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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 09:09

J.Gadrey2J’ai mis en ligne dans le passé plusieurs billets sur la question des retraites, en proposant notamment d’y réfléchir dans la perspective d’une transition écologique et sociale, une exigence absente des réflexions du COR (Conseil d’orientation des retraites), mais aussi de la plupart des critiques des réformes passées ou en préparation. L’occasion m’a été donnée de prolonger ces idées lors d’un séminaire récent de « l’école de Paris du management » animée par Michel Berry. Le thème : « Peut-on se passer du PIB et de la croissance pour mieux gouverner ? ».

J’ai pris l’exemple des retraites 1) pour illustrer des idées plus générales sur la façon dont le PIB et la croissance interviennent au cœur de la définition des politiques publiques et des « réformes », et 2) pour proposer d’autres façons de procéder. Ce billet et les trois qui vont suivre sont issus de ce débat.

INTRODUCTION

Le thème qui m’a été proposé est le suivant : peut-on penser des modes de gouvernement, des stratégies publiques, et en particulier des méthodes de prévision économique, qui se passeraient du PIB et de la croissance pour « mieux gouverner » ?

J’indique d’emblée que je ne pense pas que, dans les décennies à venir, on puisse se passer du PIB et de la comptabilité nationale EN VALEUR. Je pense même qu’il serait stupide de se priver d’outils d’analyse dotés d’un domaine de pertinence limité, mais utiles.

Avant d’en venir à des propositions alternatives (billets 3 et 4), il faut analyser l’état actuel des choses, ce que je ferai en trois temps : 1) pourquoi le PIB et la croissance sont-ils considérés comme aussi centraux pour gouverner ? 2) Que veut dire concrètement gouverner AVEC le PIB et la croissance comme repères centraux ? 3) Quels sont les fondements macroéconomiques des scénarios de financement à long terme des retraites (objet du billet 2) ?

I. POURQUOI LE PIB ET LA CROISSANCE SONT-ILS CONSIDÉRÉS COMME AUSSI CENTRAUX POUR GOUVERNER ?
On trouve plusieurs explications de la prééminence du PIB et de la croissance DANS LES POLITIQUES PUBLIQUES jugées les plus importantes : politiques économiques, budgétaires et fiscales, politiques sociales au sens large, incluant la sécurité sociale, l’emploi, la santé et l’éducation. Je ne ferai pas état ici des critiques radicales que j’oppose à ces explications ou justifications.

La première explication est simple : la croissance de la valeur du PIB s’accompagne d’une croissance plus ou moins mécanique - TOUTES CHOSES ÉGALES PAR AILLEURS EN TERMES DE TAUX DE PRÉLÈVEMENTS, c’est une précision de taille - des recettes publiques (impôts et cotisations sociales). Cela fournirait, dit-on, les seules vraies « marges de manœuvre » de l’action publique, sous l’angle de son financement. On nous répète que, sans la croissance du PIB, il n’y a pas de progrès possible des interventions publiques, pas de progrès social. Par exemple, on va le voir, tous les scénarios de financement des retraites d’ici 2060 supposent la croissance pendant cinquante ans. Il en va de même pour le remboursement de la dette publique. Et pour surmonter la crise écologique, un remède s’imposerait : la « croissance verte ». On doit à Laurence Parisot cette formule, que tous les constats statistiques démentent : « Un peu de croissance pollue, beaucoup de croissance dépollue ».

La seconde explication, ou justification, est sans doute la plus présente. « Tout le monde sait », dit-on, qu’il n’y a pas de création nette d’emploi sans croissance du PIB, et même sans une croissance suffisamment forte. Il s’agit probablement de la croyance économique la plus prégnante des dernières décennies, même si des réserves commencent à apparaître.

Pour des éléments de critique de ces deux premières justifications, voir cet ancien billet (février 2009) : « une autre relance est possible », dont les hypothèses ont été développées dans mon livre « adieu à la croissance ».

La troisième explication réside dans des rapports de pouvoirs et d’influence économiques. La sacralisation du PIB dans les politiques publiques est liée à des intérêts privés puissants qui ont des relais au plus haut niveau des gouvernements. Le monde des entreprises, les lobbies industriels et financiers, tous ont comme ligne de mire la poursuite d’une croissance vue comme une condition favorable à leur propre expansion, considérée par la plupart des dirigeants comme impérative. Je proposerai plus tard des réflexions critiques sur ce « besoin d’expansion » des entreprises.

La quatrième explication est que le PIB est devenu une « institution » publique de premier plan. D’abord, parce que des instituts statistiques sont officiellement chargés depuis des décennies, en y consacrant d’énormes moyens, d’en assurer la production. Ensuite, parce que des réseaux médiatiques et politiques se chargent de le promouvoir, avec par exemple la présentation annuelle des Comptes de la Nation au Parlement, et pas celle des comptes de son état social et écologique. Enfin, parce qu’il est cœur des croyances de cette institution qu’est la profession des économistes, et en particulier de ceux qui sont devenus à la fois les conseillers des princes et les invités réguliers des grands média.

Une cinquième explication est que la croissance semble pouvoir mettre de l’huile dans les conflits de redistribution. La croissance est, ou plutôt a été, le cache-sexe des inégalités (une formule utilisée par un commentateur de mon blog). C’est la métaphore du gâteau. Tant que le gâteau grossit, il semble que tout le monde puisse y gagner, même de façon très inégale. Mais cet argument a fait long feu, et je l’ai pour ma part contesté dans plusieurs billets, dont celui-ci déjà cité.

Autre explication possible : la simplicité apparente du PIB et le fait qu’il soit unidimensionnel (il exprime tout en unités monétaires) le rendent bien adapté à la pensée simple, pour parler comme Edgar Morin qui en appelle à une « pensée complexe » ou systémique. Or l’envahissement de la politique par l’économique s’est accompagné d’un aplatissement de la pensée politique, au moins sur certains enjeux, comme on le verra dans le cas des retraites.

Enfin, dans la compétition internationale des nations, qui malheureusement l’emporte sur la coopération, avoir un PIB plus gros que les concurrents constitue un symbole de puissance nationale donc de pouvoir politique. Dans son merveilleux livre (« Les comptes de la puissance », 1980) sur les conditions de la construction intellectuelle et politique des comptes nationaux, François Fourquet avait rassemblé d’innombrables preuves de la présence de ces arguments.

II. QUE VEUT DIRE CONCRÈTEMENT GOUVERNER AVEC LE PIB ET LA CROISSANCE COMME REPÈRES CENTRAUX ?

Pour ne pas m’en tenir à des idées générales, j’ai choisi d’expliciter le cas du financement des retraites. Mais on a d’autres exemples, plus évidents. En voici deux que je ne développerai pas :

a) Les débats publics et les politiques sur la dette publique sont focalisés sur le ratio dette/PIB. Il sert de balise principale, essentiellement depuis le traité de Maastricht dont les inspirateurs allemands ont imposé ce ratio plutôt que d’autres. Presque personne ne le met en question. Or on peut facilement montrer que ce repère est trompeur. Il en va de même de l’autre grand critère officiel en Europe : le ratio déficit public/PIB. Pour des développements, voir ce billet.

b) L’attribution d’aides européennes aux régions défavorisées. On continue d’utiliser le critère du PIB par habitant pour définir les régions prioritaires. Des indicateurs de développement humain, de pauvreté et d’exclusion seraient plus pertinents.

Avant d’entrer dans les raisonnements sur les retraites, clarifions une question plus générale : comment le PIB et la croissance interviennent-ils CONCEPTUELLEMENT dans les scénarios qui fondent les principales politiques publiques ?

Les concepts clés de ces raisonnements figurent dans le schéma suivant :
conceptsclescroiss


Trois variables sont jugées décisives : le volume total de travail et son évolution, les gains de productivité du travail, et le taux de croissance. Mais une quatrième variable intervient dans l’ombre : l’indice des prix du PIB. On l’oublie parfois, mais la croissance n’est pas la croissance du PIB en valeur monétaire, c’est sa croissance « en volume », c’est-à-dire déduction faite de l’inflation des composants du PIB, mesurée par l’indice des prix du PIB. De même, les gains de productivité sont évalués en volumes, en recourant à ce même indice des prix. On verra que c’est important.

Pour prévoir l’évolution du PIB en volume, les économistes considèrent presque tous qu’il faut partir du bas du schéma, en raisonnant 1) sur le volume de travail et son évolution prévisible, et 2) sur les gains de productivité espérés. On en déduit alors, par simple multiplication des indices, les variations du PIB en volume, la croissance.

Pourquoi cette approche plutôt que des estimations directes de la croissance à venir ? D’une part, parce qu’il faut pouvoir justifier le salaire des économistes par des compétences distinctives. D’autre part et surtout parce que, selon eux, l’essentiel de la croissance « vient » du progrès technique et des innovations, les gains de productivité résumant cette influence. Produire plus avec autant ou moins de travail, ce qui est la définition des gains de productivité, tel serait le résultat essentiel des innovations et la grande source de la croissance passée (ce qui est juste) et future (ce qui est douteux).

Mais la question demeure : comment estimer les gains de productivité futurs ? La réponse se situe entre le doigt mouillé et le pifomètre, avec pour seuls repères… les tendances passées, plus une dose d’optimisme technologique et une totale inconscience écologique. Du côté des experts des prévisions ou projections à long terme, on trouve des modèles sophistiqués, mais on omet de nous parler du bricolage des deux hypothèses centrales : l’évolution du volume de travail et les gains de productivité.

Billet suivant : les fondements macroéconomiques des scénarios de financement des retraites

 

Billet publié sur le blog de Jean Gadrey le 4 mars 2013

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Published by Blog de Jean Gadrey - dans Economie
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