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  • : Site du comité local d'Attac France de Villeneuve d'Ascq (59) à destination des militants et sympathisants. Fondée en 1998, Attac promeut et mène des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, sociale, économique, environnementale et culturelle dans l’ensemble du monde. Attac est un mouvement associatif altermondialiste et d'éducation populaire reconnu par l'Etat.
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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 12:11

C'est dans l'Express ... et vous ne rêvez pas ! M.E.

 

Chr.Kerdellant.jpegSEULE LA CROISSANCE APPORTE L'ESPOIR et le bonheur» : Dominique Reiniche, la Française la plus influente au monde depuis qu'Anne Lauvergeon a quitté Areva - elle est 16ème au classement mondial de Fortune -, a donné le ton lors du Women's Forum 2012, à Deauville (1), la semaine dernière.
C'est une évidence: les entreprises dont le chiffre d'affaires ne progresse pas offrent peu de perspectives aux individus qu'elles emploient.
Les Etats ont tout autant besoin de croissance économique pour rembourser leur dette ou atteindre le plein-emploi.
Et pourtant ! Non seulement la majorité des pays européens semble engluée dans la récession, mais rien n'indique qu'un retournement puisse avoir lieu dans les prochaines années ...sinon l'habitude que - nous avons de voir alterner les (courtes) périodes de crise avec de (longues) périodes de croissance.
Or cette vision serait un trompe-l'oeil. Cette croissance si naturelle serait un phénomène récent et ponctuel à l'échelle de l'histoire humaine. C'est en tout cas la thèse de Robert J. Gordon, professeur à l'université Northwestern (Illinois). Cet économiste américain, qui fut l'un des rares à ne pas croire à la « nouvelle économie »des années 2000, a lancé un pavé dans la mare en publiant un article baptisé « Is US Economie Growth Over ?» [« La croissance américaine est-elle finie?» (2)]

Cet article décrit l'évolution de la croissance au Royaume-Uni depuis l'an 1300, puis aux Etats-Unis à partir de 1906. Il explique qu'avant le XVIIIe siècle l'évolution du PIE par tête se limitait à 0,2 % par an environ. La production de richesses n'augmentait qu'avec la progression de la population. La croissance s'est déclenchée après 1700 dans les pays les plus productifs de la planète, battant tous ses records après la Seconde Guerre mondiale (lesTrente Glorieuses en France). Depuis, elle a régressé, avec un sursaut entre 1996 et 2004. Elle devrait continuer de décélérer au cours de ce siècle, jusqu'à revenir aux très faibles niveaux antérieurs. Les deux siècles et demi qui viennent de s'écouler auront ainsi constitué un épisode unique dans l'histoire de l'humanité.
Comment Gordon explique-t-il cette parenthèse enchantée? Elle est le résultat de la première révolution industrielle (1750-1850 : la marine à vapeur et le chemin de fer), mais surtout de la deuxième avec toutes ces grandes inventions
qui ont transformé nos vies et fait exploser notre productivité: l'adduction d'eau potable, l'électricité, la radio, le téléphone ... 

En comparaison, la troisième révolution - celle d'Internet - semble plus modeste. D'ailleurs,qui échangerait aujourd'hui les toilettes et l'eau courante contre un PC et Internet à haut débit ? Les innovations technologiques ont désormais moins d'impact sur la productivité ~ parce que les grands changements ont déjà eu lieu et ne se reproduiront pas : il est impossible d'aller plus vite (Concorde a vécu ...), de baisser de manière aussi  spectaculaire la mortalité infantile ou de libérer davantage les femmes des corvées ménagères (sinon en les partageant avec les hommes !). La croissance sans fin est donc ... un mythe. 

Au Women's Forum, l'économiste néo-zélandaise Marilyn Waring s'est taillé un beau succès en renvoyant dans leurs buts ses confrères de l'école de Chicago et la notion même de PIB : comment, a-t-elle dit en substance, un indice qui croît avec les embouteillages et décroît avec l'allaitement maternel pourrait-il mesurer sérieusement le développement d'un pays? Consolons-nous : si la croissance du PIB est vouée à disparaître, celle du bonheur national brut a encore de beaux jours devant elle.

Christine Kerdellant 

1) Le thème du meeting 2012 s'intitulait : «Wanted: 360° growth» ("Pour une croissance à 360 degrés").
(2) NBER Working Papers n° 18315. 

 

Billet paru initialement dans l'Express du 17 octobre 2012.

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 07:19

bastaGandrange, Fralib, Alizay, Petroplus... Ils sont de plus en plus nombreux, ces salariés et syndicalistes, à porter des alternatives aux fermetures d’usines. Grande nouveauté : elles consistent non seulement à sauver des emplois, mais répondent à des préoccupations écologiques. Que font Arnaud Montebourg, ministre du « redressement productif » et Benoît Hamon, à l’Économie sociale et solidaire, pour les soutenir ? Alors que le Front de gauche critique l’absence de vision du gouvernement, Basta ! dresse le bilan.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 07:21

J.GadreyLe très tonique journal Fakir a consacré un gros dossier de son numéro de l’été, peut-être encore en kiosque, à dégommer le culte de la croissance, avec l’appui de votre serviteur, longuement interviewé. Et pour démarrer ce dossier avec des sources légitimes, les journalistes ont effectué une bonne pioche : la croissance comme leitmotiv obsessionnel des Présidents de la République, tous réunis devant l’autel d’une divinité désormais moribonde. Je me permets de reproduire cette partie du dossier, dans lequel on trouve également une intéressante rétrospective historique des positions de la CGT et de la CFDT. J’ai ajouté, à la fin de ce billet, un court extrait de l’édito présentant le dossier.

Le président Valéry Giscard d’Estaing, 4 décembre 1975.
« Le progrès, c’est d’abord la croissance. […] Les derniers indices font apparaître la reprise d’une certaine croissance. Donc, la France est en train de sortir de la crise et lorsque l’opinion apercevra cette sortie, elle apportera clairement, à mon avis, son soutien psychologique et son approbation à la politique qui aura permis d’obtenir ce résultat. »

Le président Valéry Giscard d’Estaing, 20 mai 1977.
« L’Europe unie est pour les Français une chance. Pour plus de croissance, donc pour plus d’emplois. […] Pour tout cela, osons, soyons dedans et pas dehors. Avec une majorité de progrès, celle que nous avons, plus de croissance doit signifier plus de justice. »

Le président François Mitterrand, 19 juin 1990.
« L’on a cru il y a quelques années, et c’était vrai, que l’on était retourné à la croissance et qu’on allait voir s’éloigner le chômage, toutes les formes de récession, de politique de rigueur. Beaucoup de Français ont beaucoup espéré dans la croissance. […] Mais les difficultés connues par l’Allemagne, ainsi qu’une certaine attitude du Japon, ont fait que la ralentissement s’est substitué à la recrudescence d’activité. »

Le président François Mitterrand, 10 novembre 1991.
« On attend, on annonce encore d’ailleurs, pour le mois prochain, dans deux mois, dans six mois, un retour à la croissance. Qui met du temps, voilà. Cela désespère un peu les gens, mais la France, grâce à cette politique menée notamment par M. Bérégovoy, s’est mise dans la situation, tout le monde le reconnaît dans le monde, la meilleure pour saisir au passage tout phénomène de croissance possible. Mais comme cette croissance ne se produit pas, ou pas assez, on a le droit de dire et de s’interroger : ‘Après tout, est-ce que cette politique était la bonne ?’ On est injuste. »

Le président François Mitterrand, 9 novembre 1992.
« Je voudrais vous dire que cette croissance qui nous fait aujourd’hui défaut, ce n’est pas quelque chose que l’on peut implorer, ce n’est pas quelque chose que l’on ne peut qu’attendre et qui viendrait comme cela de l’extérieur. La croissance ce n’est pas un mythe, la croissance il ne faut pas l’attendre, il faut la faire, elle est entre les mains de chacun d’entre nous. […] Ce que je veux, c’est que les Français aient petit à petit conscience que la croissance c’est le résultat de leur propre comportement. »

Le président Jacques Chirac, 14 juillet 1996.
« La croissance, il faut aller la chercher là où elle est. Sur les marchés extérieurs, bien sûr, et c’est la vocation naturelle de nos entreprises, fortes de leur technologie et de leur savoir-faire. Mais aussi et surtout chez nous. Il s’agit d’inventer un véritable partenariat de croissance locale. »

Le président Jacques Chirac, 29 septembre 1996
« Notre souci principal, c’est l’emploi. Il n’y a pas d’emplois sans croissance. […] C’est un état d’esprit différent qu’il faut créer chez tous les acteurs de la croissance pour redonner du dynamisme à notre économie. »

Le président Jacques Chirac, 11 octobre 1996.
« Depuis trois ans, ce que l’on a fait, c’est de s’abstenir de toute initiative qui pourrait freiner la croissance, et ce résultat a été positif. La croissance est insuffisante, mais nous sommes au sommet de la croissance de la zone euro. Alors, à partir de là, ce qu’il faut, cette croissance revenant, c’est l’exploiter.
Cela exige en permanence une adaptation. Si la croissance se relève, on peut aller plus vite, plus fort, plus loin. Si, au contraire, la croissance baisse, il faut s’adapter… »

Le président Jacques Chirac, 3 mai 2005.
« Depuis deux ans et demi nous avons voulu réhabiliter le travail pour avoir plus de croissance, rétablir la compétitivité de nos entreprises pour créer davantage de richesses, encourager l’innovation et le progrès technique qui sont à la source de la croissance. »

Le président Nicolas Sarkozy, 6 janvier 2010.
« Il faut qu’on libère les forces de croissance. Il n’y a pas d’autre solution que celle de réduire les dépenses publiques. J’ajoute que la croissance naît du travail. En réduisant le travail, on réduit la croissance. En augmentant le travail, on augmente la croissance. C’est une illusion de croire qu’en augmentant toutes les dépenses, nous aurions plus de croissance. S’il suffit de dépenser plus que les autres pour avoir plus de croissance, nous serions les champions du monde de la croissance. »

Le président Nicolas Sarkozy, 13 janvier 2011.
« J’avais, au nom de la France, l’objectif de mettre la croissance au cœur des débats et de faire que cette dimension de croissance puisse trouver toute sa place dans toutes les réunions.
Le président Obama a voulu que la croissance soit évoquée comme une manière de donner confiance aux opinions publiques, et aussi aux marchés. Mais je dois dire que dans le G8, cette volonté de croissance, même si chacun des participants pouvait y mettre ses propres mots, a été partagée.
Voilà pourquoi je considère que ce G8 a été utile, fructueux, et permet d’envoyer un double message, un message de confiance et un message de croissance. Il n’y aura pas de croissance sans confiance. Il n’y aura pas de confiance sans croissance. »

L’édito du dossier (extrait)

“Il y a quelque chose d’à la fois pathétique et de comique dans ces discours qui se répètent, depuis bientôt quarante ans, presque à l’identique. Chez ces dirigeants qui courent après une « croissance » qui ne revient jamais. Qui guettent le ciel financier comme des météorologues dans l’espoir d’un coin de ciel bleu. Qui ouvrent les entrailles de la relance comme des pythies. Qui réclament de nous une « attitude », un « comportement », un « état d’esprit » – comme si c’était nous qui l’effrayions, cet étrange oiseau, avec notre psychologie trop négative.

Comique, donc, par la répétition du même gag. Mais pathétique, aussi, parce que c’est l’un des biais, cette quête de croissance, qui rend la politique dérisoire depuis tant d’années. Nous ne pourrions rien faire, ou si peu, du symbolique, nos présidents et ministres ne pourraient rien changer sans, d’abord, cette croissance. C’est le meilleur prétexte, le plus formidable, pour repousser à toujours plus tard les réformes progressistes.”

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 11:02

J.GadreyJe poursuis le billet précédent avec quelques flashes économiques et financiers, en commençant par le plus récent (31 août), de nature socio-économique : le taux de chômage dans la zone euro a atteint en juillet un nouveau record, à 11,3 % de la population active,  soit 18 millions de personnes (avec une définition très restrictive du chômage). L’austérité programmée n’a pas fini de faire des dégâts.

Deux semaines plus tôt, le 15 août, Le Monde titrait « malgré ses efforts, la Grèce s’enlise dans la récession ». Depuis deux ans, on en est à 7 % environ de « décroissance » par an. Mais le titre du Monde n’est pas exact : ce n’est pas « malgré ses efforts » que la Grèce est exsangue, c’est « en raison des sacrifices que les dominants, au service de la finance, lui imposent ».

En fait, en Europe, tout s’est passé sur le plan médiatique comme si la crise était en vacances en même temps que les dirigeants, en attendant la reprise des hostilités, d’ici peu. Car on s’en doute, pendant cette accalmie trompeuse, les choses ont continué à se dégrader. La récession s’installe dans la plupart des pays, faisant mentir toutes les prévisions d’avant l’été. L’Espagne, en nette récession depuis quatre trimestres, décide un plan d’austérité renforcée alors que plusieurs de ses régions (ou « provinces autonomes ») connaissent des déficits excessifs et sont incapables de faire face aux échéances de remboursement : la Catalogne demande d’urgence 5 milliards d’euros, la région de Valence presque autant, l’Andalousie va suivre, avant d’autres.

Et pendant ce temps, le prix du pétrole flambe à nouveau, sous l’effet d’une spéculation qui amplifie des tendances de fond liées au « pic » : 114 euros le Brent le 31 août. Idem pour les produits agricoles, blé, maïs, soja, etc. Voici les graphiques de 2008 à juillet 2012 (source : Insee). Depuis juillet, la hausse s’est amplifiée.
prixpetrole08-12.jpg
prixproduitsalimentimportes.jpg

Dans tous les cas (dettes publiques, cours des matières premières minières ou agricoles…), il importerait de distinguer et d’articuler le « structurel » et le « conjoncturel / spéculatif », ce que se gardent bien de faire les éditorialistes et chroniqueurs de la pensée unique, de crainte que les gens se mettent à soupçonner les structures ou « le système » (inégalités, limites écologiques de la croissance, pouvoir écrasant de la finance…) au-delà des manifestations quotidiennes de la crise. La dette publique par exemple ne peut pas s’analyser hors du contexte des dettes privées, dont celles des institutions financières, dans le cadre d’un capitalisme fondé sur l’endettement comme palliatif provisoire et risqué à la fin de la croissance, qui nous attend et qui est en réalité déjà là. Le tout étant soumis aux lois d’une spéculation débridée qui se choisit à chaque moment des victimes et des élus provisoires (la France, l’Allemagne notamment).

Quant aux prix mondiaux des produits extractifs et agricoles, leur envolée résulte de deux caractéristiques du « système » actuel : la raréfaction objective (récoltes, réchauffement climatique, raréfaction de l’eau, désertification, pic du pétrole et de bien d’autres ressources du sous-sol, agro-carburants…), nettement amplifiée par la « structure » de la spéculation assise sur des produits dérivés.

TROIS ECLAIRCIES FIN AOUT (PARMI D’AUTRES AU COURS DE L’ETE)

De façon très subjective, voici ce que je vous propose comme bonnes nouvelles qui me sont parvenues à la fin du mois d’août.

1. L’EPR REJETE PAR L’AUTORITE DE SURETE DES USA !

Communiqué de l’Observatoire du nucléaire du 31 août 2012 (Extraits) : « La NRC (autorité de sûreté nucléaires des USA) chargée d’accorder les licences d’exploitation, vient d’atomiser les espoirs de l’industrie nucléaire française en refusant jeudi 30 août la licence demandée par EDF pour construire un réacteur EPR à Calvert Cliffs (Maryland)… La construction de réacteurs EPR a fait l’objet ces dernières années de nombreux effets d’annonce par EDF, Areva, mais aussi souvent par M. Sarkozy. Il a ainsi été question de l’Italie, de la Lybie, des Emirats arabes unis, du Brésil, de l’Inde, des USA, de la Grande-Bretagne, etc

Toutes ces annonces se sont évanouies. Il ne reste guère que le projet d’EPR en Inde, qui est massivement rejeté par la population et qui sera probablement abandonné sous peu, et le projet d’EPR de Grande-Bretagne, où EDF a carrément racheté British energy pour pourvoir commander elle même des EPR. Mais aucun réacteur ne sera construit sans des aides publiques massives ou de lourds prélèvements sur les factures d’électricité des citoyens, deux options qui n’ont aucune chance d’être acceptées par la Commission de Bruxelles.

A ce jour, les deux chantiers EPR de Finlande (Areva) et de Flamanville (EDF) continuent d’accumuler les retards (4 à 5 ans), les surcoûts (6 à 7 milliards au lieu de 3) et les malfaçons. Quant aux deux EPR en chantier en Chine, il faut se rappeler que seuls les deux îlots nucléaires ont été vendus par Areva, qui plus est à perte.

Malgré les déclarations de matamores de divers ministres du gouvernement, l’avenir du nucléaire français est aussi sombre que celui du reste de l’industrie nucléaire mondiale dont le déclin avait d’ailleurs commencé avant la catastrophe de Fukushima. Aujourd’hui, le nucléaire ne produit plus que 10% de l’électricité mondiale contre 17% en 2005. Il est urgent de ramener cette part à 0% avant que de nouvelles catastrophes se produisent. »

2. LA PARUTION EN FRANCE DE « LA FIN DE LA CROISSANCE » DE RICHARD HEINBERG

J’y reviendrai bientôt, je suis en train de le lire, c’est remarquable. Le livre anglais original était paru en mai 2011.

3. UNE VICTOIRE DANS LA CRAU, AVEC DE MULTIPLES ARGUMENTS

L’enquête d’utilité publique a conclu à un avis négatif sur le projet d’un immense entrepôt à Saint Martin de Crau, dans les Bouches-du-Rhône. La mobilisation citoyenne aura été payante… Après un mois d’enquête, un avis défavorable a été émis sur ce projet le 10 juillet. Le Commissaire-enquêteur, désigné par le Tribunal Administratif, a principalement retenu les arguments suivants :

- La perte de la qualité de vie des habitants qui auraient été encerclés par 77.000 m²d’entrepôts de 14 m de haut à moins de 50 m de leurs habitations.
- La diminution de la superficie agricole… les projets en cours portent sur près de 400.000 m2 d’entrepôts et 85 ha.
- Les contradictions avec le Projet existant d’Aménagement et de Développement Durable.
- La création d’emplois. « Le nombre d’emplois nets créés ne peut être précisément apprécié ».
- Le risque inondation. Le dossier ne prenait même pas en compte les inondations de novembre 2011.
- La perte de biodiversité.
- Le risque incendie.

Cet avis défavorable sera adressé sous peu au Préfet qui va juger en dernier recours. Le commissaire-enquêteur “comprend qu’il puisse y avoir un sentiment de laisser pour compte de la part des riverains” et considère que “les nuisances ne sont pas contrebalancées par les avantages”.

Source : Agir pour la Crau, via ce lien http://tinyurl.com/9mj7sqa

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 12:21

 

Challenges.gifDroits dans leurs bottes. A l’université d’été du PS, à La Rochelle, les dirigeants socialistes se sont insurgés contre tout relâchement de l’effort budgétaire. Même si la France est en croissance zéro, depuis neuf mois, même si plusieurs pays européens sont entrés en récession, ils ont martelé leur engagement: ramener le déficit public de 4,5 à 3 % du PIB dès 2013. Et peu importe si cet objectif est jugé hors de portée par de nombreux économistes.

"On tiendra les 3 %. Il faut du sérieux budgétaire. Nous bénéficions d’une certaine crédibilité au niveau européen grâce à cette politique", a lancé Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères. "Même si la croissance est plus faible, nous arriverons à trouver les milliards nécessaires", a renchéri Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget. "Les 3 % ne doivent pas, ne peuvent pas, ne pourront pas être repoussés", a juré l’économiste Karine Berger, nouvelle députée PS.

Ne compromettre ni croissance, ni emploi

Et pourtant, en coulisses, c’est l’inquiétude. De nombreux experts et conseillers socialistes jugent dangereux de maintenir cet objectif budgétaire malgré la dégradation de la conjoncture. En 2013, le gouvernement table sur une croissance de 1,2 %, tandis que le consensus des économistes ne dépasse pas 0,5 %. Alors Philippe Aghion, professeur à Harvard et régulièrement consulté par François Hollande, est sorti du bois, le 18 août, en publiant une tribune offensive dans Le Monde: "Une application trop rigide des normes budgétaires peut compromettre la croissance et l’emploi", écrit-il. Et Aghion vient d’envoyer au chef de l’Etat une note détaillée, rédigée avec l’économiste Jean Pisani-Ferry, pour le pousser à changer de "stratégie budgétaire".

Cette inquiétude est partagée par des économistes qui n’ont pas pour habitude de se montrer laxistes, comme Charles Wyplosz (Université de Genève), Patrick Artus (Natixis) ou Jean-Marc Daniel (Institut de l’entreprise), qui nous confie: "Maintenir les 3 % alors que nous sommes en récession, c’est idiot." Même Jacques de Larosière, ex-gouverneur de la Banque de France, a accepté de cosigner la tribune du Monde avec Philippe Aghion. Le mouvement atteint aussi la Cour des comptes, le temple du rigorisme budgétaire, dont certains magistrats estiment, en interne, que le maintien de l’objectif des 3 % est trop "coûteux".

Haro sur l’austérité! Aux Pays-Bas (chantres de la rigueur au côté de l’Allemagne), les socialistes, favoris des législatives du 12 septembre, affichent leur opposition à "l’austérité insensée". Leur leader, Emile Roemer, a averti qu’il ne respecterait pas l’engagement des 3 % en 2013. La remise en cause gagne l’Allemagne: l’économiste Peter Bofinger, l’un des cinq sages conseillant le gouvernement, a ainsi dénoncé le "naufrage complet" des politiques budgétaires restrictives.

Les "Austériens" critiqués de toute part

Dans l’Hexagone, cette charge va connaître une nouvelle résonance, ces prochains jours, avec la sortie quasi simultanée de trois livres d’économistes keynésiens. Le Français Daniel Cohen et les Américains Paul Krugman et Joseph Stiglitz, deux Prix Nobel, s’attaquent aux Austériens (un surnom inventé par l’analyste financier américain Rob Parenteau), "l’élite mondiale des décideurs" qui, selon Krugman, a appelé, en 2010, "à la réduction des dépenses, à l’augmentation des impôts et à la hausse des taux d’intérêt malgré le chômage de masse". Ils auraient ainsi tué la croissance, en appliquant leur purge trop tôt.

"L’austérité n’est pas bonne ou mauvaise en soi, confirme Charles Wyplosz. Elle est justifiée en période de boom, mais quand l’activité ralentit, elle est contre-productive." Surtout, les Austériens ont cru que les coupes dans les dépenses publiques allaient susciter un rebond de l’activité grâce au choc de confiance dans l’économie. Une "fée confiance", dixit Paul Krugman, qui n’est jamais venue.

La rigueur va coûter 1 à 2 points de croissance à l'Espagne en 2013

Pour l’heure, les résultats de ces plans de rigueur s’avèrent très décevants. En Espagne, la violence de la récession (-1,5 % prévu en 2012) a provoqué un effondrement des recettes fiscales qui a creusé le déficit, malgré les efforts drastiques du gouvernement Rajoy. "L’ajustement demandé à l’Espagne comme à la Grèce est trois fois plus rapide que celui réalisé par l’Allemagne entre 2002 et 2007", pointe Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes.

"Pour 2013, la rigueur va coûter de 1 à 2 points de croissance à l’Espagne et à l’Italie, constate Natacha Valla, économiste de Goldman Sachs. Or les réformes du marché du travail ne produiront des résultats que dans plusieurs années. En attendant, il faut étaler l’effort."

Cameron a fait une erreur de timing en imitant Thatcher

Autre déception: le Royaume-Uni, qui est retombé en récession (-0,5 % au deuxième trimestre). David Cameron, le Premier ministre, a clairement choisi de soutenir les entreprises et de faire porter l’essentiel de l’effort sur les ménages: hausse de la TVA, diminution des prestations sociales et baisse des effectifs des fonctionnaires. Du coup, la demande intérieure est restée atone, plombant les perspectives des entreprises. "Le soutien de l’offre s’est révélé insuffisant pour permettre une relance de la croissance, ce qui a retardé la réduction des déficits", juge Nathalie Dezeure, à Natixis.

Pour cette économiste, Cameron a fait une erreur de timing, en voulant transposer la politique de Margaret Thatcher du début des années 1980. En oubliant qu’à l’époque l’austérité avait été bien plus progressive, la Dame de fer ayant attendu que l’économie britannique redémarre.

Quelles sont les alternatives possibles ? 

Que faire pour sortir de cette spirale infernale? D’abord, de nombreux experts préconisent de changer de thermomètre. "Les déficits publics doivent être systématiquement fixés en termes 'structurels', autrement dit ajustés pour tenir compte des aléas de la conjoncture", avance Philippe Aghion. Un calcul délicat, car il nécessite des hypothèses sur la croissance potentielle ou sur le poids des mesures exceptionnelles (plans de relance, ventes de licences téléphoniques…).

"Le déficit structurel, je m’en méfie comme de la peste, avertit Gilles Carrez, le président UMP de la commission des Finances à l’Assemblée nationale. Chez les économistes, chacun y va de sa définition. Cela risque de prêter le flanc à des manipulations."

Sur ce sujet, le traité budgétaire européen de mars 2012 apporte des avancées. Il prévoit la création des comités budgétaires indépendants, chargés de calculer le déficit structurel et de surveiller son évolution. En France, leur mise en place donne déjà lieu à une discrète bataille. La Cour des comptes s’est portée candidate pour assumer ce rôle. Mais la direction du Budget, à Bercy, veille jalousement sur ses prérogatives.

Et comment réagiraient les marchés ?

La question épineuse posée par une telle réforme, c’est de savoir comment l’annoncer aux marchés. Abandonner les 3 % risque d’apparaître comme une décision laxiste aux yeux des "faucons" allemands ou des agences de notation. "Si l’on y renonce tout de suite, on s’expose à une sanction des marchés, craint Bruno Cavalier, d’Oddo Securities. Il faut d’abord réaliser des efforts importants en termes de réformes structurelles." Conscients du problème, Aghion et Pisani-Ferry ont proposé à François Hollande de lancer, en même temps, une nouvelle "revue des dépenses publiques", sorte de RGPP bis, s’attaquant à l’empilement des échelons administratifs ou à la multiplication des guichets.

Un signal nécessaire pour éviter une perte de crédibilité. Car jusqu’alors les premières mesures (hausse du smic, réforme des retraites, augmentations d’impôts) n’ont guère rassuré les investisseurs sur le "sérieux budgétaire", martelé par les socialistes à La Rochelle.

 

Article publié initialement par Challenges le 30 août 2012.

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 17:46

Le projet consiste en la création d'un centre commercial d'environ 57 000 m2 de surface hors œuvre nette (SHON) comprenant des commerces, un hypermarché, des bureaux et un hôtel 3 étoiles sur un ancien terrain de la société Réseau Ferré de France d’une superficie de 2,5 hectares. Le projet fait partie d'une opération globale de requalification urbaine (Grand Projet Urbain) des quartiers des Deux Portes à Lille-Sud (Portes de Valenciennes et de Douai). 

lillenium-de-jour.jpg   lillenium-de-nuit.jpg 

Après avoir enquêté et consulté les dossiers de l'enquête publique, un groupe de travail d'Attac de la métropole lilloise a rédigé un avis qui sera remis au commissaire enquêteur.

Ce quartier se caractérise par un niveau de revenu équivalent à moins de la moitié de celui de la ville de Lille. La part des jeunes adultes sans diplômes de niveau au moins égal au baccalauréat est de 68 % selon le répertoire des zones sensibles. Il y a donc nécessité d'abord d'un effort de lutte contre l'échec scolaire et de formation de 2ème chance et de formation qualifiante. Il faut renforcer le commerce et l'artisanat de proximité qui risquent d'être fragilisés ou détruits à cause de cette implantation. Ce projet en discordance total par rapport aux besoins des habitants du quartier est inapproprié tant sur le plan économique et social que sur le plan environnementale, sanitaire et urbain.M.E.

 

L'avis des comités Attac de la métropole lilloise qui a été remis au Commissaire Enquêteur pour ce projet de pôle commercial Lillénium déposé par la SCCV Faubourg des Postes

 

AttacObjet du projet : Le projet consiste en la création d'un centre commercial d'environ 57 000 m2 de surface hors œuvre nette (SHON) comprenant des commerces, un hypermarché, des bureaux et un hôtel 3 étoiles sur un ancien terrain de la société Réseau Ferré de France d’une superficie de 2,5 hectares. Le projet fait partie d'une opération globale de requalification urbaine (Grand Projet Urbain) des quartiers des Deux Portes à Lille-Sud (Portes de Valenciennes et de Douai).

 Remarque préalable 1 : volonté de transparence limitée !

Les projets de pôle commercial doivent être conformes aux orientations du schéma de développement et d'urbanisme commercial (SDUC). Ce document a été adopté en 2000. Puis a été révisé en 2008. Ce document consacré à la maîtrise du développement commercial certes n’a pas de valeur juridique mais traduit l’engagement des partenaires (le Syndicat mixte du Schéma directeur de Lille Métropole, Lille Métropole Communauté urbaine, les Chambres de commerce et d’industrie de Lille Métropole et d’Armentières-Hazebrouck réunies depuis pour former la Chambre de commerce et d’industrie Grand Lille et, enfin, la Chambre de métiers et de l’artisanat du Nord) qui l’ont adopté. On nous a opposé un refus lorsque nous avons demandé à consulter ces documents qui par ailleurs ne sont pas accessibles librement sur le site de Lille Métropole.

Or les citoyens de la métropole doivent pouvoir légitimement consulter tous les documents et en particulier ceux qui permettent d'apprécier la cohérence d'un projet présenté dans le cadre d'une enquête publique par rapport aux orientations politiques définies par les élus communautaires.

De la même manière, il est anormal que ne soit pas mis à libre disposition du citoyen les avis circonstanciés des commissions nationales et départementales d'aménagement commercial

(CNAC et CDAC) créés par le législateur dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie du 4 août 2008. Les critères d’évaluation des projets ont été  modifiés et recentrés autour des problématiques d’aménagement du territoire, de développement durable, de qualité environnementale, et d’animation de la vie locale ce qui justifient pleinement que nous puissions en tant que citoyens accéder à leurs appréciations sur ce projet et les raisons de leur avis favorable. Toute opacité concernant les circonstances de la prise de décision renforce la suspicion des citoyens surtout lorsque ceux-ci connaissent les affaires qui ont accompagné les autorisations d'implantations commerciales dans le passé.

Remarque préalable 2 : imprécision dans les chiffres !

Les surfaces dédiées aux différentes réalisations (commerces, restaurants, hypermarché Leclerc, hôtel, bureaux, parking, etc.) du projet varient considérablement selon les documents du dossier (Permis de construire, avis de l'Autorité Environnementale ou les documents d'expertise de différents BE (TUW, Projex...)).

Remarque préalable 3 : Deux enquêtes publiques pourquoi ?

Alors que la municipalité de Lille et la Communauté Urbaine de Lille Métropole affichent et revendiquent l'application du développement durable, nous sommes surpris de voir que l'on organise à deux périodes différentes des enquêtes publiques séparées sur des thèmes très imbriqués : enquête sur l'aménagement et l'urbanisme, enquête sur la voirie et la circulation. Ce projet doit être évalué globalement dans ses composantes, ses impacts et ses risques et dans toutes les interactions entre ces aspects. Le "saucissonnage" n'est donc pas approprié.

1. Aspects économiques et sociaux :

Nous nous interrogeons sur le bien fondé d'une implantation supplémentaire d'un centre commercial géant dans Lille et au sein de la métropole lilloise et transfrontalière.

Comme le rappellent un certain nombre d'études de l'Agence de Développement et d'Urbanisme de Lille Métropole, la métropole est extrêmement bien fournie en pôles commerciaux généralistes ou spécialisés et il est utile de rappeler que la région possède la plus forte concentration en France de grandes et moyennes surfaces de distribution.

 

Carte des pôles commerciaux LM

 

A cela s'ajoute la multiplicité récente de superettes de proximité type Casino, Carrefour City, Intermarché, etc. . Il existe déjà d'ailleurs dans la même rue que le futur centre commercial  (de Marquillies) un Intermarché rénové récemment.

Nous avons bien noté que le projet conduit à une évaluation de 900 emplois créés.

Nous aurions aimé que ce chiffre soit accompagné de celui des emplois détruits dans les différents commerces de proximité avoisinants. On va en effet remplacer des structures familiales et artisanales par des franchises et un grand groupe de distribution et il est probable que les emplois seront des temps partiels ne permettant pas souvent en particulier au personnel féminin de vivre décemment (cas fréquent des foyers monoparentaux avec un demi-SMIC de revenu).

En outre, ce centre commercial supplémentaire va, dès que son activité sera établie,  prendre de la clientèle et donc un part de chiffre d'affaires aux centres commerciaux déjà installés de la métropole. Rien n'est estimé, sauf erreur, sur les conséquences économiques et sociales de cette implantation supplémentaire.

Enfin, cette implantation a lieu dans le quartier le plus pauvre de la ville de Lille avec un pouvoir d'achat moyen représentant moins de la moitié (43%) de celui de la ville de Lille.

Cela amène à deux considérations :

la validité économique de ce projet d'implantation nous parait contestable. En effet, compte-tenu du coût probable des locaux commerciaux, seuls des commerces plutôt moyen/haut de gamme pourront espérer couvrir leurs charges. Or le quartier a des habitants au pouvoir d'achat très limité et la crise n' a pas terminé d'atteindre les personnes les plus fragilisées.

En conséquence, de ce premier point, le centre commercial ne pourra vivre que s'il existe un courant de chalandise venant des quartiers à plus haut revenu de la métropole. Cette hypothèse justifie l'important investissement en parking automobile (970 places).

Mais ceux-ci se déplaceront-ils pour trouver les mêmes franchises et marques qu'au sein d'autres quartiers ou centres commerciaux de la métropole lilloise ou transfrontalière (Courtrai, Tournai, ...). Rien n'est moins sûr.

Le Morrisson LilleL'immeuble de bureaux Morrisson Swiss Life inauguré fin 2010 (7 000 m2 toujours libre)

Quant aux implantations de bureaux, n'existe-t-il pas dans cette période de crise un offre surabondante d'espaces de bureaux qui n'arrivent plus à trouver preneur. Il suffit de consulter l'observatoire des bureaux de Lille Métropole pour visualiser l'étendue des espaces de bureaux restant vacant depuis des mois et même des années. Certains pourtant sont implantés à un endroit idéal pour les liaisons métro/tram/bus et SNCF et bien réalisés.

Nous émettons en conclusion donc la plus grande réserve à la fois sur les conditions d'exploitation économique et sur l'aspect emploi et social du projet.

2. Aspects environnementaux et sanitaires :

Nous avons identifié plusieurs impacts négatifs pour le quartier :

- les impacts du trafic routier (voitures particulières et camions de livraison) en terme de pollution atmosphérique, de bruit et de danger supplémentaire d'accident.

- des risques liés à la pollution non traitée de l'ancienne friche RFF

- sans oublier la gêne (poussières, bruit, vibrations) de la période du chantier de construction.

- une architecture certes audacieuse mais qui ne s'intègre aucunement dans une identité architecturale et patrimoniale typique de la métropole lilloise et de la Flandre.

Le projet déposé pour l'enquête publique n'explique pas comment on va dépolluer ou confiner la pollution du sol contaminé par des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des PCB, des solvants aromatiques et des métaux lourds. Le public doit être informé des résultats visés post-dépollution si celle-ci est envisagée. Il existe des nappes aquifères qui sont actuellement contaminées par migration et diffusion de cette pollution résiduelle importante. Dans l'étude TAUW, on mentionne le fait que le chantier de dépollution va entraîner des "impacts temporaires sur la qualité des eaux de surface...celles-ci sont susceptibles d'être chargées de particules en suspension lors du décapage des terrains et du terrassement." On ne peut que s'inquiéter de cette pollution supplémentaire.

Nous ne savons pas non plus si ont été identifiées des cavités souterraines, si celles-ci seront comblées et par quel type de matériau.

Ces cavités, si elles existent, présentent un danger d'effondrement des bâtiments et ceci conjugué avec un risque sismique faible peut conduire à des conséquences graves sur le plan matériel et humain.

Le seul point positif du projet est dans son choix énergétique à base d'électricité et de pompes à chaleur (PAC) qui minimise la consommation énergétique, les rejets de polluants et l'impact sur le climat et la santé des riverains, salariés des entreprises présentes et clients.

L'ensemble du pôle commercial va générer un afflux supplémentaire de voitures et de camions de livraison. Nous connaissons actuellement dans la ville de Lille des conditions de qualité de l'air de mauvaise qualité qui touche statistiquement déjà une journée sur 4 en moyenne (90 jours/an) souvent par épisodes de pollution de plusieurs semaines consécutives. Les polluants en cause (particules fines, oxyde d'azote, ozone) sont responsables de crises d'asthme, de bronchiolites chez les petits, de problèmes cardiovasculaires et bronchiques et de cancers supplémentaires chez les personnes adultes provoquant une surmortalité.

Le surplus de trafic évalué en moyenne à +60% et même à 220% dans certains axes ne va donc pas améliorer l'état sanitaire déjà préoccupant des habitants de ce quartier. Il y aura aussi bien évidemment des nuisances sonores induites par les livraisons par camion tôt le matin.  Les différents carrefours locaux, l'échangeur vers l'A25, déjà dans une situation critique aux heures de pointe vont se retrouver dans une situation encore plus difficile.

Ceci n'est en rien conforme avec les orientations et objectifs de changement des modes de déplacement, de réduction des émissions de gaz à effet de serre tels inscrits dans le plan de déplacements urbains (PDU) voté en 2010.

Conclusion de l'avis : Pour l'ensemble des raisons économiques, sociales, sociétales, environnementales et sanitaires évoquées précédemment, notre avis est donc négatif et nous demandons l'annulation de ce projet.

 

Groupe de travail Attac Lille / Villeneuve d'Ascq / Roubaix-Tourcoing avec le soutien des Amis de la Terre Nord

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Published by M.E. - dans Economie
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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 06:24

Le Monde DiplomatiqueLes projections démographiques moyennes de l’Organisation des Nations unies (ONU) montrent que la planète accueillera neuf milliards de personnes en 2050, date à laquelle la population mondiale commencera à se stabiliser. Un vent de panique souffle sur la planète, certains Etats agitant le spectre de la surpopulation… Y aura-t-il alors suffisamment de ressources et de nourriture pour tous alors que déjà, en 2011, plus d’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim ?

Depuis quelques années, les pays qui craignent une pénurie se sont lancés dans une course effrénée pour acquérir de nouvelles terres arables que se disputent les industries de l’agroalimentaire et des agrocarburants. Et une violente controverse oppose ceux qui veulent utiliser les produits agricoles pour faire tourner les moteurs à ceux qui préféreraient qu’on nourrisse les êtres humains.

Mais peu dénoncent un business encore plus vorace en ressources naturelles, en produits agricoles et en espace : celui de l’industrie de la viande.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) explique dans son rapport 2009 : « Du fait de l’expansion rapide du secteur de l’élevage, les terres et les autres ressources productives font l’objet de rivalités croissantes, ce qui pousse les prix des céréales de base à la hausse et met à rude épreuve la base de ressources naturelles, un mécanisme qui pourrait affecter la sécurité alimentaire [1]. »

« L’intervention publique est nécessaire pour atténuer l’impact de l’élevage sur l’environnement et s’assurer que ce secteur fournit une contribution durable à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté. La production animale, comme toute autre activité économique, peut être associée à des dommages environnementaux. Le manque de clarté des droits de propriété et d’accès aux ressources et l’absence de bonne gouvernance du secteur contribuent à l’épuisement et à la dégradation des terres, de l’eau et de la biodiversité », précise-t-elle.

Nous sommes deux milliards à trop manger Retour à la table des matières

La production animale n’a rien d’une activité marginale : en 2009, elle représentait 40 % de la production agricole mondiale. Fondé au tout début du XXe siècle aux Etats-Unis sur le modèle productiviste de l’industrie automobile, l’élevage industriel n’a cessé de croître tout au long du siècle, d’abord en Amérique du Nord et du Sud, puis en Europe et enfin en Chine.

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L’envol des poulets
En 2009, la Chine était le premier producteur mondial de viande avec un peu plus de soixante-dix-huit millions de tonnes produites, devant les Etats-Unis, le Brésil et l’Allemagne.
Infographie : Agnès Stienne

Bien que ce mode de production se soit révélé calamiteux — pour l’environnement mais pas seulement — la FAO a soutenu sans faille l’industrie de la viande au prétexte qu’elle serait nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde. Une promesse loin d’avoir été tenue ; c’est la santé de ceux qui en mangent le plus qui est affectée.

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Production mondiale de viande en 2009
Infographie : Agnès Stienne

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait en 2008 à 1,5 milliard le nombre de personnes atteintes de surcharge pondérale, 2,3 milliards d’ici 2015. Les boissons sucrées et les chips, à juste titre incriminées, sont associées à ce fléau sanitaire typiquement occidental. La viande rouge et la charcuterie sont elles aussi explicitement identifiées comme facteurs de dysfonctionnement à forte dose. Obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et cancers du côlon sont des effets secondaires indésirables et dangereux d’une alimentation trop riche en protéines animales.

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Les Etats-Unis carnivores
Infographie : Agnès Stienne

L’heure est donc venue, pour les carnivores invétérés, de reconsidérer sérieusement leur plat du jour en alternant riz complet, lentilles et cuisse de poulet... Un menu plus équilibré leur serait profitable, et profiterait d’ailleurs aussi à tous. Parce qu’à n’en pas douter, de ces pavés charolais quotidiens dépend l’avenir des futures générations. Au point que l’organisation onusienne ne dissimule plus ses préoccupations : « Le secteur agricole est le plus grand utilisateur et gestionnaire mondial de ressources naturelles et, comme toute activité de production, la production animale implique un coût environnemental. L’élevage est aussi souvent conjugué aux distorsions politiques et aux dysfonctionnements du marché, et par conséquent, il a sur l’environnement des conséquences qui sont souvent sans commune mesure avec son rôle dans l’économie. Par exemple, s’il représente moins de 2 % du PIB mondial, il est à l’origine de 18 % des gaz à effet de serre à l’échelle de la planète. » Voilà qui laisse songeur. « Le changement climatique représente une “boucle de rétroaction” spéciale, puisque la production animale contribue au problème en même temps qu’elle en subit les effets. Si des mesures adéquates ne sont pas prises pour améliorer la viabilité de l’élevage, les moyens d’existence de millions de personnes seront menacés. »

En d’autres termes, l’élevage intensif pervertit le génie des sociétés humaines en agissant négativement sur les équilibres naturels, sociaux, ruraux, environnementaux, économiques et sanitaires.

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Les grandes structures à l’honneur
Infographie : Agnès Stienne

Traditionnellement, on pratique l’élevage quand la nourriture pour le bétail est disponible sur place, souvent en complément d’une agriculture céréalière et maraîchère (système de production mixte). Les pâturages, naturels ou cultivés, font l’objet d’une attention permanente pour permettre la régénération de la prairie après le passage des ruminants. Ce qui implique leur déplacement constant pour éviter les piétinements, la destruction des plantes et la concentration des déjections qui affectent la qualité des sols et de l’eau.

Pour les animaux restés à l’étable, la nourriture provient des résidus de récoltes, des déchets de l’alimentation humaine, de fourrages enrichis de pois, de lupins et de féveroles. Les cochons fouinent sous les arbres à la recherche de fruits et de glands dont ils raffolent. Bucolique ? Il se trouve que les pratiques ancestrales ne sont pas complètement dénuées de sens, de science et d’efficacité. Il n’est pas question de revenir à l’agriculture de nos lointains ancêtres mais bien de développer une agriculture paysanne moderne fondée sur les savoir-faire traditionnels, régionaux et durables.

Les systèmes de production mixtes ne sont pas, par nature, ceux qu’affectionne l’industrie de la viande. La diversité impliquerait un processus beaucoup trop compliqué et donc coûteux. Donc, vive l’usine à viande formatée et les chaînes d’approvisionnement sans fin qu’un technicien actionne en appuyant sur des boutons depuis son bureau.

On distingue deux catégories de production animale industrielle : le pâturage, lequel concerne surtout les bovins, et l’exploitation hors-sol où sont concentrés porcs ou volailles dans des bâtiments en béton.

Les pâturages recouvrent 60 % des terres agricoles, le fourrage quant à lui occupe 35 % des terres arables. Au total, 81 % des terres agricoles sont ainsi dédiées au bétail et à son alimentation.

L'essentiel des terres pour l'élevage {JPEG}

On cherche à minimiser les coûts en « rationalisant » toute la chaîne de production jusqu’à la distribution, abattage et transformation inclus : réduction de la main-d’œuvre, automatisation et programmation des tâches, standardisation des produits. Tout un manège mis en œuvre pour répondre aux diktats productivistes de l’« agrobusiness » et de la grande distribution.

On perd jusqu’à la notion d’animal : on fabrique des côtelettes comme on fabrique une voiture, à partir d’une matière première. La différence est qu’elle est vivante et souvent souffrante.

Sélection après sélection, les bêtes ont été « élaborées » par des instituts agronomes tels que l’Institut national de recherche agronomique (INRA) en France dans le but d’obtenir des hybrides qui se distinguent pour le développement rapide de leur masse musculaire et leurs performances reproductrices.

En contrepartie, les organes vitaux sont réduits au strict minimum et ne sont plus à même de remplir leurs fonctions originelles. Les animaux sont devenus hypersensibles aux maladies, d’où le recours fréquent aux médicaments, ce qui contribue au développement des bactéries résistantes aux antibiotiques dans le monde, un casse-tête pour les chercheurs avec de graves conséquences sur la santé publique [2]. Ces pratiques sélectives à outrance ont conduit à la quasi disparition des espèces naturelles et régionales.

Pâturages entre meurtres et déforestation Retour à la table des matières

« L’augmentation des surfaces allouées à l’élevage contribue à la déforestation dans certains pays, alors que l’intensification de la production animale entraîne un surpâturage dans d’autres. En raison de la concentration géographique croissante de la production animale, la quantité de fumier produite par les animaux est souvent supérieure à la capacité d’absorption des sols. Le fumier devient ainsi un déchet au lieu d’être une précieuse ressource comme dans les systèmes moins concentrés de production mixte », explique encore la FAO.

A l’origine, les éleveurs menaient leur troupeau à travers des pâtures en accès libre en veillant à respecter le cycle naturel des herbages. Mais le morcellement des terres par la mise en culture et l’urbanisation a considérablement limité les possibilités de circulation des troupeaux alors que, simultanément, la demande en viande a augmenté. Les pâturages intensifs, dans certaines régions du monde, représentent une véritable catastrophe écologique qu’on aurait tort de sous-estimer.

Dans les régions sèches ou semi-arides, comme le Sahel ou l’Asie centrale, la densité trop élevée d’animaux a détruit le couvert végétal, provoquant l’érosion des sols et l’altération des cycles de l’eau [3].

C’est toutefois dans les pays industrialisés, Etats-Unis en tête, et en Amérique latine que les bouleversements agricoles ont été les plus radicaux. 90 % des prairies d’Amérique du Nord et 80 % du cerrado (savane) d’Amérique du Sud ont été urbanisés ou convertis en surfaces cultivées — en partie d’ailleurs pour la production d’agrocarburants, de fourrage et de céréales destinés à l’exportation.

Un des cas les plus préoccupants est celui du Brésil. Premier producteur et exportateur mondial de viande bovine et de cuir, le Brésil pèse à lui seul 30 % du marché mondial avec 2,2 millions de tonnes de viande exportées par an, principalement vers la Russie et l’Union européenne. Et Brasilia entend bien ne pas en rester là.

Une enquête menée par Greenpeace et publiée en 2009 montre que l’élevage bovin brésilien est responsable de 80 % de la déforestation de l’Amazonie. En dix ans, ce sont dix millions d’hectares de forêts qui sont parties en fumée pour laisser brouter deux cent millions de bovins, ce qui fait du géant sud-américain un des champions (le quatrième) d’émissions de gaz à effet de serre de la planète.

Dans son rapport, Grégoire Lejonc, chargé de campagne forêts de l’organisation non gouvernementale, peste contre l’attitude ambiguë du président de l’époque, « Lula », qui avait annoncé un plan d’action contre le changement climatique, lequel devait conduire le Brésil à réduire de 72 % le déboisement illégal d’ici 2018. « Or, ce rapport prouve clairement que 90 % de la déforestation annuelle en Amazonie est illégale tandis que des lois régularisant de facto des terres accaparées pour l’élevage ont été adoptées récemment. » Puis d’ajouter que « le gouvernement brésilien est l’un des principaux bailleurs de fonds et actionnaires du secteur de l’élevage en Amazonie, ce qui fait de lui un véritable promoteur de la déforestation amazonienne »…

En mai 2011, Le Monde se faisait l’écho d’un projet de réforme du code forestier approuvé par la Chambre des députés brésilienne, contre l’avis de l’actuelle présidente Dilma Rousseff, assouplissant les lois régissant la protection des forêts. Selon Jean-Pierre Langellier, « la réforme prévoit de ne plus obliger les “petits” agriculteurs à reboiser la réserve illégalement détruite » comme c’est le cas actuellement. « Plus de 90 % des propriétés rurales du pays ne respectent pas les quotas exigés par la loi ; 600 000 km2 de terres devraient être replantées et ne le sont pas. […] Les députés hostiles à la réforme accusent les grands exploitants de s’être cachés sous la bannière des “petits” pour défendre leurs intérêts ». Néanmoins, la présidente « rejette un élément capital du texte : “l’amnistie” des déboiseurs illégaux ». En conclusion, le journaliste nous rappelle que la bataille qui se joue en Amazonie s’avère d’une extrême violence pour les paysans écologistes et les peuples indigènes : « Le jour du vote, un militant écologiste, Joao Claudio Ribeiro da Silva, et sa femme ont été assassinés. Le couple avait reçu des menaces de mort d’éleveurs et de bûcherons. Ce double meurtre rappelle, après beaucoup d’autres, que les intérêts en jeu en Amazonie peuvent pousser certains jusqu’au crime. »

Interrogé sur ce sujet par l’Agence France-Presse (AFP), José Batista, avocat de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), qui suit les conflits agraires en Amazonie indique que « la confiance accordée par les paysans aux autorités du Pará est limitée, en raison du “degré d’impunité” qui y règne. Au cours des quarante dernières années, il y a eu plus de 800 assassinats dans le Pará, la plupart commis par des tueurs à gages. Au total, nous avons réussi à faire un procès à seulement neuf présumés responsables et abouti à en faire condamner huit : mais aujourd’hui, il n’y en a qu’un en prison » [4].

Les entreprises d’intimidation dirigées par les gros exploitants ne ciblent pas exclusivement les paysans. L’ONG Survival dénonce depuis plus de quatre décennies le massacre des indiens vivant dans la forêt brésilienne : « Des peuples entiers sont menacés de disparition. Ainsi, il ne reste plus aujourd’hui que six survivants de la tribu Akuntsu du Brésil, les autres membres de leur groupe ayant été massacrés par des éleveurs. » Et ce n’est qu’un exemple.

Quand le bétail mange la forêt... {JPEG}

L’élevage bovin n’est pas l’unique activité agricole à sacrifier d’immenses étendues de forêt sur l’autel du profit. La culture de soja en est une autre, tout aussi dévastatrice, dont la destination est l’estomac du bétail.

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Commerce de tourteaux de soja, de viande bovine, porcine et avicole
Infographie : Agnès Stienne

Exploitation hors sol, pollutions et famines Retour à la table des matières

« Le mot de tragédie est faible. Pour faire grandir plus vite nos veaux, vaches et cochons, l’industrie de l’élevage importe 80 % des protéines qui leur sont destinées. Essentiellement du soja venu d’Amérique latine. Lequel détruit à la racine l’Argentine, le Paraguay, le Brésil… » C’est sur ces mots que s’ouvre le chapitre cinq de Bidoche (Les liens qui libèrent, 2009), le livre de Fabrice Nicolino publié en 2009 sur l’industrie de la viande. Ses pages retracent l’histoire de l’élevage industriel, des firmes qui lui sont intrinsèquement liées telles InVivo ou Cargill, Sanders ou Guyomarc’h et de la « zootechnie ».

Selon le mouvement paysan Via Campesina, « la monoculture de soja occupe désormais un quart de toutes les terres agricoles du Paraguay et elles se sont développées au rythme de 320 000 hectares par an au Brésil depuis 1995. En Argentine, 5,6 millions d’hectares de terre non agricole ont été converties entre 1996 et 2006 pour produire du soja, pays où il occupe déjà la moitié des terres agricoles. Les effets dévastateurs de ces exploitations sur la population et sur l’environnement en Amérique latine sont bien documentés et reconnus par de multiples acteurs ».

Dans de sinistres hangars de béton, les animaux, croupissants par milliers, ingurgitent leurs rations quotidiennes d’aliments concentrés produits par de grosses sociétés agroalimentaires. 742 millions de tonnes de céréales ont été dévorées par les usines à viande en 2005. Qu’on ne s’y trompe pas : les céréales qui entrent dans la composition de cette pitance ne sont pas des résidus d’autres cultures. Elles sont semées, irriguées, traitées et récoltées tout spécialement pour engraisser le bétail.

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Que mange le bétail ?
Infographie : Agnès Stienne

En 2009, sur la quantité totale de blé, de maïs et d’orge produits dans le monde, près de 42 % ont été transformés en aliments concentrés pour bétail.

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Production céréalière pour le bétail et... pour le reste.
Infographie : Agnès Stienne

Lorsqu’on observe l’évolution des surfaces agricoles allouées aux principales céréales et au soja, on prend la réelle mesure des choses… Le riz, qui n’entre pas dans l’alimentation du bétail, stagne depuis une vingtaine d’années. Les rendements se sont améliorés mais tout de même, la démographie a connu parallèlement une progression sans précédent. La production de blé a fortement chuté avant de reprendre sa progression, sans pour autant revenir à son niveau de 1980. En progression constante, le soja (qui a presque doublé en vingt ans) et le maïs qui a dorénavant dépassé la production de riz.

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Surfaces cultivées
Infographie : Agnès Stienne

Le rapport entre viande et céréales est le suivant : il faut au moins sept kilos de céréales pour fournir un seul kilo de bœuf, quatre kilos pour un kilo de porc, deux kilos pour un kilo de poulet.

Les pressions croissantes qui s’exercent sur les ressources agricoles, ajoutées à l’action des spéculateurs, ont rendu plus vulnérables les plus pauvres. Dans son rapport de 2006, la FAO s’alarmait à propos de la Chine : « La production et les importations d’aliments pour le bétail sont en hausse. Les importations totales de produits alimentaires pour animaux ont rapidement augmenté et font craindre que la croissance du secteur de l’élevage en Chine ne se traduise par une flambée des prix et par des pénuries mondiales de céréales, comme cela a été souvent mentionné. » On connaît la suite, l’année 2008 a été celle des émeutes de la faim provoquées par la forte hausse des prix des matières premières sur le marché international.

Alors que la planète subissait les premiers soubresauts de la crise financière, ces tragédies auraient pu servir de leçon. Loin s’en faut. Malgré la baisse des coûts réels de la production des céréales, leurs prix de vente ne cessent d’augmenter. La Banque mondiale signalait dans un communiqué en février 2011 : « Les prix alimentaires mondiaux sont en train d’atteindre des niveaux dangereux, et constituent une menace pour des dizaines de millions de pauvres à travers le monde. Cette hausse des prix est déjà en train de faire basculer des millions de personnes dans la pauvreté et d’exercer des pressions sur les plus vulnérables, qui consacrent déjà plus de la moitié de leurs revenus à l’alimentation. »

Poison quotidien Retour à la table des matières

Pour celui qui trouve pitance en abondance dans les pays riches, il est toutefois recommandé de regarder à deux fois ce qu’il y a dans l’assiette. Qui dit industrie de la viande dit industrie fourragère. Celle-ci adopte les principes de l’agriculture intensive à savoir l’utilisation tous azimuts de pesticides, d’herbicides, d’engrais chimiques et d’organismes génétiquement modifiés (OGM). Cette mixture est ingérée par les bêtes avant de se retrouver dans les petits plats dont les consommateurs confiants se délectent (voir ou lire à ce sujet Notre poison quotidien de Marie-Monique Robin — Arte éditions / La Découverte, 2011, pour le livre, Arte éditions / Ina éditions pour le DVD). Et ce n’est pas tout… On y retrouve aussi des résidus de médicaments et de vitamines de synthèse.

En effet, les bêtes issues de la zootechnie sont anormalement faibles, et donc atteintes de pathologies diverses. Par ailleurs, la concentration des animaux est telle que la moindre infection décime l’ensemble du cheptel. Pour éviter à tout prix une hécatombe qui serait fatale pour l’exploitant, les antibiotiques sont distribués, non plus à titre curatif, mais à titre préventif.

Les descriptions qui sont faites des traitements infligés aux animaux dans ces blocs de béton, qu’ils soient porcs, veaux ou poulets, sont affreuses. Dans ces mouroirs, toutes les conditions sont réunies pour ouvrir la voie aux souches infectieuses transmissibles à l’homme. Maladie de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine), grippe aviaire, grippe « porcine »…

Fabrice Nicolino rapporte le cas du Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM) ou « Staphylocoque doré », une bactérie mutante présente dans les porcheries industrielles d’Amérique du Nord et d’Europe et qui, selon lui, a eu raison de l’antibiotique qui la détruisait auparavant. Voici ce qu’il écrit : « En octobre 2007, une étude retentissante qui paraît dans la revue Veterinary Microbiology révèle des faits très graves. Menée dans vingt porcheries industrielles de l’Ontario (Canada), elle montre que le SARM est présent dans 45 % d’entre elles. Qu’un porc sur quatre est contaminé. Qu’un éleveur sur cinq l’est aussi. » Plus loin, il ajoute : « En Belgique, toujours en 2007, un autre travail commandé par le ministre de la Santé publique Rudy Demotte, indique que, dans près de 68 % des porcheries étudiées, une souche SARM est présente chez les animaux. Et cette même bactérie résistante est retrouvée chez 37,6 % des éleveurs de porcs et des membres de leur famille. Or, dans une population sans rapport avec l’industrie porcine, elle n’est que de 0,4 % ! » Il semble qu’aucune étude n’ait été réalisée en France ou aux Etats-Unis.

Autre source d’inquiétude : l’eau Retour à la table des matières

Les quantités d’eau englouties par les cultures fourragères représentent 8 % de la consommation mondiale de l’eau, quantités auxquelles il faut ajouter l’abreuvage des bêtes et le nettoyage des bâtiments. C’est colossal. La FAO rapporte qu’au Botswana, la consommation directe d’eau pour l’élevage représente 23 % du total.

Dans les pays tempérés, c’est plutôt la qualité de l’eau qui inquiète. La Bretagne regroupe 60 % de la production nationale porcine (sur quatre départements, mais principalement concentrée dans les Côtes-d’Armor et le Finistère). Sans compter les vaches et les volailles. Beaucoup trop par rapport à ce que la région est en mesure de gérer. La pollution des sols, des eaux de source et du littoral sont aujourd’hui endémiques.

Une porcherie, comment ça marche ? {JPEG}

Ils dévastent leurs terroirs, mais les éleveurs de porcs bretons portent leur regard ailleurs. Ils ont lancé à l’été 2011 un slogan pour redorer leur blason entaché de lisier : « il grogne, il pète, et pourtant… » Ils n’ont pas osé aller plus loin. Et pourtant. Quatorze millions de porcs (privés de paille) produits en 2010, ce sont des milliers de tonnes de lisier, un sulfureux cocktail d’azote et de phosphore, que les exploitants disséminent par épandage sur des sols plus que saturés. D’autres se contentent de déplacer le problème : en 2009, la petite entreprise Lemée en Côtes-d’Armor se félicite d’avoir ainsi exporté plus de 100 000 tonnes d’effluents de lisier, sans toutefois en préciser la destination…

Anabaena flosaquae, Aphanizomenon flosaquae, Microcystis aeruginosa et Plankthotrix agardhii… Joliment appelées « algues bleues », les cyanobactéries contaminent, année après année, les eaux des rivières bretonnes dont l’ingestion ou le contact provoque maux de tête, gastro-entérite, et des irritations cutanées et oculaires. Dans quelles conditions se développent-elles ? Lumière, température clémente, présence importante d’azote et de phosphore.

Ulva armoricana, ulve, salade de mer, laitue de mer, classe des chlorophycées, bref, l’ « algue verte ». Comment prolifère-t-elle ? Lumière, température clémente, excès d’azote et de phosphore. Echouée sur le rivage, elle se décompose très vite en dégageant un gaz toxique. En juillet 2009, une marée verte entraîne la mort d’un cheval sur une plage de Côtes-d’Armor. Son cavalier tombé dans le coma sera sauvé.

Deux ans plus tard, deux marcassins sont retrouvés morts sur une plage des Côtes-d’Armor envahie par les mêmes algues vertes. S’exprimant à ce sujet dans le journal Le Monde, Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ne s’étonne qu’à moitié : « Bien avant 2009, il y avait de nombreux cas de chiens trouvés morts sur des plages. Officiellement, ce n’était jamais dû aux algues vertes. » Commentant les propos de Nicolas Sarkozy qui « refusait de désigner des coupables, de montrer du doigt les agriculteurs », et dénonçait « les intégristes de l’écologie » quelques jours avant l’incident : « C’est un discours un peu étonnant, parce qu’on pensait avoir enfin franchi un tournant en août 2009, lors de la visite du premier ministre, François Fillon, à Saint-Michel-en-Grève, après la mort d’un cheval. Pour la première fois, les services de l’Etat avaient alors reconnu officiellement que les nitrates agricoles étaient à l’origine des marées vertes. »

L’Etat français, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a empêché la tenue d’un débat public sur cette question. Il a plutôt soutenu ce mode d’élevage dévastateur au prétexte que la méthanisation débarrassait les campagnes du lisier et des algues vertes. L’association Eaux-et-Rivières de Bretagne fulmine : « Nicolas Sarkozy méconnaît un problème vieux de quarante ans, abuse l’opinion et rend un bien mauvais service à la protection du littoral. Ce n’est pas en industrialisant davantage l’élevage breton que l’on répondra aux enjeux environnementaux et sociaux-économiques majeurs qui se posent en Bretagne. »

La méthanisation des algues vertes ou du lisier, loin d’améliorer la situation, l’aggrave. Le procédé consiste à produire de l’énergie à partir de matières en décomposition. Problème : lisier et algues vertes contiennent énormément d’eau. Solution : ajouter des matières sèches telle la paille — dont on prive les animaux — et le maïs pour enclencher le processus, ce qui en soi est un non-sens. Résultat : les boues résiduelles sont en fait un concentré de nitrates. Pour rentabiliser le système, il faudrait… augmenter la quantité d’algues vertes et de lisier. Absurde.

Agnès Stienne est artiste, graphiste et illustratrice indépendante.

Sources et références

— France Nature Environnement ;

— Les rapports de la FAO sur « La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture » : en 2009 « Le point sur l’élevage », et en 2006 « L’aide alimentaire pour la sécurité alimentaire ? » ;

— Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde de Fabrice Nicolino, éditions Les Liens qui Libèrent (LLL). Autour du livre, « Les ravages de l’industrie de la viande », par Jocelyne Porcher, Rue89, octobre 2009 ;

— Bovins et humains au Brésil en 2007, cartographie.

Sur les élevages porcins polonais gérés par la méga firme Smithfield, propriétaire entre autres des marques françaises Aoste, Justin Bridou et Cochonnou :

— Pig business ;

— « Smithfield Foods : Cruel to Pigs and Humans », par l’association américaine People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) ;

— « Can Chicken Save the World ? », par Yelena Galstyan, The Daily Green, 18 juillet 2011.

 

Notes

[1] FAO, La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture – Le point sur l’élevage, (PDF), 2009.

[2] Tom Philpott, « What the USDA Doesn’t Want You to Know About Antibiotics and Factory Farms », Mother Jones, 29 juillet 2011.

[3] Lire Jared Diamond, Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, 2006.

[4] Voir aussi « Le Brésil, puissance agricole ou environnementale ? » sur ce blog, et notamment la deuxième carte, « Assassiner pour s’approprier la terre ».



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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 06:50

Les crises.fr

 

 

 

 

D. MeadowsInterview – La croissance perpétuelle est-elle possible dans un monde fini ? Il y a quarante ans déjà, Dennis Meadows et ses acolytes répondaient par la négative. Aujourd’hui, le chercheur lit dans la crise les premiers signes d’un effondrement du système.

En 1972, dans un rapport commandé par le Club de Rome, des chercheurs de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) publient un rapport intitulé « Les limites de la croissance ». Leur idée est simple : la croissance infinie dans un monde aux ressources limitées est impossible. Aussi, si les hommes ne mettent pas fin à leur quête de croissance eux-mêmes, la nature le fera-t-elle pour eux, sans prendre de gants.

En 2004, le texte est, pour la deuxième fois, remis à jour. Sa version française vient – enfin – d’être publiée aux éditions Rue de l’échiquier. En visite à Paris pour présenter l’ouvrage, Dennis Meadows, l’un des auteurs principaux, revient sur la pertinence de projections vieilles de quarante ans et commente la crise de la zone euro, la raréfaction des ressources et le changement climatique, premiers symptômes, selon lui, d’un effondrement du système.

Halte à la croissanceVous avez écrit votre premier livre en 1972. Aujourd’hui la troisième édition – parue en 2004 – vient d’être traduite en français. Pourquoi, selon vous, votre livre est encore d’actualité ?

Dennis Meadows : A l’époque, on disait qu’on avait encore devant nous quarante ans de croissance globale. C’est ce que montrait notre scénario. Nous disions aussi que si nous ne changions rien, le système allait s’effondrer. Pourtant, dans les années 1970, la plupart des gens estimait que la croissance ne s’arrêterait jamais.C’est aujourd’hui que nous entrons dans cette période d’arrêt de la croissance. Tous les signes le montrent. Le changement climatique, la dislocation de la zone euro, la pénurie d’essence, les problèmes alimentaires sont les symptômes d’un système qui s’arrête. C’est crucial de comprendre qu’il ne s’agit pas de problèmes mais bien de symptômes. Si vous avez un cancer, vous pouvez avoir mal à la tête ou de la fièvre mais vous ne vous imaginez pas que si vous prenez de l’aspirine pour éliminer la fièvre, le cancer disparaîtra. Les gens traitent ces questions comme s’il s’agissait de problèmes qu’il suffit de résoudre pour que tout aille bien. Mais en réalité, si vous résolvez le problème à un endroit, la pression va se déplacer ailleurs. Et le changement ne passera pas par la technologie mais par des modifications sociales et culturelles.

Comment amorcer ce changement ?

Il faut changer notre manière de mesurer les valeurs. Il faut par exemple distinguer la croissance physique et de la croissance non physique, c’est-à-dire la croissance quantitative et la croissance qualitative. Quand vous avez un enfant, vous vous réjouissez, au départ, qu’il grandisse et se développe physiquement. Mais si à l’âge de 18 ou 20 ans il continuait à grandir, vous vous inquiéteriez et vous le cacheriez. Quand sa croissance physique est terminée, vous voulez en fait de la croissance qualitative. Vous voulez qu’il se développe intellectuellement, culturellement.Malheureusement, les hommes politiques n’agissent pas comme s’ils comprenaient la différence entre croissance quantitative et qualitative, celle qui passerait par l’amélioration du système éducatif, la création de meilleurs médias, de clubs pour que les gens se rencontrent… Ils poussent automatiquement le bouton de la croissance quantitative. C’est pourtant un mythe de croire que celle-ci va résoudre le problème de la zone euro, de la pauvreté, de l’environnement… La croissance physique ne fait aucune de ces choses-là.

Pourquoi les hommes politiques s’entêtent-ils dans cette voie ?

Vous buvez du café ? Et pourtant vous savez que ce n’est pas bon pour vous. Mais vous persistez parce que vous avez une addiction au café. Les politiques sont accros à la croissance. L’addiction, c’est faire quelque chose de dommageable mais qui fait apparaître les choses sous un jour meilleur à courte échéance. La croissance, les pesticides, les énergies fossiles, l’énergie bon marché, nous sommes accros à tout cela. Pourtant, nous savons que c’est mauvais, et la plupart des hommes politiques aussi.

Ils continuent néanmoins à dire que la croissance va résoudre la crise. Vous pensez qu’ils ne croient pas en ce qu’ils disent ?

Prenons l’exemple des actions en Bourse. Auparavant, on achetait des parts dans une compagnie parce qu’on pensait que c’était une bonne entreprise, qu’elle allait grandir et faire du profit. Maintenant, on le fait parce qu’on pense que d’autres personnes vont le penser et qu’on pourra revendre plus tard ces actions et faire une plus-value. Je pense que les politiciens sont un peu comme ça. Ils ne pensent pas vraiment que cette chose appelée croissance va résoudre le problème mais ils croient que le reste des gens le pensent. Les Japonais ont un dicton qui dit : « Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou. » Si vous allez voir un chirurgien avec un problème, il va vous répondre « chirurgie », un psychiatre « psychanalyse », un économiste « croissance ». Ce sont les seuls outils dont ils disposent. Les gens veulent être utiles, ils ont un outil, ils imaginent donc que leur outil est utile.

Pensez-vous que pour changer ce genre de comportements, utiliser de nouveaux indicateurs de développement est une bonne manière de procéder ?

Oui, ça pourrait être utile. Mais est-ce ça qui résoudra le problème ? Non.

Mais qu’est-ce qui résoudra le problème alors ?

Rien. La plupart des problèmes, nous ne les résolvons pas. Nous n’avons pas résolu le problème des guerres, nous n’avons pas résolu le problème de la démographie. En revanche, le problème se résoudra de lui-même parce que vous ne pouvez pas avoir une croissance physique infinie sur une planète finie. Donc la croissance va s’arrêter. Les crises et les catastrophes sont des moyens pour la nature de stopper la croissance. Nous aurions pu l’arrêter avant, nous ne l’avons pas fait donc la nature va s’en charger. Le changement climatique est un bon moyen de stopper la croissance. La rareté des ressources est un autre bon moyen. La pénurie de nourriture aussi. Quand je dis « bon », je ne veux pas dire bon éthiquement ou moralement mais efficace. Ça marchera.

Mais y-a-t-il une place pour l’action ? La nature va-t-elle corriger les choses de toute façon ?

En 1972, nous étions en dessous de la capacité maximum de la Terre à supporter nos activités, à 85% environ. Aujourd’hui, nous sommes à 150%. Quand vous êtes en dessous du seuil critique, c’est une chose de stopper les choses. Quand vous êtes au-delà, c’en est une autre de revenir en arrière. Donc oui, la nature va corriger les choses. Malgré tout, à chaque moment, vous pouvez rendre les choses meilleures qu’elles n’auraient été autrement. Nous n’avons plus la possibilité d’éviter le changement climatique mais nous pouvons l’atténuer en agissant maintenant. En réduisant les émissions de CO2, l’utilisation d’énergie fossile dans le secteur agricole, en créant des voitures plus efficientes… Ces choses ne résoudront pas le problème mais il y a de gros et de petits effondrements. Je préfère les petits.

Vous parlez souvent de « résilience ». De quoi s’agit-il exactement ?

La résilience est un moyen de construire le système pour que, lorsque les chocs arrivent, vous puissiez continuer à fonctionner, vous ne vous effondriez pas complètement. J’ai déjà pensé à six manières d’améliorer la résilience. La première est de construire « des tampons ». Par exemple, vous faites un stock de nourriture dans votre cave : du riz, du lait en poudre, des bocaux de beurre de cacahuète… En cas de pénurie de nourriture, vous pouvez tenir plusieurs semaines. A l’échelle d’un pays, c’est par exemple l’Autriche qui construit de plus gros réservoirs au cas où la Russie fermerait l’approvisionnement en gaz. Deuxième chose : l’efficacité. Vous obtenez plus avec moins d’énergie, c’est ce qui se passe avec une voiture hybride par exemple… ou bien vous choisissez de discuter dans un café avec des amis plutôt que de faire une balade en voiture. En terme de quantité de bonheur par gallon d’essence dépensé, c’est plus efficace. Troisième chose : ériger des barrières pour protéger des chocs. Ce sont les digues à Fukushima par exemple. Quatrième outil : le « réseautage » qui vous rend moins dépendant des marchés. Au lieu d’employer une baby-sitter, vous demandez à votre voisin de garder vos enfants et en échange vous vous occupez de sa plomberie. Il y a aussi la surveillance qui permet d’avoir une meilleure information sur ce qu’il se passe. Enfin, la redondance qui consiste à élaborer deux systèmes pour remplir la même fonction, pour être prêt le jour où l’un des deux systèmes aura une faille. Ces six méthodes accroissent la résilience. Mais la résilience coûte de l’argent et ne donne pas de résultats immédiats. C’est pour cela que nous ne le faisons pas.

Les limites de la croissanceSi l’on en croit un schéma de votre livre, nous sommes presque arrivés au point d’effondrement. Et nous entrons aujourd’hui, selon vous, dans une période très périlleuse…

Je pense que nous allons voir plus de changement dans les vingt ans à venir que dans les cent dernières années. Il y aura des changements sociaux, économiques et politiques. Soyons clairs, la démocratie en Europe est menacée. Le chaos de la zone euro a le potentiel de mettre au pouvoir des régimes autoritaires.

Pourquoi ?

L’humanité obéit à une loi fondamentale : si les gens doivent choisir entre l’ordre et la liberté, ils choisissent l’ordre. C’est un fait qui n’arrête pas de se répéter dans l’histoire. L’Europe entre dans une période de désordre qui va mécontenter certaines personnes. Et vous allez avoir des gens qui vont vous dire : « Je peux garantir l’ordre, si vous me donnez le pouvoir. » L’extrémisme est une solution de court terme aux problèmes. Un des grands présidents des Etats-Unis a dit : « Le prix de la liberté est la vigilance éternelle. » Si on ne fait pas attention, si on prend la liberté pour acquise, on la perd.
Les limites de la croissance (dans un monde fini), Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers, ed. Rue de l’échiquier, 425 pages, 25 euros.
pib-decennie
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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 15:22

Le MondeQuelle politique de relance pour la France ? La volonté de François Hollande de mener une politique de croissance se heurte à la complexité de la crise. Zone euro au bord de l'éclatement, recul de l'industrie, pollution... il faut trouver des solutions.

F.Jany-CatriceJ.Gadrey2D.-Meda-copie-1.jpg

   

De façon certaine, la croissance a tenu le rôle principal dans la campagne présidentielle : son absence expliquait les déboires du pays, son retour permettrait son redressement. Gageons que, dans le combat qui continue d'opposer la fâcheuse austérité à la riante croissance, les peuples ont d'ailleurs choisi leur camp, comme les auteurs de ces lignes : l'austérité qui nous est imposée ressemble plus à une purge mortelle qu'à un remède.

Mais le refus de l'austérité doit-il nécessairement aller de pair avec l'apologie de la croissance ? Ne faut-il pas réinterroger le terme central lui-même, la croissance, pour comprendre ce qu'à travers toutes ces objurgations, nous désirons vraiment ?

Derrière ces prières, plusieurs convictions sont ancrées : la première, la plus forte sans doute, est que sans croissance nous ne parviendrons pas à lutter contre le chômage ni à réduire les dettes publiques. La seconde soutient que la croissance est la garante du progrès et que les gains extraordinaires de développement humain sont dus à la croissance dont les pays occidentaux ont bénéficié depuis deux siècles.

Cet argument intègre, dans la période récente, la conviction que la crise des dettes publiques exige le retour d'une croissance aussi forte que possible, oubliant que cette crise est apparue aux Etats-Unis... au terme d'une période de croissance ! Le manque de croissance n'explique nullement la crise, liée à la démesure de la finance dérégulée et des inégalités. C'est la validité de ces croyances qu'il nous faut réinterroger. Trois éléments apportent un sérieux bémol à cette façon de voir les choses.

En premier lieu, loin d'être une opération uniquement positive, la croissance s'est réalisée au prix d'une pression énorme sur les humains et sur la nature et donc par un accroissement de l'intensification du travail et de l'empreinte écologique humaine ainsi que par une captation des ressources matérielles et humaines des pays du Sud par les pays du Nord. Or, les instruments dont nous disposons sont inadaptés pour mettre cela en évidence : la comptabilité nationale - celle-là même qui permet le calcul du fameux produit intérieur brut (PIB), dont nous attendons l'augmentation - ne prend pas en compte nos patrimoines humains et naturels.

En second lieu, cette croissance que nous voudrions éternelle s'est accompagnée de la production de tant "d' externalités" que sa poursuite constitue désormais un péril majeur : elle a notamment généré une production de gaz à effet de serre délétères pour le climat. Toute la question est de savoir si le découplage entre croissance du PIB et croissance des émissions des gaz à effet de serre est possible et donc si le meilleur moyen pour y parvenir est, comme nous y invitent organisations internationales et défenseurs du statu quo, la fameuse croissance verte ou si nous n'allons pas devoir revoir le rythme même de la croissance et accepter comme une chance cette moindre croissance du PIB.

Car, et c'est le troisième argument à considérer : la croissance est désormais à "rendements humains" décroissants. Il faut beaucoup plus de croissance pour obtenir un peu plus de bien-être dans nos sociétés occidentales saturées, et il nous faut reconnaître qu'un grand nombre de biens et services ne constituent pas des progrès mais des aliments destinés à nourrir les féroces appétits de multinationales.

Voici donc les responsables politiques - mais aussi nos concitoyens - écartelés entre deux exigences : à court terme, la croissance semble nécessaire au progrès et à la cohésion sociale, mais à moyen et à long terme, tout point supplémentaire de croissance entraîne des dégradations invisibles dans les principaux indicateurs de "progrès". Peut-on choisir entre Charybde et Scylla ? Non. Et c'est pour cette raison que nous devons raisonner en dehors des catégories classiques.

Cessons de raisonner en mettant l'expansion du PIB en volume au centre de tout, comme si le but ultime de nos sociétés était d'amener sur le marché et d'échanger toujours plus de biens et de services. Adoptons, à côté du PIB dans un premier temps, d'autres indicateurs de richesse, au choix desquels les citoyens seront invités à participer au terme de conférences citoyennes.

Des indicateurs qui prendront en considération ce qui compte vraiment pour l'inscription de nos sociétés dans la durée : l'accès de tous au travail décent, de faibles inégalités, une santé sociale florissante, un patrimoine naturel entretenu.

Enfin, c'est le mode de production, de création de valeur ajoutée et d'emplois et de consommation qu'il convient de transformer au cours d'une transition écologique et sociale. On crée bien plus d'emplois utiles et de qualité lorsqu'on intègre plus de biens communs sociaux et écologiques dans la production, tout en veillant à la sobriété des usages : agroécologie, construction et isolation thermiques, énergies renouvelables, circuits courts, relocalisation, mobilité douce, services de bien-être...

Personne ne peut souhaiter une récession à court et à moyen terme. Mais ce qu'il faut engager pour éviter l'effondrement se résume ainsi : reprendre en main la finance spéculative, réduire les inégalités par une révolution fiscale, et enclencher une "autre relance", à l'opposé de la croissance quantitative. Les exigences écologiques et de justice sociale sont bonnes pour l'emploi, contrairement au productivisme en vigueur.

Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, professeurs d'économie à l'université Lille-I ; Dominique Méda,professeure de sociologie à Paris-Dauphine.

Article paru initialement dans Le Monde du 15 juin 2012.

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 07:24

Le MondeLe célèbre "gourou" du management et de l'analyse des organisations part en guerre contre le poids excessif des firmes géantes et de la finance. Il prône le développement de nouvelles organisations issues du mouvement social, le "secteur pluriel".

Henry-Mintzberg.jpeg"Un patron qui gagne 100, 200 fois ce que gagne son salarié ne peut prétendre être un leader " ; " L'alliance entre des entreprises qui pensent avoir le droit moral de faire ce qu'elles veulent et une théorie économique qui les conforte en érigeant en dogme le mythe du marché efficient nous a conduits à la catastrophe" ; "Le vrai changement ne viendra ni des gouvernements ni des marchés, mais du mouvement social"... Non, ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon qu'un parterre d'universitaires et de dirigeants de grandes entreprises étaient venus respectueusement écouter mercredi 16 mai dans les salons de la Sorbonne, à l'invitation de l'université Paris-II, mais Henry Mintzberg, "gourou" reconnu du management stratégique, auteur prolifique, professeur à l'université McGill (Canada), qui a formé des générations de futurs dirigeants à l'Insead dans les années 1990.

Le Pr Henry Mintzberg précise au "Monde Eco & entreprise" que "les grandes sociétés internationales sont devenues trop souvent des exploiteurs des ressources naturelles et humaines, plutôt que des explorateurs et des innovateurs". C'est, dit-il, la conséquence du triomphe d'un mode de formation des dirigeants qu'il condamnait déjà dans un ouvrage célèbre (Des managers, des vrais ! Pas des MBA, 2005, Ed. d'Organisation). "Les grandes écoles et les MBA forment une élite excellant dans l'analyse, mais qui, bien souvent, ne sait pas ce qui se passe dans l'organisation qu'elle dirige parce que celle-ci est trop grande, de plus en plus grande. Cette élite croit que le management est une science ou une profession, alors qu'il s'agit d'une pratique enracinée dans un contexte chaque fois différent.". La confusion entre le leadership et le management, la pression court-termiste des actionnaires et des marchés financiers, ont écarté la capacité à innover, à s'adapter, au profit de la capacité à "communiquer" avec l'extérieur de l'organisation, à convaincre actionnaires et conseils d'administration plutôt que ses propres salariés - " être doux avec les forts et dur avec les faibles ", résume cruellement Henry Mintzberg.

L'entreprise ne peut plus, dès lors, être une "communauté" dans laquelle chacun a plaisir à s'investir dans un but qui lui est supérieur. Certes, une innovation technologique, un bon positionnement sur le marché, permet à une entreprise de gagner de l'argent. Mais cela lui est beaucoup plus facile si les salariés s'engagent. " Le client sait tout de suite faire la différence entre le sourire affiché par obligation par la caissière de Wal-Mart et la qualité du service rendu par un salarié engagé ", dit-il.

Le coût de l'arrogance managériale et du court-termisme financier est énorme, poursuit-il, car elle oblige à multiplier les contrôles dans l'entreprise et fait supporter à la collectivité le prix des licenciements et du malaise au travail engendrés par la quête permanente d'économies, les fusions-acquisitions incessantes. Sans parler du coût macroéconomique de la construction de monopoles autour de ces firmes géantes.

Dans un article de la Harvard Business Review publié en 2009, " Rebuilding Companies as Communities ", Henry Mintzberg s'interrogeait sur la possibilité de restaurer dans les grandes entreprises des communautés de travail à l'exemple des premiers pas de ce que furent Apple et Google. Aujourd'hui, il cite bien quelques exemples, comme British Airways ou Ford, dont les dirigeants, en s'investissant sur le terrain, ont pu retisser un moment le lien perdu, avant de le perdre à nouveau. Il reconnaît également les efforts de certaines entreprises qui, dans une démarche de "responsabilité sociale", "gagnent de l'argent en faisant du bien", par exemple en créant les produits et les services qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique ou la pauvreté. "Mais penser que cela peut changer le monde, c'est être naïf : il y a toujours plus d'entreprises qui exploitent que d'entreprises qui innovent. On peut gagner beaucoup d'argent en étant irresponsable, les incitations aux mauvais comportements restent les plus fortes."

A la question : "Les entreprises peuvent-elles, en changeant de modèle, résoudre les problèmes de la planète ?", la réponse d'Henry Mintzberg est : "Clairement non. "  Les gouvernements non plus, d'ailleurs, car "ils sont de plus en plus contrôlés par les grandes entreprises, surtout aux Etats-Unis. La seule différence entre l'Afrique et les Etats-Unis, c'est que la corruption, aux Etats-Unis, est légale. En France, il s'agit plutôt d'un cercle fermé de dirigeants communs ".

Pour le Pr Mintzberg, la crise du capitalisme, provoquée par un trop fort déséquilibre au profit des grandes entreprises et des marchés financiers, ne pourra être résolue que si " le secteur privé est plus responsable, le secteur public plus respecté et le secteur "pluriel" plus robuste ". Il définit le secteur pluriel comme les modes d'organisation issus des mouvements sociaux : associations, ONG, écoles et hôpitaux non lucratifs, syndicats, coopératives de clients, de fournisseurs ou de travailleurs - autant d'organisations qui ont, par nature, plus de facilité à créer une dynamique communautaire de création de valeur, et à adopter un comportement " responsable " vis-à-vis des " biens communs " -, ressources naturelles et communautés humaines.

Le rééquilibrage du capitalisme passe, selon M. Mintzberg, par la mise en évidence du poids, déjà important, de ce secteur pluriel dans l'économie. " Certains pays, comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, doivent le développer face au poids écrasant du secteur privé ; d'autres, comme la Chine, le doivent également face au poids tout aussi écrasant du secteur public ; le Brésil, peut-être l'Inde, sont à mon avis les plus proches de l'équilibre entre les trois secteurs, et sont en ce sens les meilleurs agents du modèle économique à venir. "

Mais on ne peut régler les problèmes posés par la domination du secteur privé par la seule croissance du secteur pluriel. Il est tout aussi nécessaire de faire évoluer les grandes entreprises vers plus de responsabilité et vers un meilleur partage de leur gouvernance. " La pression et les idées qui permettront cela, conclut Henry Mintzberg, viendront d'abord des mouvements sociaux. ". Article paru dans Le Monde du 22 mai 2012. Antoine Reverchon.

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Henry Mintzberg est né en 1939 et est ingénieur diplomé. Plus tard, après avoir obtenu le diplôme de gestion de l'Université McGill ainsi qu'un doctorat à la Sloan School of Management (Massachusetts Institute of Technology) en 1964, Henry Mintzberg s'oriente vers la recherche en gestion, en management, en organisation et en stratégie. Il est titulaire de la chaire Cleghorn à la faculté d'administration de l'université McGill de Montréal, où il enseigne depuis 1968. Il est l'un des pionniers de l'approche sociologique de la gestion, en réalisant une thèse, publiée en 1973, décrivant une semaine de la vie de cinq directeurs généraux d'entreprise (publié en français, en 1984, sous le titre Le Manager au quotidien - les dix rôles du cadre, Editions d'organisation). Au travers de 150 articles et une quinzaine de livres, M. Mintzberg a offert une description à la fois empirique et structurée du fonctionnement des firmes. Dès 1994, il adopte une vision plus critique avec son ouvrage Grandeur et décadence de la planification stratégique (publié en français en 2004), ou, en 2004, Managers, not MBAs (2005 en français), dans lequel il attaque l'enseignement des " business schools ", prônant son remplacement par la formation continue des managers en activité. Dans Managing, publié en 2012 en français (Vuibert), il renoue avec une approche plus descriptive et prescriptive. En revanche, la parution, mi-2012, qu'il vient d'annoncer sur son site (www.mintzberg.org), du " pamphlet " (selon ses termes), Rebalancing Society, devrait lui faire renouer, à 72 ans, avec la virulence critique qui a fait sa réputation.


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