceux qui essayent de placer l’écologie dans le débat politique. Mais c’est une anomalie. Car l’écologie est une affaire de tous. C’est ce qui détermine l’existence de tout individu, du phénomène de la vie. Nous sommes donc tous concernés.

Selon vous, le progrès technologique nous asservirait ?

La civilisation moderne est la civilisation la plus fragile de toute l’histoire de l’humanité. Plus d’électricité, de pétrole, de télécommunications et la civilisation s’écroule. Elle ne tient sur rien du tout. Le progrès ne libère pas. Plusieurs avancées ont apporté un certain bien-être. Mais ce bien-être n’est pas forcément partagé. Il faut que l’humanité se pose la question : le progrès, pour quoi faire ? Et avant : qu’est-ce que vivre ? S’il s’agit juste de consommer, je n’appelle pas ça la vie, cela n’a aucun intérêt. Nous sommes devenus des brigades de pousseurs de Caddie. Cela me terrifie. Nous sommes revenus au néolithique : nous sommes des cueilleurs, nous passons dans les rayons et nous cueillons. Tout cela n’est pas bon. On a évoqué la décroissance, qui est considérée comme une infamie dans le monde d’aujourd’hui : remettre en cause la croissance ! Au Moyen Âge, j’aurai été brûlé vif.

Peut-on se passer de l’industrie et du progrès technologique sur une planète qui comptera bientôt 9 milliards d’êtres humains ?

Le progrès technologique ne rétablit pas de l’équité dans le monde, au contraire. Une minorité en bénéficie. Ce ne sont pas les pays en voie de développement qui consomment le plus de voitures ou de frigos. C’est un leurre de dire que la planète ne pourra pas suffire, parce que nous serons plus nombreux. C’est une injustice totale : sur 7 milliards d’humains aujourd’hui, la moitié n’a pas accès à la nourriture pendant que les autres se bâfrent et gaspillent à outrance. Un cinquième de l’humanité consomme les 4/5es des ressources produites. Ce serait très pernicieux d’invoquer la démographie pour dire qu’on ne va pas s’en sortir. Non ! Plusieurs milliards d’humains ne s’en sortent déjà pas. Ce ne sont pas les pauvres qui épuisent les ressources. La démographie n’est pas en cause. Je sens cet argument s’insinuer de façon très vicieuse.

Pourquoi, après avoir été ouvrier, avez-vous choisi de devenir paysan ?

J’ai accompli mon retour à la terre, ici en Ardèche, en 1961, parce que je considère que notre système n’a pas d’intérêt. Je n’ai pas envie d’être né pour produire, pour consommer et mourir. C’est une destinée un peu limitée ! Je suis né pour vivre, je suis né pour admirer. Si on doit toute sa vie besogner pour que les poubelles débordent de déchets, cela n’a aucun sens. Il n’y a pas si longtemps, en mai 68, les jeunes défilaient dans les rues pour protester contre la société de consommation. C’était l’excès. Leur intuition était forte : nous ne sommes pas des consommateurs. Les gagneurs d’argent, la frénésie marchande nous ont pris en otages pour faire de nous des gens qui doivent absolument consommer pour faire monter le produit national brut. C’est complètement stupide. Les jeunes disaient : on ne tombe pas amoureux d’un produit national brut ! Ils lançaient des slogans très importants, qui étaient un appel à la vie. Nous ne vivons pas : nous sommes conditionnés, endoctrinés, manipulés, pour n’être que des serviteurs d’un système. Ils ressentaient ce besoin de sursaut de la vie. Depuis, je ne vois plus les jeunes défiler dans la rue pour dire qu’ils ont trop. Nous sommes au contraire entrés dans la phase du manque. Les certitudes d’une idéologie triomphante, c’est terminé ! Aujourd’hui, les jeunes ne savent pas quelle place ils auront et s’ils auront une place dans l’avenir. Ce système-là peut-il encore perdurer ? Non. Il ne faut donc pas s’illusionner et se raconter des histoires : notre système arrive à ses limites. Il faut maintenant que l’imagination se mette en route, pour en créer un autre.

D’où peut venir le changement ? D’abord de chaque individu ou de transformations portées collectivement ?

Vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire, tout en exploitant votre prochain, ce n’est pas incompatible ! Le changement radical de la société passe par une vision différente de la vie. L’humain et la nature doivent être au cœur de nos préoccupations. Le rôle de l’éducation est souverain : et si on éduquait les enfants au contentement et non à l’avidité permanente ? Une avidité stimulée par la publicité, qui affirme qu’il nous manque toujours quelque chose. Cette civilisation du besoin chronique et permanent, sans cesse ressassé, installe dans les esprits la sensation de manque. Le phénomène de la vie, ce qui fait que nous existons, devrait avoir une place dans l’éducation des enfants. Or nous n’avons que des structures éducatives qui occultent complètement les fondements de la vie pour, le plus vite possible, fabriquer un petit consommateur et un petit producteur pour le futur. Cela en fait un petit ignorant qui s’occupera bien davantage de savoir comment il va avoir un bon boulot malgré la compétitivité.

L’exigence fondamentale, c’est que tout le monde puisse manger, se vêtir, se soigner. Voilà ce qu’une civilisation digne de ce nom devrait pouvoir fournir à tout le monde. Aucun bonheur n’est possible sans la satisfaction des besoins vitaux. Notre civilisation a la prétention de nous libérer alors qu’elle est la civilisation la plus carcérale de l’histoire de l’humanité. De la maternelle à l’Université, nous sommes enfermés, ensuite tout le monde travaille dans des boîtes. Même pour s’amuser on va en boîte, assis dans sa caisse. Enfin, on a la boîte à vieux quand on n’en peut plus, qu’on est usé, avant de nous mettre dans une dernière boîte, la boîte définitive.

Comment convaincre ceux qui profitent le plus de la société de consommation et d’accumulation ?

Qui enrichit ces gens-là ? C’est nous. Ils s’enrichissent parce que des gens insatiables achètent de plus en plus, parce que toute une communauté humaine leur donne les pleins pouvoirs. Ils n’existent que parce que nous les faisons exister. Je ne roule pas en char à bœufs mais en voiture, je pollue malgré moi, j’ai le confort moderne. Ce qui fausse tout, c’est que cela devient prétexte à un enrichissement infini. Ce serait différent si les objets fabriqués par le génie du monde moderne avaient vocation à améliorer la condition humaine. Nous donnons très peu de place à ce qui est indispensable, à ce qui amène véritablement la joie. Et nous ne mettons aucune limite au superflu.

Cela signifie donc s’attaquer aux puissances de l’argent ?

L’argent est noble quand il permet l’échange. C’est plus facile d’avoir quelques billets dans sa poche que de transporter deux kilos de pommes de terre. L’argent n’est pas à récuser dès lors qu’il participe au mécanisme de régulation du bien-être entre tous. Mais quand il régule seulement la richesse, non. Toutes les choses vitales, les biens communs – eau, air, terre, semences – devraient être soustraites à la spéculation. Ceux qui ont de l’argent commettent un hold-up légalisé sur le bien de tous. Un vol illicite mais normalisé par la règle du jeu. L’argent rend l’humanité complètement folle et démente. Aujourd’hui, on achète le bien des générations futures. Je possède de la terre, mais je suis prêt à dire que ce n’est pas la mienne. Je l’ai soignée pour qu’elle soit transmise à mes enfants ou à d’autres gens.

Comment soustraire les biens communs à ceux qui spéculent ?

Admettons qu’on aille jusqu’à la logique extrême : un jour, un petit groupe d’humains hyperriches va posséder la planète. Aux enfants qui arriveront, on leur dira qu’ils sont locataires. Qu’ils doivent payer leur droit d’exister. C’est stupide. C’est navrant. C’est d’une laideur infinie. Parce que j’ai de l’argent, j’ai le droit sur tout… C’est là que le politique devrait réguler. Mais, pour l’instant, les responsables politiques sont là pour maintenir en vie cette inégalité criante. Ils font de l’acharnement thérapeutique sur un modèle moribond. On peut le mettre sous perfusion tant qu’on voudra... on sait très bien qu’il est fini. Le drame serait que tout cela finisse dans le chaos, si on ne met pas en place une nouvelle orientation de la vie.

Il faut changer les règles du jeu démocratique, dites-vous… Pour aller vers quoi ?

On ne peut pas changer un monstre pareil du jour au lendemain. Ce que je regrette, c’est qu’on ne se mette pas sur la voie du changement. Ce modèle a été généré par l’Europe. La première victime de ce nouveau paradigme, cette nouvelle idéologie, c’est l’Europe elle-même. L’Europe était une mosaïque extraordinaire. Tout a été nivelé, standardisé. Et on a exporté ce modèle partout ailleurs, en mettant un coup de peinture « démocratie » là-dessus. Aujourd’hui ce modèle se délite, il n’a aucun moyen d’être réparé. Il faut aller vers autre chose. Ce que propose la société civile : elle est le laboratoire dans lequel est en train de s’élaborer le futur. Partout des gens essayent de faire autrement. Un État intelligent devrait encourager ça. Sinon, cela se fera sous la forme d’explosion sociale. Une grande frange des citoyens sont secourus par les dispositifs de l’État. Cela ne durera pas. Le jour où la société ne pourra plus produire de richesses, où prendra-t-on ce qu’il faut pour soutenir ceux qui sont relégués ? Nous sommes dans un système « pompier-pyromane » : il produit les dégâts et prétend en plus les corriger. On met des rustines au lieu de changer de système : ce n’est pas une posture politique intelligente.

Recueilli par Ivan du Roy et Agnès Rousseaux

Vidéo : Agnès Rousseaux

Photo : Ivan du Roy

Notes

[1] Pierre Rabhi vit en Ardèche, où il a été paysan. Il a crée en 2007 le Mouvement pour la Terre et l’Humanisme appelé ensuite mouvement Colibris. Il est aussi l’inventeur du concept « Oasis en tous lieux » et a lancé en 2012 la campagne Tous Candidats

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Published by Bastamag - dans Economie
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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 10:03

Alternatives EconomiquesDans mon billet du 24 janvier dernier sur « le chiffrage des programmes », j’écrivais ceci :
« les candidats des principales formations en présence vont tous nous dire : « mon chiffrage, bien entendu, suppose un retour à une croissance suffisante ». Implicitement : à moins de 2 % par an, je ne m’engage à rien ! On parie ? »

J’admets que ce n’était pas un pari à hauts risques, vu que c’est ce qui s’est produit à chaque élection… depuis que la croissance se fait désirer, et surtout depuis une dizaine d’années. On peut juste se demander combien de temps il faudra encore, et quelles catastrophes devront se produire, pour que l’idée de progrès humain porte sur autre chose que le « toujours plus » qui nous mène au désastre « comme des somnambules » (Edgar Morin).

LA CROISSANCE PERPETUELLE, SEUL REMPART CONTRE L’AUSTERITE ?

Quel est l’argument de gauche qui domine dans la campagne présidentielle ? Il se fonde sur le refus, parfaitement justifié, des politiques d’austérité et de récession. Ces dernières sont en voie d’institutionnalisation en Europe, via le projet de nouveau traité ou pacte budgétaire signé le 1° mars par vingt-cinq chefs d’Etat ou de gouvernement. Une bonne analyse critique en a été fournie par le Corporate Europe Observatory sous le titre « Automatic Austerity » (traduction française via ce lien http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article175).

La seule solution consiste-t-elle à remplacer ce « pacte d’austérité généralisée » par un « pacte de croissance » en Europe, comme si le contraire de l’austérité c’était la croissance ?

Une telle proposition repose sur UNE VISION PUREMENT QUANTITATIVE de l’austérité : ce serait le « toujours moins », et comme la croissance c’est le « toujours plus », nous n’aurions que ce choix binaire. C’est une vision qui fait l’impasse sur les inégalités et la pauvreté (toujours plus globalement, mais pour qui ?) tout autant que sur l’écologie (toujours plus de quoi ? De dommages environnementaux ?).

On sait pourtant – c’est un thème cher à Joseph Stiglitz – que la belle décennie de croissance américaine entre 1998 et 2008 était selon lui un « mirage », en ce sens que 90 % des Américains ont alors connu une décennie de stagnation ou de déclin de leurs conditions de vie. Et que l’empreinte écologique et les émissions de gaz à effet de serre par habitant ont poursuivi leur folle progression alors que ce pays détient pourtant les records du monde « développé » pour ces indicateurs de destruction massive de la planète.

LE CONTRAIRE DE L’AUSTERITE, C’EST LA PROSPERITE. PRIVILEGIONS LA QUALITE ET LES BIENS COMMUNS.

Il est temps de laisser tomber les visions purement quantitatives du « progrès » et de considérer que, s’il est vrai que certaines quantités comptent, surtout pour ceux qui sont en manque (pouvoir d’achat, niveau de vie…), elles n’ont d’intérêt que si elles sont mises au service d’objectifs de qualité de vie individuelle et collective. Ces objectifs se nomment, selon vos préférences, développement humain soutenable, bien vivre, émancipation humaine, écosystèmes préservés, biens communs, convivialité. Ou encore : la « prospérité », au sens que lui donnent des auteurs divers, dont Tim Jackson, pour qui une « prospérité sans croissance » est à la fois possible et nécessaire. Prospérité vient du latin spero (s’attendre à) et pro (en avant) : en gros, faire en sorte que les choses aillent bien, ou mieux, au fil du temps, sans connotation d’abondance matérielle nécessaire.

L’austérité, ce sont des conditions de vie et de travail dégradées, des protections sociales affaiblies, des services publics en déshérence, l’écologie sacrifiée, etc. Il s’agit de qualités et de biens communs, pas de quantités consommées. Certaines productions utiles y contribuent, évidemment, certaines doivent même croître en quantités, mais, globalement, le « toujours plus de n’importe quoi » est une impasse qui nous mène à une autre austérité, « durable ».

On peut combattre l’austérité sans croissance quantitative perpétuelle, par une « croissance » de la qualité et de la soutenabilité de la production et de la consommation. On peut créer des emplois sans croissance globale, résorber l’excès de dette publique et financer des retraites convenables sans croissance. C’est en tout cas ce que j’ai essayé de montrer, scénarios à l’appui, dans mon livre « Adieu à la croissance » et dans plusieurs billets de ce blog.

Contre l’austérité, il y a d’abord le partage du travail et des revenus, une révolution fiscale, une forte réduction des inégalités, la reprise en mains de la finance (un des secteurs dont une forte décroissance serait très bénéfique), la réorientation écologique de la production dans tous les secteurs, la sobriété énergétique, etc.

Le PIB par habitant actuel de la France est, en euros constants, le double de celui de 1971. Il est 50 % plus élevé qu’en 1982. Notre bien-être individuel et collectif est-il le double de celui de 1971, 50 % plus élevé qu’en 1982 ? N’avions-nous pas plutôt, il y a trente ans, moins de graves problèmes sociaux et écologiques, de violence, de chômage et de précarité ? Et nettement moins d’inégalités et de revenus extravagants ? Et pratiquement pas d’électeurs du Front National (moins de 1 %) ?

Dire cela n’est pas souhaiter un retour en arrière, au demeurant impossible. C’est juste prendre conscience que nous sommes collectivement immensément riches sur le plan des quantités produites et consommées, mais bien pauvres en qualités de société, de démocratie, d’information, d’égalité, de fraternité, de libertés de choix de vie, de temps libre.

L’austérité, nous y sommes déjà, et, si on la juge autrement que par les quantités produites et consommées globalement, elle est plus prononcée aujourd’hui qu’il y a trente ans. C’est d’ailleurs ce qui explique que, dans les enquêtes d’opinion des années 2000, contrairement à celles des années 1980, les gens estiment majoritairement qu’ils vivent moins bien que leurs parents et mieux que leurs enfants ne vivront. Faisons en sorte qu’ils se trompent sur la deuxième partie de leur jugement. Une autre « relance » est possible (voir ci-dessous des extraits d’un billet de février 2009).

P.S. Je pense que vous apprécierez cet article de Christian Arnsperger sur « La crise comme diversion » :
http://www.liberation.fr/economie/01012396752-la-crise-comme-diversion-et-le-sens-de-la-vie-economique

UNE AUTRE RELANCE EST POSSIBLE

Un débat essentiel existe à gauche entre ceux qui pensent qu’il faut très vite relancer la croissance et ceux qui estiment qu’il faut « profiter de la crise » pour en finir avec le culte de la croissance et proposer une autre vision du progrès.

Les premiers ont un argument : la croissance est favorable à l’emploi, et elle dégage des surplus économiques pour améliorer les conditions de vie et la protection sociale. Cette « loi » a été plus ou moins vérifiée dans le passé. On en déduit qu’elle doit s’appliquer à l’avenir. C’est faire preuve de peu d’imagination face à une crise systémique, et alors qu’on peut penser que, quoi qu’on fasse, la croissance va prendre fin.

CREER DES EMPLOIS SANS CROISSANCE, C’EST POSSIBLE…

On peut créer des emplois dans de nombreux secteurs sans croissance des quantités produites mais par la croissance de la qualité (de vie, des produits) et de la durabilité (des produits, processus, modes de vie).

Ce qui détermine l’emploi, c’est la valeur ajoutée et son contenu en travail. Or il existe deux grandes façons typiques de faire « progresser » la production. La première, fordiste, consiste à produire plus des mêmes choses avec la même quantité de travail. C’est la définition des gains de productivité du travail. Il y a alors de moins en moins de valeur ajoutée et de travail par unité produite (mais pas forcément moins de ressources naturelles et de pollutions, là est le problème).

La seconde, qui va être au cœur du « développement durable », consiste à produire et consommer autrement et plus sobrement d’autres choses (des kwh « propres », des aliments bio, des m2 à zéro émission, des produits à longue durée de vie et recyclables…), et cela exige en général plus de travail et plus de valeur ajoutée par unité produite que dans les solutions productivistes.

Par conséquent, une réorientation de la production et des modes de vie vers la durabilité, par substitution des productions et consommations « propres » aux solutions « sales », va se traduire par un enrichissement du contenu en emploi pour les mêmes quantités produites… mais d’une toute autre qualité.

Des scénarios existent pour une agriculture, une industrie, des bâtiments, des transports et des énergies durables (NégaWatt, WWF…). Ils combinent les apports des technologies et ceux d’une sobriété réfléchie et différenciée (personne ne demande aux plus démunis d’être sobres). Ils exigent tous plus d’emplois que dans les organisations actuelles, qui sont à la fois productivistes, gaspilleuses et polluantes.

Mais, comme les prix des produits et services durables sont et seront en moyenne plus élevés, l’accès universel à des modes de vie durables, condition clé de succès et d’acceptation, suppose de s’en prendre énergiquement aux inégalités.

… MAIS IL FAUT REDUIRE FORTEMENT LES INEGALITES

L’autre relance, celle qui pourrait nous éloigner de la zone des tempêtes sociales et écologiques, passe non pas par la croissance mais par la solidarité (du local au global) et le partage. Partage du pouvoir économique et politique, partage des ressources économiques et naturelles, partage du travail, y compris le travail domestique, solidarité avec les générations futures. Aucune de ces formes de partage ne progressera sans des mobilisations puissantes contre les privilèges des possédants et des actionnaires.

Pour améliorer les conditions de vie de la majorité des Français en réduisant fortement leur empreinte écologique, les ressources existent, sans exigence de croissance. Il faut « juste » les distribuer autrement.

En France, les réductions d’impôts directs décidées depuis 2000 en faveur des plus riches représentent un manque à gagner de 30 milliards d’euros par an pour les finances publiques. Si l’on y ajoute les réductions de cotisations sociales patronales décidées depuis 1992, dont au moins la moitié sont inefficaces en termes d’emploi, cela fait plus de 50 milliards par an. Il faudrait y ajouter les niches fiscales indécentes pour privilégiés, la fraude fiscale, l’évasion dans les « enfers fiscaux », les profits scandaleux de Total, etc. D’énormes ressources publiques sont ainsi disponibles, sans croissance autre que qualitative, pour la « relance » d’un progrès social respectant les équilibres écologiques : éducation, santé et autres services publics, gardes d’enfants, personnes âgées, logement, mais aussi minima sociaux, contrôle public des banques, emplois jeunes de qualité, emplois durables dans de nouvelles activités d’utilité écologique et sociale, accompagnement de la reconversion des activités insoutenables. Elles permettraient d’investir massivement dans la « grande bifurcation » d’un système en faillite sur tous les plans.

Blog de Jean Gadrey 28-03-12

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 15:56

Surprise en effet, cette prise de distance très nette, d'un grand patron, X, Corps des Mines de surcroît, par rapport à ce qu'il considère mortifère pour la France, le choix d'un modèle de capitalisme libéral-financier d'inspiration directe anglo-saxonne. Il dénonce ce modèle que la gauche au pouvoir a installé, d'après lui, sans le vouloir vraiment. Il dénonce la primauté de l'actionnaire qui dépossède, a contrario, du modèle commercial-industriel, petit à petit la France de son pouvoir d'action sur une industrie, qui n'est orienté que vers la création de valeur et se révèle destructeur vis à vis du devenir de la recherche et développement à moyen/long terme, de l'innovation pour les produits et services et destructeur aussi sur le plan social.Ce choix est la cause principale, beaucoup plus que le différentiel de coût de main d'oeuvre de la désindustrialisation de la France par rapport à Allemagne ou à d'autres pays européens.

Voir son interview à propos de son dernier livre "La France doit choisir" http://www.france24.com/fr/20120113-invite-economie-jean-louis-beffa-euteur-la-france-doit-choisir

 

 


 

 

Xerfi Canal a reçu Jean-Louis Beffa , président d'honneur de Saint-Gobain , qui a présenté son dernier ouvrage : "La France doit choisir" (éd. Seuil).
Quel avenir pour la France dans la mondialisation ? Comment s'y prennent les autres Etats pour avancer dans la tourmente ? A la veille d'échéances électorales majeures, ces questions se posent avec d'autant plus d'acuité pour notre pays que le chômage et la désindustrialisation y prospèrent sur fond de dette et de déficit de notre balance commerciale. Aujourd'hui, il est temps de choisir. Mais encore faut-il faire le bon choix. Les grands Etats modernes peuvent aujourd'hui adopter un des quatre principaux modèles : le modèle libéral-financier (Etats-Unis, Royaume-Uni), le modèle commercial-industriel (Chine, Allemagne, Japon), le modèle autocentré (Inde, Brésil), le modèle rentier (Russie). Quel est celui qui réconciliera la France avec la croissance et la prospérité ? Le pays semble hésiter. Il lui faut au contraire tourner résolument le dos au modèle libéral-financier qu'on a voulu lui imposer et qui fait désormais eau de toutes parts. Notre pays doit de toute urgence adopter le modèle commercial-industriel pour revenir dans la compétition mondiale. [...]
Jean-Louis Beffa est président d'honneur et Administrateur de la Compagnie de Saint-Gobain, Senior Advisor de Lazard et Chairman Lazard Asia Investment Banking, administrateur de GDF Suez, du Groupe Bruxelles Lambert et du Monde S.A. et membre du Conseil de surveillance de Siemens AG. Il est co-Président du Centre Cournot pour la Recherche en Économie, Président de l'AROP (Association pour le Rayonnement de l'Opéra national de Paris).
Jean-Beffa, Bâtir un vrai modèle économique français, une vidéo Xerfi Canal.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 11:08

Le Monde

31 janvier 2012

Prix Nobel d'économie et chroniqueur au New York Times, Paul Krugman donnera à Paris, mardi 31 P.Krugmanjanvier, une conférence sur la crise de la zone euro à l'initiative de la société Lunalogic.

Au moment où devait se tenir un nouveau sommet européen, lundi, l'économiste américain se montre sévère envers les mesures décidées jusqu'ici, regrettant la rigidité de l'Allemagne.

Vue des Etats-Unis, comment est perçue la crise de la zone euro ?

La vieille question est toujours d'actualité : "L'Europe, quel numéro de téléphone ?" Et ce malgré l'émergence de "Merkozy", le duo formé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Personnellement, je suis très préoccupé par ce qui arrive. Il est devenu très difficile de comprendre comment l'Europe peut fonctionner, trouver les moyens de s'ajuster. C'est une réelle source d'inquiétude pour l'avenir de l'économie mondiale.

Les mesures prises fin 2011 vont-elles dans la bonne voie ? Jusqu'ici, aucun sommet n'a su apporter de réponses adéquates, aucune décision politique n'a su traiter le problème dans son intégralité. La crise reste considérée uniquement comme un problème de dérives budgétaires. Ce n'est pas le cas. Ces déséquilibres existent, mais il y a aussi un écart de compétitivité et de flux de capitaux. Le seul élément positif est venu de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui a indirectement soulagé le marché des dettes souveraines. Mais, encore une fois, cela ne traite que l'urgence sans apporter de réponse fondamentale.

La BCE devrait-elle agir comme le fait la Réserve fédérale (Fed), qui achète massivement de la dette américaine ?

Si on met de côté les blocages politiques, oui, l'Europe a besoin d'une politique monétaire très agressive. Plus agressive encore que celle des Etats-Unis. Il n'y a pas d'autre moyen de faire les ajustements nécessaires. La BCE devrait racheter plus de dettes d'Etat mais aussi favoriser davantage l'expansion monétaire.

Cela ne risque-t-il pas de faire déraper les prix ?

L'inflation n'est pas le problème, c'est la solution.

Que voulez-vous dire ?

Pour restaurer la compétitivité en Europe, il faudrait que, disons d'ici les cinq prochaines années, les salaires baissent, dans les pays européens moins compétitifs, de 20 % par rapport à l'Allemagne. Avec un peu d'inflation, cet ajustement est plus facile à réaliser (en laissant filer les prix sans faire grimper les salaires en conséquence).

Le problème de compétitivité viendrait donc de salaires trop élevés en Europe du Sud par rapport à l'Allemagne ?

Au final, le problème est celui d'un déséquilibre des balances des paiements. Mais, si on prend l'exemple de l'Espagne, les salaires espagnols n'ont pas toujours été au-dessus de la moyenne. C'est un phénomène récent. Après la création de l'euro, il y a eu des afflux massifs de capitaux dans les pays dits à la périphérie de l'Europe qui ont provoqué une bulle du crédit.

Ainsi, que faut-il faire ?

Le problème de la zone euro, c'est sa construction même. Tout cela n'arrive pas par surprise : il y a vingt ans déjà, cette union monétaire provoquait des débats académiques, on se demandait comment ce système pouvait gérer un choc asymétrique, une récession plus profonde dans un pays que dans un autre. Mais la question a été négligée. Aux Etats-Unis, ces chocs asymétriques sont gérés, pas toujours parfaitement, grâce à un système budgétaire intégré et une mobilité très élevée.

L'Europe n'a aucun de ces deux atouts. II lui faut donc quelque chose d'autre pour donner plus de souplesse au système. Une politique monétaire moins stricte avec une inflation plus élevée - autour de 4 % - offrirait une part de la flexibilité qui manque à la zone euro.

Croyez-vous à l'émergence, au final, d'Etats-Unis d'Europe ?

J'aimerais ! On peut imaginer un renforcement de l'intégration budgétaire, ou la création d'euro-obligations. Mais il y a beaucoup de freins à tout cela : les pays endettés redoutent de perdre leur souveraineté, les autres ne veulent pas sauver des "irresponsables". Ces débats pour l'heure contribuent plutôt à détruire l'idée de l'Europe.

Je dois dire que, quand je pense à la zone euro, je me trouve dans cette situation étrange où tout semble inextricable. Je ne peux imaginer que la zone euro s'effondre. Cela me paraît inconcevable, on perdrait tant. Je me dis donc que les politiques feront tout pour résoudre cette crise. Mais je pense alors aux solutions à mettre en place, et là je me dis : "Non, il est impossible qu'ils prennent de telles mesures." Je suis alors confronté à une double impasse.

L'Allemagne a-t-elle une mauvaise influence sur l'Europe ?

L'Allemagne croit que la rectitude et la discipline budgétaires sont la solution. Elle a tort. Leur histoire les pousse à proposer un mauvais remède. Les Allemands étaient en mauvaise posture à la fin des années 1990. Alors ils regardent ce qu'ils ont fait, comment ils sont parvenus à redresser leur économie et transformer des déficits en excédents commerciaux. Ils pensent appliquer leurs solutions à la zone euro. Mais, si tel était le cas, il faudrait trouver une autre planète pour exporter les produits de l'Europe !

On parle parfois d'un "complot anglo-saxon" anti-euro...

Il y a toujours quelqu'un quelque part qui complote. Mais les gens raisonnables aux Etats-Unis comprennent bien que le succès de l'Europe nous profite. Ce n'est pas seulement une question économique. Il est question de démocratie, des droits de l'homme, de la victoire de nos idéaux. Et ce qui se passe aujourd'hui en zone euro ne vient pas des Etats-Unis, c'est un problème interne à l'Europe.

Lors des primaires républicaines, Mitt Romney a dit que Barack Obama conduisait les Etats-Unis vers la voie de l'Europe en tentant de copier son modèle social. Le modèle européen est-il l'exemple à ne pas suivre ?

Non. La crise de la zone euro n'a d'ailleurs rien à voir avec le coût de son système social. Des économies avec un fort Etat-providence ne s'en sortent pas si mal. Regardez la France ! D'un point de vue américain, on se dit que personne n'a aucune incitation à la productivité, que vous avez plus de jours de vacances. Mais, au final, la productivité horaire est la même qu'aux Etats-Unis. En aucune manière cette crise ne montre l'échec de ces systèmes sociaux. Il est possible de préserver un niveau élevé de protection sociale avec une politique budgétaire responsable : il suffit de regarder la Suède.

On parle d'un retour du protectionnisme. Est-ce un danger ?

Au regard de l'Histoire, les petits réflexes protectionnistes ne sont pas un problème majeur. On essaie parfois de faire un parallèle avec la Grande Dépression. Cela n'a rien à voir. Il n'y a pas de barrière importante érigée contre le libre commerce.

Propos recueillis par Claire Gatinois et Clément Lacombe

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 18:43

Changer-d-economie.jpg

Le nouveau livre des économistes attérés est disponible en librairie .

 

Atterrés, oui, mais pas résignés ! Après le Manifeste des économistes atterrés (Les Liens qui libèrent, 2010), qui dénonçait les " fausses évidences " parasitant le débat public sur la crise économique, Changer d'économie ! avance de multiples propositions dans les domaines de la fiscalité, de la politique économique européenne, de la protection sociale et bien entendu de la finance et des banques. Le collectif de chercheurs, universitaires et experts en économie qui ont participé à l'ouvrage est opposé à la " doxa néolibérale ". Tous refusent la " globalisation au service de la finance ", critiquent une " construction européenne où l'emploi et la protection sociale sont devenus des facteurs d'ajustement aux exigences de rentabilité insensées des actionnaires ", rejettent " l'instrumentalisation de la dette publique " ainsi que les politiques de " contre-révolution fiscale au service des plus riches ".

Ainsi, dans un chapitre très convaincant intitulé " Pour une nouvelle fiscalité ", l'économiste Philippe Legé dresse un tableau à la fois sinistre et détaillé des aberrations du système fiscal français. Celles-ci sont présentées comme les causes principales du problème de la dette, bien avant les dépenses publiques. L'auteur plaide pour la réduction drastique des niches fiscales, la création de nouvelles tranches d'impôt sur le revenu et l'instauration d'un serpent fiscal européen (par exemple des niveaux de TVA variables et fluctuants dans une certaine fourchette), censé lutter contre la concurrence déloyale à l'échelle de l'Union européenne.

Les Economistes atterrés considèrent la situation comme le résultat d'une crise systémique. Le problème ne se situe pas au niveau d'une Allemagne " gagnante " opposée à des pays du Sud en défaut de paiement. Il est la conséquence d'un système défaillant. Pour y remédier, les Economistes atterrés suggèrent que le Nord et le Sud de la zone euro fasse chacun un pas (en direction de l'accroissement de la demande intérieure pour le Nord et de la lutte contre l'évasion fiscale et la corruption, pour le Sud) ; ou bien que la zone euro soit redécoupée entre plusieurs ensembles mieux adaptés aux situations nationales.

Qu'ils prônent la séparation entre banques commerciales et banques d'affaires, afin de lutter contre la financiarisation de l'économie, ou qu'ils dénoncent le modèle actionnarial des grandes entreprises, lui préférant le modèle salarial, les auteurs prennent le contre-pied des tendances du " néolibéralisme " triomphant.

C'est un changement de société qui est proposé au fil des pages, du contrôle démocratique des institutions de crédit à la réhabilitation de la dépense publique en passant par la réduction collective du temps de travail. On regrettera que des thèmes aussi importants que l'Europe et l'écologie ne fasse qu'une apparition discrète - discrétion qui obère la nouveauté des propositions. Celle qui sous-tend toutes les contributions consiste en un retour à des politiques keynésiennes d'investissement socialisé et de planification, où l'accroissement des dépenses publiques serait supporté entre autres par de grands emprunts.

Efficaces pendant les " trente glorieuses ", dans un après-guerre où les gains de productivité étaient liés au progrès technique et à la transition vers une économie de services, ces politiques ont permis de dégager des revenus supplémentaires et de stimuler la croissance. Le permettront-elles cette année, où de tels gains de productivité ne sont plus qu'un vieux souvenir ?

Florent Joly

Cc .Les Economistes atterrés Les Liens qui libèrent, 246 p., 18,50 Euros.

 


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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 20:48

Alternatives Economiques

J’ai indirectement évoqué cette question compliquée dans un billet antérieur « Les états doivent-ils s’endetter ? » (26 septembre). L’occasion d’y revenir m’est fournie par un billet récent de Jean-Marie Harribey sur son blog (« De la création monétaire… »).

Mon analyse portera sur un seul des « principes monétaires » mis en avant comme « préliminaires » par Jean-Marie (je n’ai pas de problème avec le reste, mais il est vrai que le principe en question joue un rôle important dans son texte). Il est énoncé ainsi (point 3 de la partie I) : « Au niveau macroéconomique, l’accumulation du capital et, de manière générale, TOUT DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE, EXIGENT OBLIGATOIREMENT UNE CREATION MONETAIRE qui anticipe le surplus social qui sera produit. »

J’ai sur ce principe (qui a des conséquences ailleurs) des réserves. Pourtant, quand je lis les analyses de Jean-Marie des causes de la crise et des solutions, je ne vois aucun désaccord notable. J’explique cela dans le premier point suivant : ce problème précis relève de débats théoriques ayant peu d’incidences sur l’analyse de la situation actuelle.

PREMIER POINT. La question de savoir s’il faut à l’avenir de la création monétaire, ou une expansion de la masse monétaire, est très secondaire aujourd’hui pour combattre la financiarisation de l’économie. C’est certes un enjeu de controverse théorique, mais on est loin des urgences actuelles. Pourquoi ? Parce que se poser cette question est presque surréaliste aujourd’hui alors que nous ne cessons de dénoncer le « gaspillage monétaire » lié à l’inflation de monnaie spéculative déconnectée de l’économie dite réelle.

Jean-Marie Harribey l’exprime lui-même fort bien dans le principe 4 de son texte : « L’anticipation de la production d’un surplus que représente le crédit suppose trois conditions pour être validée… [dont le fait que] … La banque centrale contrôle suffisamment la pratique bancaire pour que celle-ci soit orientée vers des activités utiles et non vers la spéculation. »

Je défends l’idée que la financiarisation galopante s’est accompagnée d’un gonflement démesuré de la masse de monnaie en circulation, y compris la « base » émise par les banques centrales (notée M0), et qu’il faudrait dans la période à venir, pour freiner la spéculation sur tout, REDUIRE CETTE MASSE DE MONNAIE SPECULATIVE EN REAFFECTANT SES USAGES VERS CE QU’ON APPELLE L’ECONOMIE REELLE (pas n’importe laquelle, voir le point 2). Ce serait un peu l’équivalent pour la monnaie de l’efficacité énergétique du scénario NégaWatt comme contrepoids au gaspillage, ici le gaspillage monétaire. Ce dernier est l’une des causes de l’inflation du prix des actifs financiers, y compris les obligations des États, mais aussi de l’inflation du prix des matières premières et autres supports de spéculation.

Le graphique qui suit représente l’évolution de la base monétaire mondiale, d’une part en montant total, d’autre part en % du PIB mondial en valeur monétaire (source Flash, 26 novembre 2010, Artus, Natixis). Il illustre parfaitement le décrochage de la base monétaire par rapport à la richesse économique « réelle » (mesurée en valeur monétaire), et de plus en plus depuis 2008. Cliquer sur le graphique pour l’agrandir.

graphmassemonet

Si je résume ma position sur le principe 3 de Jean-Marie Harribey, je dirais : à quoi sert d’énoncer un principe 3 très théorique disant que tout développement économique exige une création monétaire si, dans le principe 4, on identifie une limite pratique au principe 3 (la spéculation) et si cette limite est aujourd’hui le cas général qu’il faut combattre en priorité ?

Une taxation des transactions financières dont le montant serait affecté aux investissements de la « transition » est un bon exemple de « recyclage » de monnaie spéculative vers des investissements souhaitables, sans création monétaire spécifique préalable. De même, une taxation très progressive des revenus aurait pour effet de réduire fortement l’effet de richesse, donc la spéculation liée, en remettant de la monnaie (le produit de la taxe) dans un circuit utile, en remplaçant de la mauvaise monnaie par de la bonne. La notion de recyclage ne vaut pas que pour l’écologie.

DEUXIEME POINT. Réfléchir à la causalité entre le « développement économique » (quel qu’en soit le contenu) et la masse monétaire est non seulement problématique aujourd’hui pour les raisons précédentes, mais a) c’est une approche purement quantitative étrangère au besoin de penser une transition qualitative, et b) c’est dans le cas présent dérivé d’une théorie K&K (Keynes et Kalecki) qui exigerait des innovations pour être pertinente dans le contexte actuel.

a) Une approche macroéconomique purement quantitative

Savoir si un « développement économique » (une progression globale de la valeur ajoutée monétaire) exige ou non une expansion de la masse monétaire me semble à nouveau secondaire par rapport à la question de la place de la monnaie ou des monnaies dans un « développement économique socialement et écologiquement souhaitable ». Je ne crois pas qu’on puisse dire qu’un raisonnement macroéconomique peut faire abstraction du contenu de ce qui est produit et consommé (valeurs d’usages, besoins, soutenabilité, etc.). Plus exactement on peut évidemment le dire et le faire, mais on passe alors à côté des innombrables « valeurs ajoutées perdues » ou gaspillées dans le système actuel.

Une blague keynésienne classique consiste à dire qu’en payant des gens à creuser des trous et d’autres à les combler on fait du « développement économique », bon pour l’emploi, etc. Or ce n’est pas qu’une blague. De plus en plus d’activités consistent à réparer des dégâts liés à d’autres activités, quand ils sont réparables. L’exemple classique est celui des guerres et des « reconstructions ». La France est au troisième rang mondial pour les dépenses militaires. Mais c’est vrai presque partout, y compris dans le domaine des dépenses de santé, où certes on a de bonnes raisons d’exiger des créations d’emplois hospitaliers indispensables à court et à moyen terme, mais où, dans le même temps, on assiste à une course poursuite des soins curatifs derrière des logiques productivistes qui détruisent la santé humaine, et derrière des logiques de marchés qui poussent à la dépense. L’OIT estime que le seul coût (en se limitant aux coûts mesurables) des « troubles mentaux » au travail représenterait 3 à 4 % du PIB de l’UE !

Partout, il y a ainsi des « trappes » à valeur ajoutée perdue collectivement, des gaspillages considérables de valeur ajoutée et donc de monnaie, d’investissements…

Fonder une approche du souhaitable (y compris en termes de création monétaire) sur la nécessité d’un « développement économique » sans évoquer ces « moins-values sociales » collatérales pose un problème, même si je rejoins Jean-Marie pour estimer qu’une transition ambitieuse devra composer avec la mise en extinction progressive (et pas instantanée) de ces moins-values. Mais dans le même temps, les données les plus récentes sur le climat et les émissions, par exemple celles de James Hansen, ne devraient-elles pas nous inciter à renforcer nos critiques de la croissance verte, ou du « développement économique » au sens de Jean-Marie Harribey, deux notions cousines à mes yeux ?

b) Un modèle en partie dépassé

L’approche K&K privilégiée par Jean-Marie fait l’impasse sur la « valeur d’usage » (la nature de ce qu’on produit), or pour la raison précédente c’est essentiel pour distinguer les valeurs ajoutées utiles et durables et les autres : les « grands projets nuisibles », les dépenses socialement improductives, la course à la réparation des dégâts du « développement économique » actuel.

Le modèle K&K ignore aussi bien les « fuites » précédentes de valeur monétaire vers le futile, l’inutile ou le nuisible, que bien d’autres fuites dans la spéculation mondiale ou les paradis fiscaux. Le circuit qu’il présente est celui du financement de l’économie réelle, or la monnaie s’évade dans d’autres « investissements » financiers improductifs. Je rejoins ici mon point 1. Cette approche était plus pertinente à l’époque de sa mise au point ou pendant les Trente Glorieuses. La théorie keynésienne, qui reste génétiquement expansionniste, exigerait des innovations majeures pour intégrer les contraintes écologiques, la valeur d’usage et les fuites monétaires. Je sais que certains, que je connais, y pensent, mais pour l’instant c’est malheureusement marginal dans la famille keynésienne.

Conclusion : on pourrait peut-être s’inspirer, pour compléter les approches économiques par une écologie politique et sociale des dettes (privées et publiques), d’une sorte de scénario NégaWatt monétaire : sobriété monétaire, efficacité monétaire, monnaies alternatives, recyclage… Ce n’est pour l’instant qu’une vague intuition, ou plutôt une image à vocation « heuristique » (l’art d’inventer).

PS. Une version du texte précédent a été envoyée il y a quelques jours sur deux ou trois listes de discussion. Jean-Marie Harribey y a diffusé une réponse détaillée, allant d’ailleurs bien au-delà des questions que je soulève. Le titre de sa réaction est « Keynes ou Hayek, il faut choisir ». En ce qui me concerne, je ne vois pas pourquoi je devrais me contenter, s’agissant de choix théoriques, d’un système « bipartite » quand aucun des deux « partis » ne me convient, bien que ma distance au premier soit bien moindre que ma distance au second. Surtout si on ajoute que les « programmes » de ces partis datent des années 1930 et 1940.

Fort heureusement, on peut dire des choses sensées sur la crise des dettes en n’adhérant à aucune théorie existante de la monnaie et du crédit, et même en ne les connaissant pas. C’est tout l’intérêt des « audits citoyens » qui se mettent en place actuellement, avec des textes, des diaporamas et des vidéos de bonne qualité qui circulent en grand nombre, et dans lesquels on n’a besoin ni de Keynes ni de Hayek pour analyser les causes des dettes excessives et les solutions pour en sortir par le haut.

Mon rapport aux théories économiques s’est beaucoup dégradé avec l’âge… Ce sont toutes des constructions sociales datées, liées à une époque, leurs concepts sont eux aussi marqués par un « cycle de vie » et par des phénomènes d’obsolescence.

J’espère que la crise actuelle et la crise écologique vont voir l’émergence d’innovations dans une socio-économie politique et écologique mise au point selon les idées des « sciences citoyennes » (voir mon billet « occupy economics ») en se dégageant de l’emprise des grands hommes du passé sans en oublier certaines intuitions géniales « recyclables ». Il ne me viendrait pas à l’idée de dire à qui que ce soit « entre Marx et Keynes, il faut choisir » au seul motif que Keynes a écrit, avec la modestie qu’on lui connaît, « avec ma nouvelle théorie… les fondements ricardiens du marxisme seront pulvérisés ».

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 08:50

Le Monde

29 novembre 2011

Un noeud de 147 sociétés au coeur de l'économie mondiale

  • Trois chercheurs ont dressé la carte de la détention du capital des 43 000 entreprises multinationales de la planète
  • L'hyperconcentration du système financier accroît le risque systémique et pose des problèmes de libre concurrence

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Trois chercheurs ont dressé la carte de la détention du capital des 43 000 entreprises multinationales de la planète L'hyperconcentration du système financier accroît le risque systémique et pose des problèmes de libre concurrence.

Qui contrôle l'économie mondiale ? Trois ans après le déclenchement de la crise consécutive à la faillite de Lehman Brothers, au moment où Etats et marchés s'affrontent autour des dettes souveraines et où les opinions désignent le système financier comme coupable de tous leurs maux, la question mérite d'être posée. Trois chercheurs suisses, Stefania Vitali, James B. Glattfelder et Stefano Battiston (Ecole polytechnique fédérale de Zurich), spécialistes des réseaux complexes, ont entrepris d'y répondre par une étude pluridisciplinaire ( physique, mathématique et économie) de la détention du capital des 43000 plus grandes entreprises mondiales. Les résultats ont été publiés le 26 octobre par la revue scientifique en ligne américaine PlosOne. Mais leur papier, qui circule sur le Net depuis juillet, a déjà suscité une forte polémique.

L'une de leurs conclusions est en effet que les participations de 737 firmes dans les autres entreprises du réseau leur permettent de contrôler 80 % de la valeur (mesurée par le chiffre d'affaires) de la totalité du réseau. Et que 147 firmes contrôlent 40 % de cette valeur totale. De plus, l'ampleur des participations croisées entre ces 147 firmes, dont les trois quarts appartiennent au secteur financier, leur permet de se contrôler mutuellement, ce qui en fait une "super-entité économique dans le réseau global des grandes sociétés", disent les auteurs.

Il n'en a pas fallu plus pour que nombre de médias et de blogueurs voient dans ces travaux la preuve scientifique de l'existence d'un "syndicat caché" de la finance, contrôlant l'ensemble de l'économie. Mais certains économistes estiment que les auteurs confondent détention d'actions et contrôle, ce qui ne se vérifie que dans le cas d'une détention majoritaire.

Ils affirment aussi que les établissements financiers montrés du doigt ne sont que des intermédiaires, gérants, et non propriétaires, des actions qui appartiennent aux simples épargnants. Ce à quoi les auteurs rétorquent qu'ils ne dénoncent aucun complot, mais le risque systémique et le potentiel de collusion représentés par la forte concentration des détentions d'actions.

Les objections des économistes portent sur plusieurs points. David Thesmar, professeur de finance à HEC, ou Eric Savitz, éditorialiste au journal Forbes, rappellent que nombre de grandes firmes sont contrôlées par les Etats ou par les familles fondatrices. L'étude " Corporate Ownership around the World " (The Journal of Finance, R. La Porta, F. Lopez-de-Silanes et A. Shleifer, avril 1999) montre que ces deux schémas de détention sont majoritaires dans les vingt plus grandes sociétés des vingt-sept pays les plus riches. Même minoritaires, les dynasties entrepreneuriales s'assurent le contrôle via une pyramide de holdings ou des droits de vote multiples. En revanche, les gérants de fonds mutuels et de fonds d'épargne ne participent pas, la plupart du temps, à la gestion des sociétés, sauf éventuellement là où ils sont majoritaires ou lorsqu'une crise grave se produit.

Les auteurs répondent avoir fait "tourner" trois modèles affectant des poids plus ou moins importants à la détention de participations minoritaires ou indirectes, et obtiennent dans tous les cas des résultats proches quant au poids des 147 firmes " centrales " qu'ils ont détecté.

Ce résultat global est d'ailleurs confirmé, expliquent-ils, par nombre d'exemples où des actionnaires indirects ou minoritaires exercent une forte influence sur les décisions de gestion au sein des firmes, l'influence étant la capacité, même sans droits de vote ou sans majorité, à s'opposer à la coalition d'autres partenaires au sein des conseils d'administration.

Ils assurent avoir mis en évidence, avec la forte interconnexion des principaux détenteurs de capitaux, non pas un complot destiné à s'assurer le contrôle des entreprises, mais un pouvoir d'influence potentiel qui peut être ou non exercé par le représentant des actionnaires, selon leur choix. " Notre principal message est le suivant, explique James Glattfelder : nous ne pouvons pas exclure que les principaux détenteurs de capitaux que nous avons identifiés à l'échelle mondiale exercent leur pouvoir potentiel, formellement ou de façon informelle. "

Autre objection des économistes, les fonds de pension mutualisés, les banques et institutions gestionnaires de fonds d'épargne " hébergent " les actions détenues par les fonctionnaires californiens ou la veuve de Carpentras, et les placent le plus souvent dans des fonds indiciels dont la composition favorise, par construction, l'investissement des grandes entreprises.

La forte concentration du réseau de détention ne reflète donc pas le contrôle des entreprises par la finance, mais le fonctionnement des marchés financiers : les investisseurs, pour minimiser le risque, préfèrent suivre le flux des investissements déjà réalisés. La concentration de l'activité financière autour de quelques acteurs est donc " naturelle ", puisqu'elle permet de limiter les coûts de transaction, de renforcer la confiance mutuelle et les intérêts communs, de partager les risques et de bloquer les prises de contrôle " inamicales ".

" Il est normal que les flux financiers passent tous par un petit nombre d'établissements, dans la mesure où ceux-ci détiennent les instruments de financement que tous les investisseurs utilisent ", note aussi Carlo Altomonte, professeur d'économie à l'université Bocconi.

Même si le fonctionnement " naturel " du marché a conduit à une telle concentration, " ce qui est naturel n'est pas forcément bon pour l'économie et pour la société ", répond Stefano Battiston, pour qui les conséquences réelles de la concentration qu'ils ont mise en évidence restent à examiner.

" Notre travail a montré, pour la première fois à l'échelle mondiale, l'existence d'une "super-entité" au sein du réseau mondial des grandes entreprises (...). Cette découverte soulève au moins deux questions (...) fondamentales pour la compréhension du fonctionnement de notre économie : premièrement, quelles sont les implications pour la stabilité financière mondiale ? (...) Deuxièmement, quelles sont les implications pour la concurrence sur les marchés ? ", écrivent les auteurs.

De nombreuses études ont montré le risque que fait peser sur un système la défaillance d'un de ses " points-clés ", et la faillite de Lehman Brothers en a été l'illustration la plus forte. Le propos des auteurs est ainsi d'élargir, explique James Glattfelder, la problématique du too big to fail (trop gros pour faire faillite) à celle de too connected to fail (trop connecté pour faire faillite).

"Dans une économie où la chaîne d'approvisionnement est mondialisée, la défaillance d'une usine japonaise noyée par le tsunami a bloqué la production mondiale d'automobiles, observe Carlo Altomonte. Nous devons penser ce système non plus sous le signe du "just in time" (juste à temps), mais sous celui du "just in case" (au cas où)."

Les travaux de Vitali, Glattfelder et Battiston montrent qu'il en est de même pour l'ensemble de l'économie mondiale : celle-ci présente, en particulier au sein de l'industrie financière, des "points-clés" dont il serait imprudent de méconnaître l'importance." 96 % du marché des produits dérivés est contrôlé par trois institutions bancaires. Dans l'industrie, cela suffirait à déclencher une enquête de la Commission européenne sur les risques de collusion. L'interconnexion entre les acteurs interdit de croire que les marchés dérivés n'étant qu'une petite partie des marchés financiers, cela n'aurait guère d'importance", poursuit M. Altamonte.

John Drifill, professeur de macroéconomie à l'université de Londres, cité par The New Scientist, note que le nombre de 147 firmes au coeur du système suffit à garantir l'absence de collusion.

"Il est tout à fait possible que l'existence d'un tel réseau crée de la compétition et de la stabilité financière, reconnaît Stefano Battiston. Nous ne disons pas que ce n'est certainement pas le cas. Mais nous disons seulement que, étant donné ce que l'on sait désormais, il serait bien de le vérifier..."

Antoine Reverchon

 

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Published by Le Monde - dans Economie
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