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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 07:59
La violence des riches

Intervention de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon le 24 avril à

Nuit Debout Paris

A l’initiative de la commission économie politique, le couple de sociologues, spécialistes de la grande bourgeoisie et engagés contre son règne sans partage sont intervenus place de la République (sous la pluie ! Merci à eux !). Voilà ce qu’ils nous ont dit :

Qu’est-ce que la violence ?

La réponse qui vient immédiatement à l'esprit concerne la violence visible de la chemise arrachée au directeur des ressources humaines d'Air France. Mais la violence dont nous allons vous parler aujourd'hui est invisible et pourtant elle se traduit par la pauvreté des uns et la richesse des autres.

Pour quelles raisons les actionnaires des beaux quartiers touchent-ils toujours plus de dividendes juteux au même moment où sont licenciés les salariés et les ouvriers dont le travail non rémunéré à sa juste valeur explique pourtant une telle richesse ? Pour quelles raisons ce sont des rémunérations obscènes en millions d'euros pour les uns et des revalorisations du salaire minimum qui se comptent en centimes pour les autres ?

Nous sommes d'accord avec le milliardaire américain Warren Buffet lorsqu'il a déclaré à CNN, en 2005, que nous sommes passés de la lutte des classes « à la guerre des classes mais c'est nous les riches qui la menons et qui sommes en train de la gagner ».

Quelles sont leurs armes ?

Elles doivent être invisibles et donc ne pas se donner à voir comme des armes d’une guerre sociale menée contre les peuples. Mobilisés à tous les instants et sur tous les fronts, les riches agissent en tenue de camouflage, costume-cravate et bonnes manières sur le devant de la scène, exploitation sans vergogne des plus modestes comme règle d'or dans les coulisses. Nous sommes face à une violence insidieuse venue tout droit des beaux quartiers et notre travail consiste précisément à observer les visages des vrais casseurs en nous appuyant sur une trentaine d'années de recherches sur ceux qui s'accaparent toutes les richesses et tous les pouvoirs. Dans cette immense casse sociale les dirigeants politiques de toutes les droites et de la gauche libérale se sont associés très étroitement.

Leurs armes sont nombreuses. Elles relèvent du champ économique tout d’abord mais nous avons choisi, dans le cadre de nos exposés préliminaires à la discussion, de nous centrer sur les armes idéologiques et linguistiques : alors que les riches organisent à l'échelle de la planète une fraude fiscale très importante qui prive les recettes fiscales de l'État français chaque année de 80 milliards d'euros c’est l'association du pauvre et du fraudeur, à la sécurité sociale ou aux indemnités de chômage, qui est bien présente dans l'esprit de nombreux membres des catégories moyennes et populaires. Ceux-ci ne cessent d'être stigmatisés par les médias, propriété des patrons du CAC 40, comme assoiffés d'assistanat. Ce qui, soit dit entre nous, porte ses fruits d'une manière totalement inattendue puisque ce sont chaque année, en France, 4 milliards d'euros dus au titre des prestations qui ne sont pas réclamés par leurs bénéficiaires.

Des créateurs d'emploi ?

Les héritiers des grandes dynasties de la noblesse et de la bourgeoisie fortunées se présentent, et se vivent, en créateurs de richesse et en créateurs d'emplois. A l’opposé les salariés et les ouvriers sont traités de charges et de coûts. Le processus de déshumanisation lié au fait que les salariés et les travailleurs ne soient plus qu'une ligne comptable au même titre que le parc des machines permet d'obtenir toujours plus de sacrifices avec l'espoir de Pierre Gattaz le chef de guerre du MEDEF et de son adjudant Geoffroy Roux de Bézieux de détruire de manière irréversible le droit du travail. Les travailleurs, ceux qui sont pourtant les créateurs de richesse par un travail qui n'est pas rémunéré à sa juste valeur par les héritiers des beaux quartiers qui possèdent les titres de propriété des moyens de production, les travailleurs donc, doivent être comme autrefois avec le servage, l’esclavage ou le péonage, taillables et corvéables à merci.

Si vous êtes là ce soir aussi nombreux, si Nuit Debout s’est mise en place depuis le 31 Mars, jour de la manifestation unitaire contre la loi El Komhri, c'est bien que vous avez conscience de la gravité de la situation et de son son irréversibilité si cette loi scélérate passe.

Ce que nous vous disons n'a rien de nouveau ni de très original : écoutons le philosophe Paul Nizan dans son petit livre très éclairant « Les chiens de garde », paru en 1932.

« La bourgeoisie travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu'elle travaille, qu'elle exploite, qu'elle massacre pour le bien final de l'humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire. M. Michelin doit faire croire qu'il ne fabrique des pneus que pour donner du travail à des ouvriers qui mourraient sans lui ».

Depuis 1932 il y a eu la victoire du Front populaire en 1936, il y a tout juste 80 ans et pourtant la bourgeoisie est triomphante et le prolétariat le grand perdant. Comment cela est-il possible ?

Les nouveaux chiens de gardes

Les médias se sont considérablement développés avec notamment l'apparition de la télévision et de ses nombreuses chaînes et journalistes chargés de « travailler » en profondeur les esprits afin que ceux-ci soient réceptifs aux intérêts des dominants. Les journalistes et autres vendeurs de vent néolibéral ont été délicieusement dénommés par Serge Halimi, le directeur du Monde Diplomatique, « les nouveaux chiens de garde » en référence précisément au livre de Paul Nizan qui, lui, désignait comme chiens de garde les philosophes de l'époque. Les médias et les agences de communication désormais au cœur du champ politique œuvrent à la naturalisation de la loi du marché et de sa compétitivité. La naturalisation de cette histoire totalement immature et infantile est pourtant la clef de voûte qui permet la transformation de la violence objective des plus riches en un assujettissement des travailleurs à ces règles du jeu néo- libéral au point de les présenter comme incontournables.

Fraude fiscale et délocalisations

Or le déficit public est le résultat de la fraude fiscale des plus riches, il n'a donc rien de naturel, c'est une construction sociale et une arme pour asservir les plus démunis.

Les délocalisations dans les pays où les ouvriers sont payés au tarif local, celui de la misère, relèvent désormais d'une inéluctabilité fatale puisqu'elles appartiennent comme les tremblements de terre et les tsunamis, au seul destin dont décident les forces naturelles du marché, mystérieuses et assez puissantes pour rendre vaine toute volonté humaine de les contrecarrer. C'est pourquoi François Hollande ne se présente plus qu'avec une boîte à outils afin de mieux masquer la réalité de la guerre des classes que mènent les plus fortunés.

On comprend pourquoi les Vincent Bolloré, Serge Dassault, François Pinault, Bernard Arnault, Martin Bouygues, Patrick Drahi, Édouard de Rothschild, Matthieu Pigasse, Xavier Niel, Pierre Bergé, achètent à tour de bras les médias pour tenter par tous les moyens idéologiques, politiques et médiatiques, de transformer en" ennemis" les agents sociaux les plus fragiles et les plus pauvres. En tout cas les plus déstabilisés par la précarisation généralisée du travail. Plus de 90 % des nouvelles embauches se font aujourd'hui en CDD. Les travailleurs ne sont plus traités en adversaires de classe, dans un combat au grand jour, comme dans la phase paternaliste du capitalisme industriel des 19e et 20e siècle, mais en surnuméraires, parasites néfastes au fonctionnement de la belle machine capitaliste à l'échelle de sa mondialisation. Quoi qu'ils fassent, quel que soit leur porte-parole, les dominés ont tort. Les organisations syndicales et politiques, les militants et les intellectuels qui dénoncent les inégalités sont systématiquement taxer de populisme. Votre mouvement, Nuit Debout, est trop souvent présenté sous le seul angle des incidents violents qui se passent ici et là et qui viennent masquer la force tranquille, la lame de fond que semble représenter votre assiduité et votre ténacité depuis le 31 mars.

Les dominants ont un intérêt vital à cacher, avec l'instrumentalisation du secret fiscal, du secret bancaire, du secret défense et aujourd'hui du secret des affaires, à cacher donc leur violence et ses conséquences criminelles. Par contre ils sont dans la jubilation devant les images qui défilent en boucle sur leurs chaînes de télévision avec une chemise arrachée ou des voitures brûlées lorsque ces actes sont le fait d'ouvriers et de salariés en colère.

Convergence des luttes

Ne nous trompons pas de colère et méfions-nous des milliardaires. Ou plutôt suivons leur exemple : leur puissance est due à leur solidarité. Elle est leur atout essentiel dans cette guerre des classes qu'ils sont en train de gagner. Leur solidarité est fondée sur la communauté des intérêts de ceux qui composent cette classe, au-delà des concurrences marginales et des rivalités secondaires. Voilà de quoi inciter les vraies forces de gauche multiples et divisées à devenir unies et conquérantes. Le collectivisme manifesté par les classes dominantes, la dispersion et les luttes internes des forces d’opposition, tel est le paradoxe de la France de François Hollande. L'individualisme est par contre omniprésent dans les classes moyennes et les classes populaires ou le chacun pour soi coexiste avec une mosaïque de partis politiques, d'organisations ou d'associations diverses. Une force potentiellement considérable, mais éclatée, sans coordination ni dynamique d'ensemble. La guerre des petits chefs semble prendre le pas sur la guerre des classes.

Il est donc nécessaire de faire converger les luttes, comme le mouvement Nuit Debout l’a d’ailleurs revendiqué dès sa création, dans la construction d'un front large massif et solidaire au service d'une société plus juste. Imitons donc les riches : ils sont militants dans de nombreuses organisations, associations, cercles, clubs, institutions formelles ou informelles mais toujours dans une convergence de ces mobilisations pour la défense de leurs intérêts. Vous nous direz c'est facile ils sont pas nombreux, 1 % de la société c'est plus simple pour se mobiliser ! On est d'accord mais le reste de la société c'est 99 % ! Mieux encore ces 99 % sont ceux qui font fonctionner le monde de l'économie réelle. Notre force de frappe est donc potentiellement absolument considérable.

Il est donc temps, en ce 80e anniversaire du Front Populaire que nous soyons capables, dans le respect des sensibilités des uns et des autres, de créer une dynamique pour mettre fin à un système inique. Nos divisions sont le meilleur gâteau que nous pouvons offrir aux plus riches et nous pouvons vous assurer qu’ils sont gourmands ! À nous de cesser de les gaver !

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon

Référence :

La violence des riches, Chronique d’une immense casse sociale, La Découverte/Poche, 2014

Tentative d’évasion (fiscale), La Découverte/Zones, 2015

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Published by Attac Villeneuve d'Ascq - dans Sociétal
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