Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Qui Sommes-Nous ?

  • : Le site de Attac Villeneuve d'Ascq
  • Le site de Attac Villeneuve d'Ascq
  • : Site du comité local d'Attac France de Villeneuve d'Ascq (59) à destination des militants et sympathisants. Fondée en 1998, Attac promeut et mène des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, sociale, économique, environnementale et culturelle dans l’ensemble du monde. Attac est un mouvement associatif altermondialiste et d'éducation populaire reconnu par l'Etat.
  • Contact

Attac ...c'est aussi

retrouvez nous sur        Facebook

 

pour plus d'informations    contactez nous 

 

ou allez visiter le site      ATTAC France

Recherche

A noter sur vos agendas

 

Pour voir toutes les dates et informations détaillées,

Suivez le lien : 

 

L'agenda complet d'ATTAC VA 
 

 

radio ATTAC

retrouvez les émissions radio d'ATTAC Lille et d'ailleurs

Angle d'ATTAC sur Radio Campus 106,6 mhz

Sociologie de Lille ! avec Fabien Desage maitre de conférences Lille 2 CERAPS samedi 17 juin 12h à 13 h

La prospérité sans croissance ! avec Jean Gadrey 20 mai 2017

Questions sur l'Europe 2ème volet  29 avril  2017

Questions sur l'Europe ! 15 avril 2017

Faut il attendre la croissance ? avec F Jany-Catrice professeur à Lille 1,18 mars 2017

 

 

 

 

6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 08:30

Pour réaliser leur étude, Stefania Vitali, James Glattfelder et Stefano Battiston (Ecole Polytechnique de Zurich), ont extrait de la base de données Orbis 2007 (produite par la société d'études privée belge Bureau van Dijk), qui référence 37 millions d'entreprises et d'investisseurs, les 43 060 entreprises dont le profil correspond à la définition de la firme multinationale par l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Les chercheurs ont identifié tous les liens de détention d'actions partant de ou allant vers ces firmes, soit 1 006 987 liens impliquant 600 508 acteurs. Puis ils ont cartographié ce réseau.

Sa morphologie a la forme d'un "noeud papillon" dont le centre est formé de firmes fortement interconnectées - les trois quarts de la propriété des firmes du centre sont entre les mains des firmes du centre - et les parties externes où les firmes sont reliées par des réseaux plus univoques, qu'elles soient détentrices ou détenues.

Image1

 

Détention

Capitalisation boursière mondiale

La capitalisation boursière mondiale des entreprises cotées s'élevait, au 21 novembre, à 48 578 000 milliards de dollars (36 416 600 milliards d'euros). Les volumes d'actions échangées chaque mois sur les Bourses mondiales représentent 3 000 à 5 500 milliards de dollars.

L'encours des actifs confiés aux vingt plus grands gestionnaires de fonds - ils ne comportent pas que des actions, mais aussi des obligations (d'entreprise ou d'Etat), des produits financiers dérivés, des actifs immobiliers, etc. - dépassait, à la fin de l'année 2010, 26 300 milliards de dollars.

Mais la détention d'actions n'est pas forcément synonyme de contrôle des décisions stratégiques au sein des entreprises. La présence d'administrateurs véritablement indépendants - à la fois des principaux actionnaires et de la direction - et le non-cumul des mandats sont, dans les principes reconnus de la bonne gouvernance, une façon d'équilibrer le poids des grands détenteurs d'actions au sein des conseils d'administration des entreprises.


Gérants de fonds-LM-29-11-11

Repost 0
Published by Le Monde - dans Economie
commenter cet article
3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 10:36

 

Le comité local Attac VA a organisé le mercredi 30 novembre une réunion information débat sur

L'agriculture régionale dans son contexte européen et mondial 

 

Confédération PaysanneAntoine Jean et Matthieu Glorian de la Confédération Paysanne Nord Pas de Calais ont captivé la quarantaine de personnes présentes pendant près de deux heures. Dans un duo très vivant, complémentaire et imagé, ils ont abordé quatre grands points:

  • Etat des lieux de l'agriculture régionale
  • La réglementation, la PAC, les aides, les subventions
  • Le contexte économique, les trusts, les partenaires, les réseaux   
  • Convergences : Attac – Confédération Paysanne - Associations... 

Comme l’a écrit Jean Gadrey « remarquable débat hier soir, en remerciant les deux intervenants passionnants de la Confédération Paysanne, c'était intellectuellement stimulant, chaleureux et... délicieux (le casse-croûte Pévèlois) ». La soirée s’est en effet clôturée en partageant des produits de fermes de la Pévèle.

Le texte ci-dessous tente de rapporter quelques éléments de l’agriculture régionale dans son contexte..

    

Etat des lieux de l’agriculture régionale

La surface agricole utile représente 66 % de la surface de la région. Alors que la région n’occupe que 2,3 % du territoire national, elle représente près de 3 % du nombre d’exploitations et regroupe 3 % des actifs agricoles.

La surface moyenne des exploitationsest de 53 ha pour le Nord, 69 ha pour le Pas-de-Calais. Près de la moitié des terres  en céréales, 1/5 en herbe.  

Les grandes cultures dominent et sont en augmentation (35% en 2000, 44% en 2010). Idem pour les grandes exploitations(42% en 2000, 50% en 2010) qui produisent 86% du total et occupent 80% de la surface. Les exploitations sont classées en grandes, moyennes et petites suivant leur potentiel de production : > à 100000€ pour les grandes, > à 25000 pour les moyennes et < à 25000 € pour les petites. Les petites exploitations ont reculé de 26% à 20 % entre 2000 et 2010.

Un quart des exploitations ont disparu en dix ans et deux sur trois en quarante ans. Les terres sont reprises majoritairement pour l'agrandissement de grandes structures.

11% exploitations pratiquent une activité de diversification(transformation des produits, hébergements).18% commercialisentdes produits par circuit court : pour 45% cela représente moins de 10% du chiffre d’affaires, alors que pour 24% c'est  plus de 75%.  2% des exploitationssont en agriculture biologique et 2 % envisagent de se convertir dans les 5 ans à venir. 

27 300 hommeset femmes travaillent dans les exploitations agricoles (16900 exploitants, 6200 conjoints et emplois familiaux) :59 % du travail est fait par les chefs d’exploitation et les co-exploitants.Le travail familial est en retrait : 14 % en 2010 pour 19 % en 2000, mais maintien de la main d’oeuvre salariée : 4 200 personnes en 2010. Le recours à des prestataires « extérieurs » (entreprises de travaux agricoles ou aux Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole) concerne  87% des  exploitations en 2010, contre 55 % en 2000.

Le contexte local n'est pas favorable à l'agriculture paysanne :la productivité des terres, le prix du droit au bail (98%des exploitationsconcernées par le fermage)n'incitent pas à la désintensification. La pression foncière est grande, due à l'habitat individuel mais surtout à l'urbanisme commercial, aux zones logistiques routières. La course à l’agrandissement des superficies, la pression du foncier font s’envoler les droits de reprise à l’hectare, (appelée fumures et arrière-fumures) selon les barèmes environ 1000 € par ha, dans la pratique jusqu’à 15000 € l’ha…..

23 % des chefs d’exploitations et co-exploitants ont moins de 40 ans, 13 % ont plus de 60 ans. Les exploitants sont relativement jeunes mais le vieillissement est problématique pour la reprise des exploitations : 1 installation pour 3 départs aujourd'hui. Les aides vont vers les plus grandes installations, le montant des reprises est élevé, et il y a peu d'encouragement du cédant. Si des mesures régulatrices et redistributrices ne sont pas prises sur le marché du foncier, l’agrandissement des exploitations continuera à avoir le dessus sur l'installation.

L’agrandissement des exploitations favorise une approche capitalistique qui entraîne une spécialisation des cultures (blé, betteraves) et aboutit à une dégradation des sols par absence de diversité.

 Pour en savoir plus sur la Confédération Paysanne dans notre région

 

La réglementation, la PAC, les aides et subventions

Mise en place en 1962, la Politique Agricole Commune(PAC) a pour objectifs d’accroître la productivité de l’agriculture, d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, de stabiliser les marchés, de garantir la sécurité des approvisionnements, d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Elle représente environ 40% du budget européen, c’est la seule politique commune. La France contribue moins qu'elle ne reçoit de l'UE.

Les agriculteurs bénéficient d'aides indirectes (les prix garantis qui assurent aux agriculteurs un prix minimum pour leur production en comblant la différence entre prix du marché et prix garanti).

Les réformes de 1992 et 1999 ont cherché à s’aligner sur l’OMC en baissant les prix garantis et en les remplaçant par des aides directes. La réforme de 2003 les a poursuivies. Désormais, les aides ne sont plus liées à la production, sauf aides aux productions animales. Les agriculteurs touchent un paiement unique par hectare (450 € à l’ha pour les céréales, 100 € pour les pâtures), à la condition de respecter des normes européennes (très peu contraignantes) en matière d’environnementet de sécurité alimentaire. La réforme intermédiaire de 2009 (bilan de santé) a confirmé cette direction. Lesprix sont fixés par les marchés mondiaux et les grands groupes.

Ces aides, proportionnelles à la superficie de l’exploitation,sont favorables aux « gros »producteurs par rapport aux « petits ». Les grands bénéficiairessont les grandes cultures, les gros élevages industriels, les entreprises agroalimentaires, les sociétés anonymes de productions, même si aujourd’hui il existe une modulation de 10 % pour les herbagers, la reconversion bio, etc. La prochaine réforme (2014) ne devrait pas apporter grand changement.

Suite à une crise de surproduction laitière vers 1980, la politique des quotas laitiers a été mise en place en 84 pour limiter la production, maintenir les revenus. Ca n’a pas empêché la restructuration et l’assujettissement des producteurs aux grands groupes laitiers. En 2003 il est décidé d’arrêter les quotas en 2015, avec une augmentation de 1% par an, d’où la crise de 2009.

Il existe d'autres niveaux d'aides à l'agriculture : national,  régional, départemental, communautés de commune et même municipal). Il existe également des aides à l’installation. Ces aides sous forme de co-financement DRAF,Europe, …demandent des montages financiers complexes et contribuent le plus souvent à développer l’industrialisation de l’agriculture (grands silos, grosses installations,…).

Il existe une Surface Minimum d’Installation, dans la région elle est de 44 ha en grande culture. En dessous d’une demie SMI, le paysan est non professionnel, il est cotisant solidaire (à la Mutualité Sociale Agricole). Les cultures spécialisées bénéficient d’une pondération (x 5 pour les endives par ex). Les cotisants solidaires ont une assurance accident et maladie mais ne touchent pas de retraite, ne votent pas aux élections professionnelles. S’ils choisissent de se mettre au bénéfice réel (80000 €de CA) ils sont reconnus agriculteurs. Il y a 100 000 cotisants solidaires en France. Pour certains, il s'agit de vrais professionnels.

Pour en savoir plus sur la position de la Confédération Paysanne sur la PAC

 

Le contexte économique, les trusts, les partenaires, les réseaux

 Il existe d'autres niveaux d'aides à l'agriculture : national,  régional, départemental, communautés de Le Pas-de-Calais et le Nord sont respectivement les 2ème et 4ème départements agroalimentaires français ; cette industrie génère un peu plus de 25 000 emplois. La région est 1ère pour les endives, pommes de terres ; 2ème pour le houblon, le chou fleur, le lin textile, les oignons ; 3ème pour la betterave, plants de pommes de terres, poireau ; 4ème pour le porc, les haricots verts ; 5ème pour le lait ; 6ème pour le blé.

Plus de 95% de l'alimentation passe par les IAA et la grande distribution. La dépendance est « totale » pour les plants et semences, les traitements, la vente des produits (céréales,pommes de terres, légumes,…). Les industriels laitiers veulent passer des contrats individuels avec chaque producteur sans organisation représentative.  La confédération paysanne appelle à rejoindre un groupement de producteurs.

La grande distribution détourne à son profit le mot « ferme » et les « produits fermiers » (la ‘ferme’ du Sart)

La FNSEA est le principal (seul) partenaire reconnu dans les instances de régulation et négociation.

La grosse difficulté pour les agriculteurs est la volatilité des prix agricoles. Elle impacte considérablement le revenu des exploitations. Elle entraîne des changements de production dommageable aux exploitants par exemple une augmentation de la production de poulets quand il se vend bien, puis crise et mévente, idem pour les pommes de terre ou les endives. Les prix dépendent uniquement des ‘marchés’. Facilités par la dérégulation des prix agricoles, les comportements purement spéculatifs ont, ces dernières années, largement investi les marchés agricoles, contribuant ainsi à amplifier leur volatilité.

 

Convergences : Attac - Confédération Paysanne – Associations …

  Quelques propositions de la Confédération Paysanne :

Deux enjeux majeurs de l'agricultureà venir :

   -  changer les systèmes de production vers des systèmes plus autonomes, plus relocalisés avec pour objectif de fournir une alimentation saine et diversifiée à tous,

  - assurer un revenu aux paysans, condition sine qua non pour maintenir et installer des paysans sur tous les territoires et les accompagner vers des changements durables de systèmes de production

Pour une politique publique du foncier agricole pour maintenir une agriculture vivante, paysanne et économiquement viable : des outils de gestion publique et donc une législation qui interdise la spéculation et les agrandissements sans limites.

L’agriculture peut redevenir un gisement d’emplois pour cela il faut promouvoir

-   des politiques protectionnistes dans le sens du refus de l'importation de produits soumis à des normes sociales et environnementales inférieures aux nôtres (souveraineté alimentaire).

-   une politique agricole d'autonomie alimentaire européenne (mettre fin à la « vocation exportatrice » de céréales et importatrice de protéines végétales). Sortir de l'agriculture productrice de minerai à bas prix

-  une régulation de l'économie des filières pour une plus juste répartition de la valeur ajoutée : remettre en cause le monopole de la grande distribution et taxer les dividendes des actionnaires

-  une politique d’installation volontariste impliquant tous les acteurs des territoires, collectivités, pouvoirs publics, organisationsprofessionnelles agricoles facilitant l’accès au statut d’agriculteur aux porteurs de projets vivables

- une remise en cause de la fiscalité des entreprises car trop de revenus échappent à l'assiette de calcul des cotisations sociales.

La prise en compte des questions sociales, environnementales et énergétiques est un enjeu majeur pour les générations futures, avec un appauvrissement de la biodiversité, une appropriation du vivant par les multinationales toujours plus forte, un défi énergétique à relever avec la difficulté de savoir intégrer ces préoccupations dans un environnement social.

 Téléchargez les dix mesures pour sauver et installer les paysans

Repost 0
Published by Ch. d.H. - dans Economie
commenter cet article
22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 20:40

Alternatives Economiques

Les économistes « hétérodoxes » insistent à juste titre sur la nécessité de concevoir la discipline économique comme une science sociale ouverte, comme une « économie politique ». Je voudrais ici plaider pour une autre exigence, plus ou moins complémentaire, mais distincte. C’est celle de l’économie comme « science citoyenne ». Dans les deux cas, il s’agit d’ouverture et de pluralisme. Ouverture, dans le premier cas, sur les savoirs d’autres disciplines et sur leur croisement. Ouverture, dans le second cas, sur la cité, sur les savoirs qui y naissent, sur le dialogue avec la « société civile ».

Cette seconde exigence bouscule peut-être plus que la première l’ordre existant et les tours d’ivoire de l’expertise confinée, mais ses avancées provoqueraient certainement des progrès dans la première dimension, celle de l’ouverture dite interdisciplinaire. Pour une raison simple : les savoirs des non spécialistes ne sont pas, eux, cloisonnés verticalement comme le sont trop souvent ceux des économistes et plus généralement des chercheurs. L’expertise des « non experts » peut venir enrichir celle des experts de profession et modifier non seulement leur vision du monde mais aussi les concepts et méthodes qu’ils privilégient, leur définition de l’économie comme discipline et de ses objectifs.

Mais d’abord, qu’entend-on par « sciences citoyennes » ? Ces termes ont désormais sinon une reconnaissance institutionnelle, au moins une trajectoire, des avocats, des organismes et associations qui s’en réclament, mais aussi des chercheurs qui les promeuvent. Il ne s’agit pas seulement de « mettre la science au service de la société », selon une formule un peu trop vague. Il s’agit de réinstaller la société au cœur de l’activité scientifique, non pas pour que les « profanes » fassent le travail des chercheurs, mais en vue d’un dialogue permanent, incluant des controverses, sur les orientations, les thèmes prioritaires, les conditions d’avancement, les résultats, leur diffusion et leur usage. On peut se reporter pour plus de précisions à la charte de l’association « Sciences Citoyennes » rédigée lors de sa création en 2002 (http://sciencescitoyennes.org/).

L’une des limites de l’approche des sciences citoyennes est qu’elle ne vise pour l’instant que les sciences dites dures et leurs applications industrielles ou militaires. Or l’économie devrait être tout autant concernée que les sciences de la nature et de la vie par cette exigence de citoyenneté, pour deux raisons. La première est que l’économie, dans sa version dominante, est devenue un instrument majeur d’impérialisme symbolique et politique. C’est au nom de prétendues lois de l’économie (la pensée unique) qu’on impose l’austérité aux peuples, les privatisations, les critères de Maastricht, l’impératif de croissance à tout prix, la prétendue indépendance de la BCE, etc. Les économistes (pas n’importe lesquels) règnent en maîtres au FMI. Or, dès lors que cette institution prend des décisions ayant de considérables conséquences sociales, il serait légitime que ses groupes d’experts intègrent d’autres disciplines ainsi que des personnalités des syndicats, ONG et associations, sans même parler de l’exigence d’une réforme profonde de ses missions et statuts dans le cadre des Nations Unies.

La deuxième raison qui conduit à retenir l’économie dans la liste des sciences (potentiellement) citoyennes est que les innovations économiques et financières, les produits dérivés et autres inventions qui ont valu le « Nobel » à des apprentis sorciers, ont joué un grand rôle dans l’effondrement financier, économique et social depuis 2008 et encore aujourd’hui. Puisque le contrôle citoyen des risques majeurs est au cœur de la démarche des sciences citoyennes, alors oui, l’économie est concernée !

Il est probable que, sans reprise en main par les citoyens non seulement de la finance et des politiques économiques, mais aussi DES SAVOIRS ECONOMIQUES qui constituent les cadres cognitifs de ces dernières, la crise actuelle va s’aggraver, peut-être de façon dramatique. Les « savants fous » n’existent pas seulement du côté des questions du climat, des OGM, du nucléaire ou de l’embryon humain. L’homo demens est une espèce assez répandue également chez les économistes les plus influents. La « technoscience » - un néologisme qui désigne le complexe scientifico-industriel qui va du laboratoire au marché et inversement - existe aussi en économie, avec les mêmes appuis et lobbies d’affaires. Les dégâts planétaires liés au règne de la théorie et de la pratique de la maximisation du profit ou de la valeur pour l’actionnaire ne sont pas moindres que ceux de l’agriculture productiviste, et d’ailleurs ils sont liés. Vous trouverez dans mon prochain billet, avec le cas non isolé de Lawrence Summers, un bel exemple des ravages humains auxquels peut conduire l’économisme dominant.

On ne sortira pas des crises à répétition, qui vont en s’aggravant, sans retirer aux économistes « éminents » le monopole de la violence symbolique légitime (sur les savoirs en économie) que les dominants leur ont accordé sur un plateau parce que cela servait leurs intérêts. On n’en sortira pas sans initier de nouveaux processus de production de l’économie politique, sociale et écologique, en relation étroite avec les ONG, les associations, les syndicats, certains réseaux sociaux et certains élus, ou encore les « indignés » du monde. « Occupy economics » et pas seulement Wall Street !

Des sociologues de l’innovation ont appelé cela la « recherche de plein air », par opposition à la « recherche confinée », au sens de son confinement social entre pairs et ex-pairs… Ils ne pensaient pas alors à l’économie. On est bien forcés d’y penser aujourd’hui.

Il ne suffit plus, même s’il s’agit d’atouts, que les économistes aillent sur des « terrains », ou dialoguent avec les acteurs les plus concernés par leurs travaux, ou se préoccupent d’éducation populaire, ou maintiennent des postures critiques à l’égard des fausses évidences de la pensée unique. Il faut et il faudra de plus en plus mener des recherches AVEC des non chercheurs de profession, car ces « profanes » se révèlent souvent d’excellents experts - avec leurs mots et leurs catégories, qui ont bien entendu aussi leurs limites - de leur vie, de leur travail, de leur environnement, des rapports sociaux et des finalités à poursuivre. Leurs savoirs, s’ils sont hybridés avec ceux des économistes de profession les plus ouverts à cet échange, peuvent infléchir et enrichir les analyses et les projets.

Cela n’a aucune raison d’aboutir à une perte d’indépendance intellectuelle des chercheurs. Dans ce cas comme dans d’autres, l’indépendance dans l’interdépendance peut résulter de délibérations au terme desquelles les économistes choisiraient librement de troquer l’arrogance contre la modestie impliquée, et le splendide isolement de la pureté modélisée contre le dialogue avec ceux et celles dont ils sont supposés interpréter les pratiques.

On doit à Keynes cette formule : « Si les économistes pouvaient parvenir à ce qu’on les considère comme des gens humbles, compétents, sur le même pied que les dentistes, ce serait merveilleux ! ». Ce serait en effet un progrès, mais Keynes n’est pas allé assez loin. Ce n’est pas d’économistes dentistes dont nous avons besoin, car il ne s’agit pas de soigner les caries locales d’un corps sain, mais les maladies invasives du corps social tout entier : la démesure du capitalisme, les excès de pauvreté et de richesse, le pillage de la nature. Nous avons besoin d’économistes citoyens et de coproduction des diagnostics et des « soins », et peut-être plus encore de prévention économique, sociale et écologique.

 

Source : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey

ANNEXE
Deux livres récents s’approchent un peu de l’idée d’économie citoyenne. Le premier, « Petit cours d’autodéfense en économie » (Lux éditeur, près de 500 pages, 25 euros) est la traduction française d’un livre publié en 2008, avant la crise, par un Canadien, Jim Stanford, économiste exerçant sa profession au sein du syndicat des travailleurs de l’automobile, fondateur du réseau canadien d’économistes progressistes. J’ai des réserves sur certains points, mais c’est une approche très accessible. Le point de vue d’un économiste syndicaliste critique importe pour une économie citoyenne, avec d’autres.

Le second livre est un savoureux petit e-book de Claude Garcia, « 40 blagues commentées pour mieux comprendre l’économie », accessible sur le site « Le web pédagogique » (fichier pdf, 21 pages, 5 euros) via ce lien : http://lewebpedagogique.com/boutique/ebook-40-blagues-commentees-pour-mieux-comprendre-leconomie/

Repost 0
Published by attaclillemetropole - dans Economie
commenter cet article
18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 09:48

L-art-d-ignorer-les-pauvres.png

Pour ceux qui n'ont pu se rendre à la conférence-débat conjointe de Laurent Cordonnier et de Jean Gadrey dans le cadre de Cité Philo ce jeudi 17 novembre 2011, ils peuvent néanmoins trouver de la matière à réflexion et action politique dans l'ouvrage que viennent de sortir Le Monde diplomatique et les éditions Les Liens qui libèrent.

  Ceux-ci présentent le premier titre de la collection Prendre parti. Une sélection dʼarticles issus des archives du Monde diplomatique abordant les questions cruciales dʼaujourdʼhui et de demain.

 

"Je voudrais livrer ici quelques réflexions sur l’un des plus anciens exercices humains : le processus par lequel, au fil des années, et même au cours des siècles, nous avons entrepris de nous épargner toute mauvaise conscience au sujet des pauvres. Pauvres et riches ont toujours vécu côte à côte, toujours inconfortablement, parfois de manière périlleuse... Les problèmes résultant de cette coexistence, et particulièrement celui de la justification de la bonne fortune de quelques-uns face à la mauvaise fortune des autres, sont une préoccupation intellectuelle de tous les temps. Ils continuent de l’être aujourd’hui." John Kenneth Galbraith.

Suivi de :  Économistes en guerre contre les chômeurs de Laurent Cordonnier.
Du bon usage du cannibalisme de Jonathan Swift.

L'Art d'ignorer les pauvres, 80 pages, Les Liens qui libèrent, 2011.

 

Introduction de Serge Halimi :

« Il y a deux manières de favoriser le retour au travail des chômeurs, expliquait en 2010 l’hebdomadaire libéral The Economist. L’une est de rendre inconfortable ou précaire la vie de ceux qui reçoivent une allocation chômage ; l’autre consiste à faire que la perspective d’un emploi devienne viable et attirante. » La question de la « viabilité » d’une recherche d’emploi est cependant posée quand le taux de chômage atteint ou dépasse les 10 %. Et l’« attrait » du travail salarié décline quand les rémunérations se tassent, quand le stress et les pressions se multiplient. Reste alors à rendre encore plus « inconfortable ou précaire » le sort des chômeurs.

Telle est la stratégie que les libéraux au pouvoir et les organisations économiques internationales poursuivent depuis une trentaine d’années. Les articles de John Galbraith et de Laurent Cordonnier le rappellent avec une ironie ajustée au cynisme qu’ils exposent. Avec le texte bien antérieur de Jonathan Swift (1729) qui conseillait aux pauvres d’échapper à la misère en saignant leurs enfants afin de les commercialiser sous forme de « nourrisson de boucherie », plutôt que de se saigner eux-mêmes à élever leur progéniture au risque de la voir ensuite déraper dans le crime et servir de gibier de potence, on passe de l’ironie à l’humour sardonique.

L’intérêt d’un tel registre tient à ce qu’il nous éclaire en nous épargnant l’emphase indignée, les émollientes pleurnicheries. Car qu’il s’agisse des propriétaires fonciers irlandais, des économistes de l’école de Chicago entourant Ronald Reagan, ou de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), leur opposer une protestation morale, faire appel à leurs sentiments n’aurait guère de sens. Riches, instruits, intelligents (le plus souvent...), c’est en effet en connaissance de cause qu’ils défendent une philosophie sociale conçue à leur avantage et qui, sans qu’on la caricature trop, se résume presque toujours ainsi : les riches seraient plus entreprenants s’ils payaient moins d’impôts ; les pauvres seraient plus travailleurs s’ils recevaient moins de subsides.

Des parrains aussi anciens que prestigieux fondent cette doctrine. Emissaire de la révolution américaine à Paris et rédacteur de la Déclaration d’indépendance, Benjamin Franklin estimait dès 1766 que, « plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire. » En somme, abandonner les indigents à leur sort serait un moyen de leur rendre service. L’avarice devient ainsi une forme intellectuellement avancée de générosité humaine voire, osons le mot, d’aide sociale.

En temps ordinaires, une théorisation aussi aboutie de l’égoïsme serait déjà presque irrésistible. Que dire alors des temps de crise, des moments où la plupart des gouvernants nous serinent que « les caisses sont vides », qu’un endettement croissant menacerait « l’avenir de nos enfants » ? Instruit du danger collectif, de l’urgence de « faire des sacrifices », chacun imagine alors assez volontiers que, même en période d’austérité, il serait, lui, mieux remboursé de ses soins (lorsqu’il tombe malade), mieux compensé au cours de ses périodes d’inactivité (quand il devient chômeur), si d’autres, forcément moins méritants, ne l’étaient pas autant.

On le sait assez : sitôt que la confiance en l’avenir se lasse, que les murs se referment sur eux, les gens se dressent les uns contre les autres - surtout s’ils se côtoient et se concurrencent pour un même type d’emploi, de logement, d’école. Le soupçon que son niveau de vie médiocre ou le montant excessif de ses impôts s’expliqueraient par les avantages innombrables dont bénéficieraient les « assistés » alimente un baril de ressentiments que la moindre étincelle peut faire exploser. Les pyromanes ne manquent pas. En un sens, les rationalisations distinguées du Fonds monétaire international (FMI), de l’OCDE, des « boîtes à idées » ou de la Banque centrale européenne ont pour vocation d’encourager les gouvernants et les journalistes à frotter l’allumette.

Alors, sus aux parasites ! Le « devoir d’informer » va se charger de nous détailler la vie de château qu’ils mènent. « Quand on est RMiste, relevait ingénument Le Point du 28 septembre 2006, on a aussi droit à : l’allocation-logement à temps plein ; la suspension de ses dettes fiscales ; l’exonération de sa taxe d’habitation, de sa redevance, de sa cotisation à la couverture-maladie universelle ; l’accès gratuit à la complémentaire santé de la CMU ; la prime de Noël ; le tarif téléphonique social ; la réduction dans les transports, la gratuité des musées, diverses allocations supplémentaires (en fonction de son lieu d’habitation). »

Le 4 juin 2011, Le Figaro Magazine réservait à son tour sa une à une périlleuse « Enquête sur la France des assistés : ces ‘allocs’ qui découragent le travail ». La couverture représentait un jeune homme vigoureux qui, sans doute bercé par la sollicitude de l’Etat-providence, somnolait dans un hamac tricolore. De fait, si ce fainéant touchait le revenu de solidarité active (RSA), il empochait alors d’un coup la somme rondelette de 467 € par mois (700 € pour un couple sans enfant dans la même situation). RSA, « un boulet dont le coût dépasse 10 milliards d’euros », relevait donc Le Figaro Magazine, toujours précis. « Le ras-le bol monte dans les départements », mais les Alpes-Maritimes « se dotent d’une brigade antifraude au RSA, une première en France » se réjouissait-il ensuite dans un encadré nous signalant que « seize contrôleurs sont chargés de vérifier les factures d’eau, de téléphone et d’électricité. Ils travaillent avec la Caisse d’allocations familiales et peuvent croiser divers fichiers administratifs. »

Ni M. François Pinault, propriétaire du Point, ni M. Serge Dassault, propriétaire du Figaro, n’ont habitué les lecteurs de leurs publications à entourer d’autant de faveurs les contrôles de l’Etat, qu’en général ils jugent tatillons, bureaucratiques, inquisitoriaux, surtout quand ceux-ci concernent les grosses entreprises et les riches. Mais il est vrai que MM. Pinault et Dassault comptent au nombre des cent plus grosses fortunes du monde... Avec 11,5 milliards de dollars pour le premier, 9,3 milliards de dollars pour le second, l’un et l’autre disposent d’un montant presque équivalent à ce que coûte chaque année le RSA pour la totalité des Français.

Dès juillet 1984, lors de la convention du parti démocrate de San Francisco, le gouverneur de New York, Mario Cuomo, dressait l’acte d’accusation d’un individualisme libéral qui, Ronald Reagan aidant, avait déjà le vent dans les voiles : « La différence entre démocrates et républicains a toujours été mesurée en termes de courage et de confi ance. Les républicains pensent que le convoi n’atteindra jamais son objectif à moins que certains vieux, certains jeunes, certains faibles ne soient abandonnés sur les bas-côtés de la route. Nous, démocrates, croyons qu’il est possible d’arriver à bon port avec toute la famille intacte. Et nous y sommes parvenus à plusieurs reprises. Nous avons commencé lorsque Roosevelt se dressa de sa chaise roulante pour relever une nation à genoux. Wagon après wagon, frontière après frontière, toute la famille à bord. Chaque fois tendant la main à ceux qui voulaient monter dans notre convoi. Pendant cinquante ans, nous les avons tous menés à bon port, vers plus de sécurité, de dignité et de richesse. N’oublions pas que nous y sommes parvenus parce que notre nation avait confiance en elle. »

Un mois plus tard à Dallas, Phil Gramm lui répondait lors de la convention du parti républicain. Pour cet économiste, qui jouerait plus tard un rôle clé dans la (désastreuse) déréglementation financière américaine, la « famille d’Amérique » de Cuomo ne constituait qu’une ruse sémantique permettant de ne pas parler de l’Etat prédateur. Quant au convoi solidaire qu’avait évoqué le gouverneur de New York, il n’atteindrait jamais sa destination, car la locomotive n’avançait plus tant le train qu’elle tirait était bondé : « Il y a, résuma Phil Gramm, deux catégories d’Américains : ceux qui tirent les wagons et ceux qui s’y installent sans rien débourser, ceux qui travaillent et paient des impôts, et ceux qui attendent que l’Etat les prenne à sa charge. » Conclusion : il fallait débarquer les oisifs et les parasites dans une prairie ou dans le désert si on escomptait encore que la locomotive américaine retrouve sa vitesse de croisière et reprenne son périple vers la nouvelle frontière. Question discours, celui de Mario Cuomo marqua les mémoires ; nul ou presque ne se souvient des propos de Phil Gramm. Soit, mais cette année-là, Ronald Reagan remporta l’élection dans quarante-neuf des cinquante Etats...

La crise financière a porté à son acmé la consternation qu’occasionnent chez les riches les prodigalités déversées sur les pauvres. Dorénavant c’est la majorité de la population qui figure dans la ligne de mire des possédants. Car, ainsi que l’explique Laurent Cordonnier dans cet ouvrage, il s’agit pour eux de diviser le salariat afin de le vaincre tranche après tranche. Ils commencent donc par sa fraction la moins organisée, les chômeurs et les travailleurs immigrés, se réservant pour la fin l’aile la plus coriace, la plus syndicalisée. Isolée, jalousée, dépourvue d’alliés, comment parviendrait elle à défendre très longtemps ce qu’elle a autrefois conquis, et que l’OCDE, les patronats, les gouvernements et les médias ont décrété « privilèges » ?

Il en est pourtant de plus appréciables... Ainsi, depuis 2009, grâce à des injections plantureuses d’argent public, les banques ont retrouvé leurs couleurs. Elles émergent même de la crise financière plus puissantes qu’avant, plus susceptibles encore de prendre les Etats « en otage » lors d’une prochaine tempête. Et elles invoquent le poids de l’endettement, astucieusement mis entre parenthèses tant qu’il fallait débourser des montants dépassant l’entendement pour sauver Goldman Sachs, la Deutsche Bank ou BNP Paribas, comme prétexte... au démantèlement de la protection sociale et des services publics.

On ne sait pas trop si, vivant aujourd’hui, Swift aurait dû forcer son talent pour décrire la juxtaposition audacieuse d’une pratique laxiste amputant les recettes fiscales au profit des riches et d’un discours de « rigueur » visant à refouler les dépenses budgétaires de l’Etat-providence. En France, par exemple, depuis l’élection de M. Nicolas Sarkozy, la droite a successivement réduit les droits de succession, résolu d’éliminer la taxe professionnelle acquittée par les entreprises, et divisé par trois le taux d’imposition des fortunes supérieures à 3 millions d’euros. Le rapporteur général du budget, M. Gilles Carrez (UMP), a précisé par ailleurs que « les plus grandes entreprises, celles de plus de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, paient entre 15 et 20 % de l’impôt sur les sociétés, alors qu’elles réalisent entre 50 et 70 % du chiffre d’affaires ». Ainsi, Total, dont le résultat net atteignait 10,5 milliards d’euros en 2010, n’a pas payé d’impôt sur les sociétés cette année-là. On conçoit donc volontiers qu’un ministre français, M. Laurent Wauquiez, ait dénoncé le « cancer » de l’« assistanat ». Magnanime avec Total, son gouvernement a cependant su récupérer 150 millions d’euros ailleurs, en fiscalisant les indemnités journalières versées aux victimes d’accident du travail.

Swift suggérait qu’à défaut d’être dévorés à temps, les enfants de pauvres importuneraient les passants et dès l’âge de six ans s’emploieraient à les détrousser. En revanche, insistait-il, un « nourrisson de boucherie engraissé à point fournira quatre plats d’une viande excellente ». Devant une telle alternative, comment hésiter ? Le satiriste irlandais ne connaissait pas les textes de l’OCDE, mais déjà à son époque les libéraux proclamaient que la loi du marché celle qui, dans l’Irlande du XIXe siècle, occasionnerait une des plus meurtrières famines de l’histoire de l’humanité résoudrait tous les problèmes, y compris ceux de la surpopulation. Une seule condition : qu’on la laisse jouer à plein. Ceux qui proposaient autre chose ne pouvaient être que de doux rêveurs ou de dangereux agitateurs.

Invoquer l’évidence, l’absence de choix réel, constitue un procédé familier pour garantir que des réformes, parfois un peu bourrues, se déploieront sans résistance. Ainsi, plutôt que de se résoudre, très raisonnablement, à accommoder « un jeune enfant en bonne santé et bien nourri sous forme de fricassée ou en ragoût », des écervelés ne risquaient ils pas à l’époque de proposer de sortir de la misère irlandaise grâce à une fiscalité nouvelle, des droits de douane, une réforme agraire ? Face à des suggestions aussi démentes, hurluberlues, utopiques, le satiriste imaginait cette réplique qui sonne encore aujourd’hui comme un appel à l’action : « Qu’on ne vienne pas me parler de ces expédients ni d’autres mesures du même ordre, tant qu’il n’existe pas le moindre espoir qu’on puisse tenter un jour, avec vaillance et sincérité, de les mettre en pratique. »

Certains de ces expédients utopiques ont sans doute été mis en pratique puisque les repas irlandais n’incluent toujours pas dans leurs menus les mets « excellents et nourrissants » que Swift avait autrefois imaginés.

Source : Le Monde Diplomatique.

Repost 0
Published by Le Monde Diplomatique - dans Economie
commenter cet article
11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 06:00

bastamag

Par Ivan du Roy (9 septembre 2011).

Une étude d’économistes et de statisticiens, publiée en Suisse cet été, met en lumière les interconnexions entre les multinationales mondiales. Et révèle qu’un petit groupe d’acteurs économiques – sociétés financières ou groupes industriels – domine la grande majorité du capital de dizaines de milliers d’entreprises à travers le monde.

davos-forum.jpgLeur étude, à la frontière de l’économie, de la finance, des mathématiques et de la statistique, fait froid dans le dos. Trois jeunes chercheurs de l’Institut fédéral de technologie de Zurich [1] ont scruté les interactions financières entre multinationales du monde entier. Leur travail – « The network of global corporate control » (le réseau de domination globale des multinationales) – porte sur un panel de 43.000 groupes (« transnational corporations ») sélectionnés dans la liste de l’OCDE. Ils ont mis en lumière les interconnexions financières complexes entre ces « entités » économiques : part du capital détenu, y compris dans les filiales ou les holdings, prise de participation croisée, participation indirecte au capital…

Résultat : 80 % de la valeur de l’ensemble des 43.000 multinationales étudiées est contrôlé par 737 « entités » : des banques, des compagnies d’assurances ou des grands groupes industriels. Le monopole de la possession du capital ne s’arrête pas là. « Par un réseau complexe de prises de participation », 147 multinationales, tout en se contrôlant elles-mêmes entre elles, possèdent 40 % de la valeur économique et financière de toutes les multinationales du monde entier. (...) Lire la suite

Repost 0
Published by Bastamag - dans Economie
commenter cet article
25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 09:44

L-Usine-Nouvelle.gif

 

En 2011, c’est la Suisse, qui est première paris 125 économies en matière d’innovation, selon l’indice mondial de l’innovation (GII) de l’école de management Insead, sponsorisé par Alcatel Lucent, Booz&Co, l’office mondial des brevets (Wipo) et la confédération indienne de l’industrie. Les Helvétiques ont même gagné trois places par rapport à 2010. Ils doublent la Suède (2e) et Singapour (3e).

Mais pas trace de la France parmi les 10 premiers. Ni derrière Honk-Kong (4e), La Finlande (5e), le Danemark (6e), les États-Unis (7e), le Canada (8e) les Pays-Bas (9e) et le Royaume-Uni (10e)… Tout le monde fait mieux que la France … Même l’Islande (11e) , l’Allemagne (12e), l’Irlande (13e), Israël (14e), Nouvelle-Zélande (15e), la République de Corée (16e), le Luxembourg (17e), la Norvège (18e), l’Autriche (19e), le Japon (20e), l’Australie (21e).

 

Il faut consulter le rapport intégral sur http://www.globalinnovationindex.org, pour découvrir que la France n’est que 22e (comme en 2010, 19e en 2009) ! Mais quand même devant l’Estonie (23e), la Belgique (24e), la Hongrie (25e), la Qatar (26e), la république Tchèque (27e), Chypre (28e) ou la Chine (29e).

Cet Indice mondial de l'innovation est calculé comme la moyenne des scores obtenus pour les principaux moyens mis en œuvre (qui décrivent l'environnement favorable à l'innovation) et les principaux résultats (qui mesurent les réalisations concrètes en termes d'innovation), explique le communiqué de l’Insead.
Cinq grands domaines constituent le sous-indice des moyens mis en œuvre en matière d'innovation : “institutions”, “capital humain et recherche”, “infrastructure”, “perfectionnement des marchés” et “perfectionnement des entreprises”.
 Le sous-indice des résultats en matière d'innovation se compose de deux domaines : “résultats scientifiques” et “résultats créatifs”. L'indice d'efficacité en matière d'innovation, calculé sur la base du rapport entre ces deux sous-indices, évalue comment les économies tirent parti de leurs environnements favorables pour produire des résultats dans le domaine de l'innovation.

Cet index atypique recèle des surprises. Par exemple, les 10 États les mieux classés selon l'indice d'efficacité en matière d'innovation sont la Côte d’Ivoire, le Nigéria, la Chine, le Pakistan, la République de Moldova, la Suède, le Brésil, l'Argentine, l'Inde et le Bangladesh.

AB

Repost 0
Published by L'Usine Nouvelle - dans Economie
commenter cet article
11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 06:45

France-Inter.gifEmission "Service Public" du 10 mai 2011

N.B. Attention : les points de vue exprimés par certains ne correspondent à la position d'Attac. M.E.

Ils font un tabac à chaque étape de leur tournée en France. Non, il ne s'agit pas d'un groupe de rock mais des "économistes atterrés". Leur manifeste recueille 3.500 signatures, dont 800 économistes universitaires. Ils sont atterrés par les politiques économiques menées en Europe, par les cures d'austérité imposées aux pays fragiles, par la manière dont les économies européennes sont assujetties aux marchés financiers. Les économistes atterrés prônent un autre modèle de politique économique, fondé sur une réforme de la fiscalité et sur l'investissement public. Le manifeste, publié en novembre, a été un étonnant succès de librairie : 70.000 exemplaires vendus (à 5,50 euros). Fort de ce succès, les "atterrés" ont entamé un tour de France et organisent d'ici l'été une quarantaine de conférences-débats dans des facs ou des salles des fêtes. Une tournée européenne est même prévue l'année prochaine, car le manifeste est déjà traduit en dix langues. Dorothée Barba était la semaine dernière à Hellemmes, tout près de Lille, pour une conférence sur le thème de la dette publique. Une grosse centaine de personnes étaient au rendez-vous dans la salle municipale : beaucoup de profs, quelques étudiants, une assistante sociale, un paysagiste, un cadre de santé, etc. Tous voulaient mieux comprendre l'économie et ses enjeux. Les économistes atterrés du jour : Dany Lang (Université Paris 13) et Laurent Cordonnier (Université Lille 1). Dorothée Barba

 

Réécoutez l'émission ici http://sites.radiofrance.fr/play_aod.php?BR=10765&BD=10052011

Invités de l'émission

Philippe Moati

directeur de recherche au Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), Professeur d'économie à l'Université Paris-Diderot


Olivier Pastré

économiste français, co-auteur avec Jean-Marc Sylvestre de « On nous ment » (Ed. Fayard)

Olivier Pastré est professeur à l’Université Paris VIII, membre du cercle des économistes, il présente L'économie en questions sur France Culture tous les samedi matin de 8 h 10 à 9 h


Assen Slim

économiste, auteur de « Consommer moins pour vivre mieux. Idées reçues sur la décroissance » aux Editions Cavalier Bleu

La chronique

Peut-on imaginer un capitalisme sans croissance ?

L’idéologie de la modernité a associé le progrès social à la croissance économique. Si la croissance économique se nourrit de l’avancée des connaissances et des techniques, en retour, l’accroissement des richesses matérielles est garant de l’amélioration des conditions d’existence, de l’allongement de la durée de la vie, de l’élévation du niveau d’éducation, de la diminution tendancielle du temps de travail… L’énergie contenue dans l’économie capitaliste est conçue comme un puissant levier pour l’atteinte des objectifs sociaux. C’est sans doute durant les « Trente glorieuses » que cette idée c’est le mieux incarnée. La main invisible de l’économie – certes, régulée par un Etat keynésien fort – semblait alors œuvrer pour le bien de tous. Depuis, la sacralisation de la croissance reste partagée par la droite et la gauche. La gauche y voit en particulier les conditions d’une répartition plus juste et la source des moyens de financement de l’intervention publique et de la protection sociale. Ainsi, en dépit de l’alternance politique, les gouvernements successifs en sont toujours à rechercher les moyens de relancer la croissance et, avec le contexte de persistance du chômage et de tensions sur le pouvoir d’avoir, on ne prend pas grand risque à parier que la croissance comptera parmi les thèmes majeurs de la campagne électorale à venir.

Pourtant, ce que l’on est tenté d’appeler le pacte faustien entre l’économie et la société est aujourd’hui remis en cause, sous le poids de deux facteurs qui s’expriment chaque jour plus clairement.

Le dogme de la croissance ébranlé

Le premier est la mise en doute de l’idée que la croissance de l’économie amène ipso facto l’amélioration de la situation matérielle du plus grand nombre. La crise de fordisme et la montée d’un capitalisme financiarisé qui a libéré l’économie de nombre de ses régulations antérieures, ne se sont pas seulement accompagnées d’un ralentissement de la croissance. Dans certains pays, et particulièrement en France, elles ont généré un chômage de masse persistent qui touche plus spécifiquement les salariés les moins qualifiés et les jeunes ; elles ont conduit à rogner sur des avantages sociaux durement acquis au cours des périodes précédentes ; la répartition des revenus est devenue plus inégalitaire ; la flexibilisation du marché du travail a accru la précarité et la libéralisation des marchés financiers a favorisé l’instabilité macroéconomique et la succession de crises financières de grande ampleur… Au final, la libération des forces de l’économie semble avoir consommé le divorce entre sa logique propre et l’intérêt collectif. Dans l’Eurobaromètre du printemps 2008, 82 % des Français déclaraient anticiper que leurs enfants auraient une vie moins bonne que la leur (61 % pour l’ensemble des Européens). C’est donc la croyance dans le progrès qui se trouve ébranlée, probablement parce que le développement de l’économie est aujourd’hui pour beaucoup vécu d’abord comme synonyme d’une insécurité croissante, d’approfondissement des inégalités, d’une injonction permanente à la performance sans autre projet collectif que l’amélioration de la rentabilité… La jeune « économie du bonheur » a mis en évidence au plan statistique que, passé un certain niveau, l’accroissement du revenu ne s’accompagne pas d’une élévation du niveau subjectif de bien-être des populations. Ce résultat constitue une attaque fondamentale de la pertinence de la croissance comme objectif des politiques publiques et du PIB comme indicateur privilégié de la richesse et du bien-être.

Le second facteur de remise en cause du pacte entre l’économie et la société réside, bien sûr, dans la question écologique. Il apparaît de plus en plus clairement que la formidable capacité de destruction créative du capitalisme se double d’une puissante faculté de création destructrice qui porte atteinte à l’environnement et déstabilise ma biosphère. La prise de conscience de l’impasse à laquelle nous mène une économie capitaliste fondée sur un modèle de croissance quantitative s’est accélérée au cours de la dernière décennie, à mesure que les experts affinaient leurs diagnostics sur le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources non renouvelables, le recul de la biodiversité… L’opinion publique est aujourd’hui sensibilisée. Si les comportements individuels évoluent vers plus de responsabilité, chacun comprend que les défis à relever imposent des réponses à une autre échelle. Le pessimisme quant à notre capacité collective à y faire face dans les délais que mettent en avant les experts contribue à la crise de l’idéologie du progrès et plus généralement à la sinistrose ambiante.

La croissance se trouve donc sur le banc des accusés. Les partisans de la « croissance 0 » ou de la décroissance sont de retour. Parés d’habits verts, ils ont acquis une nouvelle légitimité et leur audience s’accroît, tout au moins si l’on en juge par l’abondance des publications et l’écho que les médias leur donne. Jusqu’à Nicolas Sarkozy, à l’origine de la commission Stiglitz qui a légitimé (par la présence de trois prix Nobel en son sein) et institutionnalisé la critique de l’assimilation de la production matérielle au bien-être. Si les conclusions des travaux de la commission sont guère originales, elles ont le mérite d’avoir appelé avec énergie à la construction de nouveaux indicateurs permettant de dépasser le sacro-saint PIB, accusé entre autre de ne prendre en compte ni les externalités négatives (notamment sur le plan environnemental), ni le sentiment subjectif de bien-être des populations.

Les partisans de la décroissance ne manquent pas d’arguments pour dénoncer les méfaits de la croissance. Le propos se fait toutefois plus vague et moins consensuel lorsqu’il s’agit d’envisager comment la dépasser, comment définir un cadre alternatif d’organisation de l’activité productive, un autre système économique. Le flou est plus épais encore quant à la manière d’opérer la transition du système actuel vers le nouvel idéal. En réalité, une question fondamentale est rarement posée : une économie sans croissance est-elle imaginable ? Si l’on s’autorise à imaginer une économie autre que capitaliste, tout devient possible. Mais alors, de quelle économie s’agit-il ? Comment opérer le passage du capitalisme à ce nouveau système dans un cadre démocratique ? Les réponses à ces questions sont généralement peu satisfaisantes, sans doute parce que, après l’échec de l’économie planifiée, nous ne disposons pas de modèles alternatifs prêts à l’emploi, ni même d’un modèle un tant soit peu élaboré sur le plan conceptuel. Eu égard à l’urgence de faire face au défi écologique, la véritable question consiste donc à savoir s’il peut exister une économie à dominante capitaliste sans croissance.

Un capitalisme sans croissance ?

A court terme, la réponse semble claire. La crise financière, en nous privant temporairement de la croissance, nous a rappelé notre dépendance à son égard. Sans un niveau minimum de croissance, c’est le chômage qui s’accroît, les comptes publics qui se dégradent, le pouvoir d’achat (qui préoccupe tant les Français) qui stagne ou qui s’érode…

A moyen terme, on voit mal, sans croissance, comme assurer le retour vers l’équilibre des finances publiques et le financement de la protection sociale ; comment faire face aux moyens croissants qu’il faudra consacrer au paiement des retraites, à la satisfaction de la demande en matière de santé, à la prise en charge de la dépendance… Sans croissance, une part croissante du revenu des actifs devra être consacrée au financement d’une protection sociale dont la qualité se trouverait menacée. Face à des prélèvements en progression, le revenu disponible pour la consommation se trouverait amputé, alors même que le retour des tensions inflationnistes sur les produits de base commence à élever le coût des dépenses contraintes, affectant d’abord le pouvoir d’achat des classes les plus défavorisées. Certes, on peut imaginer de vivre heureux en consommant moins, en reconnaissant qu’une part de nos dépenses correspond à des besoins superflus, largement suscités par le marketing de l’offre, que nous avons beaucoup à gagner à découvrir les charmes et les vertus de la « sobriété joyeuse »… Mais, outre que ce modèle de civilisation semble encore loin de séduire les masses, il fait l’impasse sur la question de fond : structurellement, une économie capitaliste peut-elle tout simplement fonctionner sans croissance ?

C’est là une question d’une redoutable complexité vis-à-vis de laquelle les économistes n’ont pas de réponse simple et consensuelle à fournir. Il semble clair que, à l’échelle microéconomique des entreprises, la combinaison de la recherche du profit (exacerbée dans le cadre du capitalisme actionnarial contemporain) et du jeu de l’ « esprit animal » qui anime les entrepreneurs est à l’origine d’une formidable source d’énergie qui pousse vers le toujours plus, le toujours plus loin. C’est d’ailleurs sans doute une des raisons principales qui expliquent que les formes alternatives de gouvernance des activités économiques (entreprises publiques, économie sociale et solidaire, communautés du « libre »…) ont rarement pu s’imposer ailleurs que dans les interstices du système, ses segments les moins rentables, les plus inadaptés à l’activité marchandes. Le capitalisme se pense en mouvement, dans le changement quantitatif et qualitatif permanent. Mais peut-être que ce qui est vrai à l’échelle microéconomique ne l’est pas nécessairement au niveau macroéconomique. Peut-être est-il pensable que les entreprises, une à une, puissent se trouver dans une dynamique de croissance au sein d’une économie globalement stationnaire. A tout le moins, une telle configuration correspondrait à une situation d’extrême violence concurrentielle, la croissance pour les firmes devenant un jeu à somme nul, avec des conséquences sur l’emploi, les salaires… difficiles à imaginer. L’effet des gains de productivité réalisés par les entreprises dans ce contexte conduirait immanquablement, sans croissance macroéconomique, à l’augmentation du chômage. La conversion systématique des gains de productivité en réduction du temps de travail – qui est une option séduisante et qui s’est vérifiée dans le temps long au cours de l’histoire du capitalisme – ferait peser des risques importants sur la compétitivité internationale des entreprises et l’attractivité de la France comme lieu de localisation des activités productives. Bien évidemment, la question se poserait en termes plus optimistes si le changement de logique économique intervenait à l’échelle planétaire. Les difficultés que rencontre la communauté internationale pour réformer – à la marge – un système financier dont chacun s’accorde sur le fait qu’il n’est pas tenable indique à quel point une telle perspective est utopique.

Devant les incertitudes concernant la viabilité d’une économie capitaliste sans croissance, il convient sans doute de déplacer la question en s’interrogeant sur la possibilité d’une autre croissance, qui permettrait de réconcilier l’économie et la société, qui reviendrait à faire rentrer la bête sauvage dans sa cage, et de retrouver les moyens de canaliser sa formidable énergie dans le sens du bien commun. Ce qui est donc en jeu n’est rien moins que de promouvoir un autre modèle de croissance, dans lequel la richesse s’évalue en termes moins quantitatifs que qualitatifs. Une réflexion autour d’un nouveau modèle de croissance susceptible de réconcilier l’économie et la société doit probablement viser l’atteinte simultanée des conditions suivantes : apporter des opportunités de croissance rentable aux entreprises et, au plan macro, un volume d’activité suffisant pour approcher du plein emploi ; mieux satisfaire les besoins des populations ; économiser la consommation de ressources non renouvelables et réduire les émissions de gaz à effet de serre ; promouvoir un emploi de qualité et une répartition des revenus équitable.

Des pistes existent

Des pistes existent, qui commencent seulement à être explorées à une échelle significative, pour un découplage entre la croissance économique et de la consommation de ressources non renouvelables.

Il est bien sûr le développement des énergies nouvelles. Il y a également l’éco-conception, qui consiste à concevoir des biens et des services afin de minimiser l’empreinte environnementale de leur production, de leur consommation et de leur recyclage. Plus loin de l’organisation actuelle de l’activité productive, l’économie circulaire offre des perspectives intéressantes de couplage d’activités complémentaires, les rejets des unes devenant des ressources pour les autres. Un potentiel considérable réside probablement dans la mise en place d’une économie centrée sur la fourniture d’effets utiles aux populations plutôt que sur la production de marchandises en soi. Cela passe par l’adoption de modèles économiques d’entreprise dans lesquels la croissance et la rentabilité passe moins par la quantité de produits vendus mais par la qualité des effets utiles fournis aux clients. L’aboutissement de cette logique est l’économie de la fonctionnalité, qui consiste à substituer la vente de services à la vente de biens, à faire de la satisfactions des besoins l’objet centrale de la relation marchande en lieu et place de la cession de droits de propriété sur des produits, sur le modèle de Vélib ou d’Autolib en matière de mobilité urbaine.

Chacune de ces pistes peut être envisagée dans le cadre d’une économie capitaliste. A condition d’inciter les entreprises à les exploiter énergiquement, car on ne lâche pas si facilement des modèles éprouvés et qui, tant bien que mal, fournissent aux firmes les résultats de court terme escomptés, pour s’engager dans l’aventure incertaine de l’exploration de nouveaux modèles. A ce jour, le rythme est insuffisant. Un accompagnement institutionnel est nécessaire, qui joue simultanément sur les contraintes, les incitations, l’aménagement des règles du jeu concurrentiel. L’émission de droits environnementaux négociables sur des marchés organisés à cet effet ainsi que la fiscalité verte sont a priori des outils puissants. Il nous faut faire preuve d’imagination collective pour Inciter les entreprises à s’engager dans la voie de la qualité, trouver les voies permettant de faire dépendre leur rentabilité de comportements vertueux. Par exemple, mieux informer les consommateurs sur les performances et le coût d’usage des produits est une manière d’orienter la concurrence sur les marchés en direction de la qualité et de la durabilité. Allonger très significativement la durée de la garantie légale sur les produits de consommation est une autre voie d’intégration de la durabilité dans l’équation de rentabilité des entreprises.

Les écologistes et les partisans de la décroissance pourront rétorquer que ce type d’approches, qui tente de composer avec l’existant, sans rupture, n’est pas à la hauteur des enjeux et qu’il est condamné à se heurter aux fameux « effets rebonds » qui fait que les économies de ressources et d’émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être ainsi réalisées, se trouveraient rapidement compensées par les conséquences de la poursuite de la croissance. Peut-être. Mais on aura au moins gagné du temps. Un temps qu’il faudra mettre à profit pour trouver des solutions innovantes, orienter le progrès techniques dans les directions prioritaires. Au cours de l’histoire, le capitalisme a manifesté une capacité d’adaptation spectaculaire, se nourrissant et se renforçant de sa critique. Notre meilleur allié dans les épreuves qui nous attendent est sans doute cette énergie contenue dans ce système. Apprenons (ou ré-apprenons) à la maîtriser pour la mettre au service du bien public plutôt que de prendre le risque de lui porter atteinte.

Philippe Moati

Blog : www.philippe-moati.com

 

Pour aller plus loin :

GADREY J., Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire, Les Petits Matins, Paris, 2010.

JACKSON T., Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable, De Boeck, Bruxelles, 2010.

MOATI Ph., « Cette crise est aussi celle de la consommation », Les Temps Modernes, octobre 2009, pp. 145-169.

PRIETO M., SLIM A., Consommer moins pour vivre mieux ? Idées reçues sur la décroissance, Le Cavalier Bleu, Paris 2010.

STIGLITZ J. SEN A., FITOUSSI J.-P., Richesse des nations et bien-être des individus : performances économiques et progrès social, Odile Jacob, Paris, 2009.

 

Repost 0
Published by M.E. - dans Economie
commenter cet article
4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 08:00

Alternatives Economiques"Les médias veulent des décroissants qui courent nus dans les bois !"

Paul Ariès, Guillaume Duval et Xavier Timbeau débattent de la décroissance. Faut-il sortir du nucléaire ? La question est reposée depuis la catastrophe de Fukushima. Mais sortir du nucléaire suppose, entre autres, de moins consommer d'énergie, et de produire moins. C'est justement le credo des décroissants. Qu'est-ce que la décroissance au juste ? Un mode de vie néo-baba cool, comme aiment le décrire les médias ? Ou est-ce une solution (voire, la seule?) pour résoudre la crise écologique, économique et sociale que nous traversons ?  

Avec Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques, qui explique ce mois-ci qu'il faut "changer de modèle", Paul Ariès, auteur de La simplicité volontaire - Contre le mythe de l'abondance (éd. La Découverte), et Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

Ce débat organisé le 8 avril 2011 est un avant-goût de la conférence-débat et soirée qui sera organisée le 14 mai  à Lille avec Paul Ariès.

Repost 0
Published by attaclillemetropole - dans Economie
commenter cet article
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 19:06

renard-libre-dans-le-poulailler-libreOn se souvient que l’Accord Multilatéral d’Investissement (le tristement célèbre A.M.I), qui visait à donner tout le pouvoir aux multinationales et toutes les obligations aux Etats, avait été balayé par une forte mobilisation en 1998. Depuis, l’A.G.C.S (Accord Général sur le Commerce des Services) et la Directive Bolkestein avaient tenté, au niveau de l’Union Européenne, de faire rentrer par la fenêtre un texte scélérat rejeté par la porte.

Aujourd’hui, la menace revient en force sous la forme d’une Directive services, censée reprendre ce qui constituait la directive Bolkestein (dumping social, principe du pays d’origine) en y mêlant des effets propres visant à favoriser le secteur privé pour toute activité sociale ou de service public à partir d’appels d’offre et de partenariats public / privé, sous couvert d’un respect scrupuleux des Services sociaux d’intérêt général (SSIG), peau de chagrin du service public dans sa version U.E.

Avec cette directive, ce seraient des pans entiers du service public et du secteur associatif qui feraient l’objet d’une mise en concurrence et succomberaient à la logique du moindre coût (et bien sûr du moindre service). Qu’on en juge : petite enfance (crèches), services municipaux, scolaires ou de santé, associations de formation continue … On ne compte plus les secteurs qui seraient balayés potentiellement par cette nouvelle machine à broyer les services publics de proximité.

Des résistances sont possibles, et l’exemple des villes (Villeneuve d’Ascq après Tourcoing) qui refusent publiquement l’application de cette directive, censée s’appliquer depuis décembre 2009, sont encourageants.

Mais seule une forte mobilisation citoyenne pourra écarter définitivement ces machines à privatiser. Seule une forte mobilisation citoyenne pourra reconquérir les espaces du service public – outil de solidarité - livrés au marché, et s’en approprier d’autres. D.D.

Pour en savoir plus sur les enjeux, les actions possibles, venez et faites venir vos amis à la conférence-débat de ce vendredi 15 avril (Voir agenda sur ce même site) à 19 h à Villeneuve d'Ascq.

* L'intitulé complet de cette directive est "directive relative aux services dans le marché intérieur"

Repost 0
Published by D.D. - dans Economie
commenter cet article
9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 11:00

LE MONDE 05-04-2011

 Le Monde

 Le pacte pour l'euro validé par le conseil des chefs d'Etat européens les 24 et 25 mars invite, au nom de la compétitivité, tous les Etats membres à associer évolution des salaires et productivité. Quelles conséquences peut-on en attendre ?

 Le paradoxe de cette clause du pacte pour l'euro est que, depuis une vingtaine d'années, les salaires ont évolué moins vite que la productivité. Dans l'Union européenne (UE), selon les chiffres d'Eurostat, le produit intérieur brut (PIB) par tête a augmenté de 25 % en termes réels entre 1991 et aujourd'hui, alors que les salaires n'ont augmenté que de 12 %. Si la croissance durant cette vingtaine d'années a été non négligeable, c'est en grande partie parce que la faiblesse des salaires a été compensée par l'endettement des ménages, dans de nombreux pays - Etats-Unis, Espagne, Royaume-Uni, Irlande et même en France. Mais ce phénomène de gonflement de la dette privée par substitution au pouvoir d'achat des salaires n'est pas soutenable à long terme. La crise de 2008 a ainsi mis en évidence le problème de la baisse de la part des salaires dans la richesse produite. Lire la suite

 Th.CoutrotThomas Coutrot est économiste et statisticien diplômé de l'Ensae, il est au ministère du travail, où il anime aujourd'hui enquêtes et recherches sur les questions du travail. Il a publié "Jalons vers un monde possible", aux éditions Le Bord de l'eau, et a corédigé le " Manifeste d'économistes atterrés ". Il est membre depuis dix ans du conseil scientifique d'Attac France, dont il est le  coprésident  avec Aurélie Trouvé.
 

Repost 0
Published by M.E. - dans Economie
commenter cet article

La médiathèque d'Attac

Une rubrique sur les lectures, films, musiques qui ont marqués les militants d'Attac Villeneuve d'Ascq

Thèmes